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Archive pour août 2008

Kalama Sutta

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Pour inaugurer cet nouvelle section fort indispensable a tout lieu du dhamma qui se respect, voici, mon sutta pali, préfèré le kalama sutta

 

Verset 1.1

Ainsi ai-je entendu: Une fois, le Bienheureux en voyageant dans le pays Kosala, avec un grand groupe de disciples, arriva dans une ville appelée Kesaputta. Les Kalamas, habitants de Kesaputta, apprirent que « le religieux Gotama, fils des Sakyas, ayant abandonné sa famille sakya et quitté son foyer pour entrer dans la vie religieuse, voyageant dans le pays Kosala, était parvenu à Kesaputta ».

 

Verset 1.2

Or, une bonne réputation se propageait à propos de ce Bienheureux Gotama : Il est le Bienheureux, l’Arahant, parfaitement et pleinement éveillé, parfait en sa sagesse et sa conduite, bien arrivé (à son but), le Connaisseur des mondes, l’incomparable Guide des êtres qui doivent être guidés, l’Instructeur des dieux et des humains, le Bouddha, le Bienheureux.

 

Verset 1.3

Ayant connu lui-même ce monde-ci avec ses dieux, avec ses Mara(s) et ses Brahma(s), avec ses troupes de religieux et de brahmanes, ses êtres célestes et humains, il le fait connaître.
Verset 1.4

Il enseigne la doctrine, bonne en son début, bonne en son milieu, bonne en sa fin, bonne dans sa lettre et dans son esprit, et il exalte la Conduite pure parfaitement pleine et parfaitement pure. Rencontrer un tel Arahant est vraiment une bonne chose.
Verset 1.5

Les Kalamas, habitants de Kesaputta, rendirent alors visite au Bienheureux. En y arrivant, certains parmi eux rendirent hommage au Bienheureux et s’assirent à l’écart sur un côté. D’autres échangèrent avec lui des compliments de politesse et des paroles de courtoisie et s’assirent ensuite à l’écart sur un côté. Certains, les mains jointes, rendirent hommage dans la direction où se trouvait le Bienheureux, puis s’assirent à l’écart sur le coté. D’autres encore, ayant énoncé leurs noms et leurs noms de famille, s’assirent à l’écart sur un côté. D’autres s’assirent à l’écart sur un côté sans rien dire.
Verset 1.6

S’étant assis ainsi à l’écart sur un côté, ils s’adressèrent au Bienheureux et dirent: « Ô vénérable Gotama, il y a des religieux et des brahmanes qui arrivent à Kesaputta. Ils exposent et exaltent seulement leur propre doctrine, mais ils condamnent et méprisent les doctrines des autres. Puis d’autres religieux et brahmanes arrivent aussi à Kesaputta. Eux aussi exposent et exaltent leur propre doctrine, et ils méprisent, critiquent et brisent les doctrines des autres. Ô Vénérable, il y a un doute, il y a une perplexité chez nous à propos de ces diverses opinions religieuses. Parmi ces religieux et ces brahmanes, qui dit la vérité et qui des mensonges ? »
Verset 1.7

Le Bienheureux s’adressa aux Kalamas et dit : Il est juste pour vous, ô Kalamas, d’avoir un doute et d’être dans la perplexité. Car le doute est né chez vous à propos d’une matière qui est douteuse.
Verset 1.8

Venez, ô Kalamas, ne vous laissez pas guider par des rapports, ni par la tradition religieuse, ni par ce que vous avez entendu dire. Ne vous laissez par guider par l’autorité des textes religieux, ni par la simple logique ou les allégations, ni par les apparences, ni par la spéculation sur des opinions, ni par des vraisemblances probables, ni par la pensée que « ce religieux est notre maître spirituel ».
Verset 1.9

Cependant, ô Kalamas, lorsque vous savez vous-mêmes que certaines choses sont défavorables, que telles choses blâmables sont condamnées par les sages et que, lorsqu’on les met en pratique, ces choses conduisent au mal et au malheur, abandonnez-les.
Verset 1.10

Maintenant, je vous demande : « Qu’en pensez-vous, ô Kalamas? Lorsque l’avidité apparaît chez quelqu’un, cette avidité apparaît-elle pour le bien de cet individu ou pour son mal ? »
Verset 1.11

Les Kalamas répondirent: O Vénérable, l’avidité apparaît pour le mal de cet individu.
Verset 1.12

O Kalamas, en se donnant à l’avidité, étant vaincu par l’avidité, étant enveloppé mentalement par l’avidité, un tel individu tue des êtres vivants, commet des vols, s’engage dans l’adultère et profère des paroles mensongères. Il pousse un autre à accomplir aussi de tels actes. De tels actes entraînent-ils son mal et son malheur pendant longtemps ? Certainement, oui, ô Vénérable.

Verset 1.13
Qu’en pensez-vous, ô Kalamas? Lorsque la haine apparaît chez quelqu’un, cette haine apparaît-elle pour le bien de cet individu ou pour le mal ? Ô Vénérable, la haine apparaît pour le mal de cet individu.
Verset 1.14

Ô Kalamas, en se donnant à la haine, étant vaincu par la haine, étant enveloppé mentalement par la haine, un tel individu tue des êtres vivants (…) Il pousse un autre à accomplir aussi de tels actes. De tels actes entraînent-ils son mal et son malheur pendant longtemps ? Certainement oui, ô Vénérable.
Verset 1.15

Qu’en pensez-vous, ô Kalamas? Lorsque l’illusion apparaît chez quelqu’un, cette illusion apparaît-elle pour le bien-être de cet individu ou pour son mal? O Vénérable, l’illusion apparaît pour le mal de cet individu.
Verset 1.16

Ô Kalamas, en se donnant à l’illusion, étant vaincu par l’illusion, étant enveloppé mentalement par l’illusion, un tel individu tue des êtres vivants (…) Il pousse un autre à accomplir aussi de tels actes. De tels actes entraînent-ils son mal et son malheur pendant longtemps ? Certainement oui, ô Vénérable.
Verset 1.17

Maintenant, qu’en pensez-vous, ô Kalamas ? Ces choses sont-elles bonnes ou mauvaises ? Ô Vénérable, ces choses sont mauvaises. Ces choses sont-elles blâmables ou louables? Ô Vénérable, ces choses sont blâmables. Est-ce que ces choses sont censurées ou pratiquées par les sages ? Ô Vénérable, ces choses sont censurées par les sages.
Verset 1.18

Qu’en pensez-vous, ô Kalamas ? Lorsqu’on les met en pratique, ces choses conduisent-elles au mal et au malheur? Lorsqu’on les met en pratique, ô Vénérable, ces choses conduisent au mal et au malheur. C’est ce qui est généralement accepté. C’est ce que nous en pensons.
Verset 1.19

Le Bienheureux dit : C’est pourquoi, ô Kalamas, nous avons déjà dit : il est juste pour vous, ô Kalamas, d’avoir un doute et d’être dans la perplexité. Car le doute est né chez vous à propos d’une matière qui est douteuse.
Verset 1.20

Venez, ô Kalamas, ne vous laissez pas guider par des rapports, ni par la tradition religieuse (…) ni par la pensée que « ce religieux est notre maître spirituel ».
Verset 1.21

Cependant, ô Kalamas, lorsque vous savez vous-mêmes que certaines choses sont défavorables, que telles choses blâmables sont condamnées par les sages et que, lorsqu’on les met en pratique, ces choses conduisent au mal et au malheur, abandonnez-les.
Verset 1.22

Ensuite, le Bienheureux s’adressa à nouveau aux Kalamas et dit: Venez, ô Kalamas, ne vous laissez pas guider par des rapports, ni par la tradition religieuse (…) ni par la pensée que « ce religieux est notre maître spirituel ».
Verset 1.23

Cependant, ô Kalamas, lorsque vous savez vous-mêmes que certaines choses sont favorables, que ces choses louables sont pratiquées par les sages, que, lorsqu’on les met en pratique, elles conduisent au bien et au bonheur, pénétrez-vous de telles choses et pratiquez-les.
Verset 1.24

Maintenant, je vous demande : « Qu’en pensez-vous, ô Kalamas ? Lorsque l’absence d’avidité apparaît chez un individu, cette absence d’avidité apparaît-elle pour le bien-être de cet individu ou pour son mal ? »

Les Kalamas répondirent : Ô vénérable, l’absence d’avidité apparaît pour le bien-être de cet individu.
Verset 1.25

Ô Kalamas, ne se donnant pas à l’avidité, n’étant pas vaincu par l’avidité, n’étant pas enveloppé mentalement par l’avidité, un tel individu ne tue point d’êtres vivants, ne commet pas de vols, ne s’engage pas dans l’adultère, ne profère pas des paroles mensongères. Il pousse un autre aussi à s’abstenir de tels actes. Est-ce que cela entraîne son bonheur et son bien-être? Certainement oui, ô Vénérable.
Verset 1.26

Qu’en pensez-vous, ô Kalamas ? Lorsque l’absence de haine apparaît chez un individu, cette absence de haine apparaît-elle pour le bien-être de cet individu, ou pour son mal ? Ô Vénérable, l’absence de haine apparaît pour son bien.
Verset 1.27

Ô Kalamas, ne se donnant pas à la haine, n’étant pas vaincu par la haine, n’étant pas enveloppé mentalement par la haine, cet individu ne tue pas d’êtres vivants (…) et ne profére pas des paroles mensongères. Il pousse un autre aussi à s abstenir de tels actes. Est-ce que cela entraîne son bonheur et son bien-être ? Certainement oui, ô Vénérable.
Verset 1.28

Qu’en pensez-vous, ô Kalamas? Lorsque l’absence d’illusion apparaît chez un individu, cette absence d’illusion apparaît-elle pour le bien-être de cet individu ou pour son mal? Ô Vénérable, l’absence d’illusion apparaît pour son bien.
Verset 1.29

O Kalamas, ne se donnant pas à l’illusion, n’étant pas vaincu par l’illusion, n’étant pas enveloppé mentalement par l’illusion, cet individu ne tue pas d’êtres vivants (…) et ne profère pas des paroles mensongères. Il pousse un autre aussi à s’abstenir de tels actes. Est-ce que cela entraîne son bonheur et son bien-être ? Certainement oui, ô Vénérable.
Verset 1.30

Maintenant, qu’en pensez-vous, ô Kalamas ? Ces choses sont-elles bonnes ou mauvaises? Ô Vénérable, ces choses sont bonnes. Ces choses sont-elles blâmables ou louables? Ô Vénérable, ces choses sont louables. Est-ce que ces choses sont censurées ou pratiquées par les sages ? Ô Vénérable, ces choses sont pratiquées par les sages.
Verset 1.31

Qu’en pensez-vous, ô Kalamas? Lorsqu’on les met en pratique, ces choses conduisent-elles au bien-être et au bonheur, ou bien ne conduisent-elles pas au bien-être et au bonheur? Les Kalamas répondirent : Lorsqu’on les met en pratique, ces choses conduisent au bien-être et au bonheur. C’est ce qui est généralement accepté. C’est ce que nous en pensons.
Verset 1.32

Le Bienheureux dit : C’est pourquoi, ô Kalamas, nous avons déjà dit : Il est juste pour vous, ô Kalamas, d’avoir un doute et d’être dans la perplexité. Car le doute est né chez vous à propos d’une matière qui est douteuse.
Verset 1.33

Venez, ô Kalamas, ne vous laissez pas guider par des rapports, ni par la tradition religieuse (…) ni par la pensée que « ce religieux est notre maître spirituel ».
Verset 1.34

Cependant, ô Kalamas, lorsque vous savez vous-mêmes que certaines choses sont favorables, que ces choses louables sont pratiquées par les sages, que, lorsqu’on les met en pratique elles conduisent au bien et au bonheur, pénétrez-vous de telles choses et pratiquez-les.
Verset 1.35

Ô Kalamas, le disciple noble, qui s’est ainsi séparé de l’avidité, de la haine, de l’illusion, ayant une compréhension claire et une attention de la pensée, demeure, faisant rayonner la pensée de bienveillance dans une direction (du monde), et de même dans une deuxième, dans une troisième, dans une quatrième, au-dessus, au-dessous, au travers, partout dans la totalité en tout lieu de l’univers, il demeure faisant rayonner la pensée de bienveillance, large, profonde, sans limites, sans haine et llibérée de la malveillance.
Verset 1.36

Également, le disciple noble demeure, faisant rayonner la pensée de compassion dans une direction (du monde), et de même dans une deuxième, dans une troisième, dans une quatrieme, au-dessus, au-dessous, au travers, partout dans sa totalité en tout lieu de l’univers, il demeure faisant rayonner la pensée de compassion, large, profonde, sans limites, sans haine et libérée de la malveillance.
Verset 1.37

Également, le disciple noble demeure, faisant rayonner la pensée de joie sympathique dans une direction (du monde), et de même dans une deuxième, dans une troisième, dans une quatrième, au-dessus, au-dessous, au travers, partout dans sa totalité en tout lieu de l’univers, il demeure faisant rayonner la pensée de joie sympathique, large profonde, sans limites, sans haine et libérée de la malveillance.
Verset 1.38

Également, le disciple noble demeure, faisant rayonner la pensée d’équanimité dans une direction (du monde), et de même dans une deuxième, dans une troisième, dans une quatrième, au-dessus, au-dessous, au travers, partout dans sa totalité en tout lieu de l’univers, il demeure faisant rayonner la pensée d’équanimité, large, profonde, sans limites, sans haine et libérée de la malveillance.
Verset 1.39

Ô Kalamas, le disciple noble, qui a une pensée ainsi libérée de la haine, de la malveillance, qui a une pensée non souillée et une pensée pure, est quelqu’un qui trouve les quatre soulagements, ici et maintenant, en pensant :
Verset 1.40

« Supposons qu’il y ait, après la mort, des résultats pour les actes bons et mauvais (accomplis avant la mort). En ce cas, il est possible pour moi de naître après la dissolution du corps, après la mort, dans un des cieux où se trouvent des bonheurs célestes. » Cela est le premier soulagement.
Verset 1.41

« Supposons qu’il n’y ait pas, après la mort, de résultats pour les actes bons et mauvais (accomplis avant la mort). Tout de même, ici et maintenant, dans cette vie, je demeure sain et sauf avec une pensée heureuse, libérée de la haine, de la malveillance. » Cela est le deuxième soulagement.
Verset 1.42

« Supposons que des mauvais résultats tombent sur l’individu qui a accompli des mauvaises actions. Quant à moi, je ne souhaite aucun mal à personne. Alors comment se pourrait-il qu’un mauvais résultat tombe sur moi qui ne fais aucune action mauvaise ? » Cela est le troisième soulagement.
Verset 1.43

« Supposons que des mauvais résultats ne tombent pas sur l’individu qui fait des actions mauvaises. Alors dans ces deux cas, je trouve que je suis pur. » Cela est le quatrième soulagement.
Verset 1.44

Ô Kalamas, le disciple noble, qui a une pensée libérée de la haine, de la malveillance, qui a une telle pensée non souillée, une pensée pure, est quelqu’un qui a ces quatre soulagements, ici et maintenant.
Verset 1.45

Les Kalamas dirent : « Cela est exact, ô Bienheureux, cela est exact, ô Parfait. Le disciple des êtres nobles, qui a une pensée libérée de la haine, de la malveillance, qui a une telle pensée non souillée, une pensée pure, est quelqu’un qui a ces quatre soulagements, ici et maintenant (…) »
Verset 1.46

Ayant entendu la parole du Bienheureux, les Kalamas s’écrièrent : « Merveilleux, ô Bienheureux, merveilleux. C’est comme si l’on redressait ce qui a été renversé, ou découvrait ce qui a été caché, ou montrait le chemin à celui qui s’est égaré, ou apportait une lampe dans l’obscurité pour que ceux qui ont des yeux puissent voir. Ainsi, le vénérable Gotama a rendu claire la vérité de nombreuses façons.
Verset 1.47

Nous prenons refuge dans le vénérable Gotama, dans l’Enseignement (dhamma), dans la Communauté (sangha). Que le vénérable Gotama veuille bien nous accepter comme disciples laïcs jusqu’à la fin de nos vies. »

 



Quelques conseils pour la lecture des suttas – Par John Bullitt

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Le Canon Pali comprend plusieurs milliers de Sutta (discours), dont plus de 700 sont désormais disponibles en traduction anglaise sur Access to Insight Lorsqu’on fait face à une telle quantité de richesses, trois questions viennent naturellement à l’esprit :
Pourquoi devrais-je lire les Sutta?
Quels Sutta devrais-je lire?
Comment devrais-je les lire?
Il n’y a pas de réponses universelles et définitives à ces questions; en fin de compte, il faudra que vous trouviez les vôtres. Néanmoins, je vous offre ici quelques idées, suggestions, et conseils que j’ai moi-même trouvé utiles au cours des ans, dans ma propre exploration des Sutta. Peut-être vous seront-ils utiles à vous aussi.

 

Pourquoi devrais-je lire les Sutta?
Ils sont la source première des enseignements du bouddhisme Theravada.
Si vous êtes intéressé par l’exploration des enseignements du bouddhisme Theravada, alors le Canon Pali — et les Sutta qu’il comprend — est la bonne direction vers laquelle se tourner pour un avis et un soutien d’autorité. Pas besoin de vous préoccuper de savoir si les Sutta ont été ou pas vraiment prononcés par le Bouddha historique (personne ne pourra jamais le prouver ni dans un sens ni dans l’autre). Gardez simplement à l’esprit que les enseignements qu’ils contiennent ont été pratiqués — avec un succès apparent — depuis plus de 2600 ans. Si vous voulez savoir si ces enseignements fonctionnent ou pas, alors étudiez les Sutta, mettez leurs enseignements en pratique et découvrez par vous-même.

 

Ils constituent un corps d’enseignements complet.
Les enseignements des Sutta, pris dans leur ensemble, présentent une carte routière complète au voyageur de la Voie, depuis son état actuel de maturité spirituelle jusqu’à l’objectif final. Quel que soit votre état actuel (sceptique non engagé, dilettante, pratiquant laïc dévot, ou moine ou nonne célibataire), il y a quelque chose dans les Sutta pour vous aider à progresser d’un pas de plus sur la voie, vers le but. Plus vous lirez le Canon Pali, moins vous risquez de ressentir le besoin d’emprunter des enseignements à d’autres traditions spirituelles, étant donné que les Sutta contiennent pratiquement tout ce que vous devez savoir.

 

Ils constituent un corps d’enseignements auto-consistant.
Les enseignements dans le Canon sont en très grande partie auto-consistants, caractérisés par un seul goût – celui de la libération. Cependant, à mesure de votre parcours au travers des Sutta, il est possible que, de temps en temps, vous tombiez sur des enseignements qui remettront en question — voire contrediront carrément — votre présente compréhension du Dhamma. En réfléchissant profondément sur ces pierres d’achoppement, les conflits se résolvent au moment où pointe un nouvel horizon de l’entendement. Par exemple, vous pourriez conclure à la lecture d’un Sutta que votre pratique devrait être d’éviter tout désir. Mais à la lecture d’un autre, vous apprendrez que le désir lui-même est un facteur nécessaire de la Voie. Ce n’est qu’après réflexion qu’il deviendra clair que ce à quoi le Bouddha veut en venir, c’est qu’il y a différentes sortes de désirs, et que certaines choses valent vraiment la peine d’être désirées — en particulier l’extinction de tout désir ! Quand vous en arrivez là, votre entendement prend une nouvelle expansion dans un territoire qui peut facilement inclurre les deux Sutta, et l’apparente contradiction s’évapore. Au fil du temps, vous apprenez à reconnaître ces “conflits” apparents non plus en tant qu’inconsistance entre les Sutta eux-mêmes, mais en tant qu’indication que les Sutta vous ont amenés jusqu’à une des limites de votre propre entendement. A vous de dépasser cette limite.

 

Comment devrais-je lire un Sutta?
*Il n’existe pas de traduction “définitive”.
N’oubliez pas que le Canon Pali a été transmis en pali, et pas en anglais ni en français. Jamais, dans ses enseignements, le Bouddha n’a parlé de “souffrance” ou “d’Eveil”; pour cela il employait les mots « dukkha » et « nibbana ». Gardez aussi en tête que chaque traduction a été filtrée et produite par un traducteur — quelqu’un qui est inextricablement inscrit dans sa propre culture à un moment particulier dans le temps, et dont l’expérience et l’entendement colorent inévitablement sa traduction. (Les traductions britanniques des Sutta de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle nous paraissent souvent mornes et lourdes, aujourd’hui; dans cent ans, ces traductions que nous apprécions aujourd’hui paraîtront sans le moindre doute tout aussi archaïques.) La traduction, tout comme les tentatives du cartographe à projeter la terre ronde sur une feuille plate de papier, est un art imparfait.
Il vaut probablement mieux ne pas vous sentir trop à l’aise avec une traduction en particulier, que ce soit celle d’un mot ou de tout un Sutta…/…Rappelez-vous que toute traduction n’est qu’une béquille, pratique mais provisoire, dont vous devrez vous servir jusqu’à ce que vous puissiez en arriver à une compréhension de première main des idées qu’elle décrit.
Si vous êtes vraiment sérieux dans votre entendement de ce dont parlent les Sutta, il faudra que vous retroussiez vos manches et que vous appreniez le pali. Mais il y a encore mieux: lisez les traductions et mettez les enseignements qu’ils contiennent en pratique jusqu’à en obtenir les résultats promis par le Bouddha. La maîtrise du pali n’est, fort heureusement, pas indispensable à l’Eveil.

 

* Aucun Sutta ne contient tous les enseignements.
Pour bénéficier au maximum du Canon Pali, explorez de nombreux Sutta différents, ne vous limitez pas à une sélection. Les enseignements sur l’attention, par exemple, quoique précieux, ne représentent qu’une toute petite partie de l’ensemble des enseignements du Bouddha. En fait, chaque fois que vous croyez que vous comprenez ce dont parlent les enseignements du Bouddha, c’est signe qu’il faut que vous approfondissiez.

 

* Ne vous préoccupez pas de savoir si un Sutta contient vraiment ou non les propres mots du Bouddha historique.
Il n’existe aucun moyen de le prouver ou de l’infirmer. Contentez-vous de lire les Sutta, de mettre les enseignements en pratique du mieux que vous pourrez, et voyez ce qui arrive. Vous n’avez rien à perdre.

 

* Si vous aimez un Sutta, relisez-le.
Vous tomberez parfois sur un Sutta qui, pour une raison ou une autre, vous « parlera » lorsque vous le lirez pour la première fois. Ayez confiance en cette réaction et relisez-le; cela signifie à la fois que le Sutta a quelque chose de précieux à vous apporter, et que vous êtes mûr(e) pour recevoir l’enseignement qu’il offre. Relisez de temps en temps les Sutta que vous vous rappelez avoir aimés il y a quelques mois ou quelques années. Vous pourriez y découvrir quelques nuances que vous aviez négligées auparavant.

 

* Si vous n’aimez pas un Sutta, relisez-le.
Vous tomberez parfois sur un Sutta qui, pour une raison ou une autre, vous agacera. Ayez confiance en cette réaction; cela signifie que le Sutta a quelque chose de précieux à vous apporter, même si vous n’êtes pas encore tout à fait prêt(e) pour lui. Mettez un marque-page et laissez le Sutta de côté pour le moment. Reprenez-le dans quelques semaines, mois, ou années, et essayez encore. Peut-être qu’un jour il vous « parlera ».

 

* Si un Sutta est ennuyeux, confus, ou qu’il ne vous apporte aucune aide, mettez-le simplement de côté.
Selon vos intérêts du moment et la profondeur de votre pratique, vous pourriez trouver qu’un Sutta donné reste incompréhensible ou bien qu’il est particulièrement ennuyeux.. Mettez-le tout simplement de côté pour le moment, et essayez-en un autre. Continuez d’essayer jusqu’à ce que vous en trouviez un qui vous touche de manière directe et personnelle.

 

* Un bon Sutta est celui qui vous donne envie de méditer.
Tout l’intérêt de lire des Sutta est de nous donner envie de développer les vues correctes, de vivre une vie droite et de méditer correctement. De sorte que si, en lisant, vous ressentez un besoin de plus en plus fort de poser le livre, d’aller vous asseoir dans un endroit tranquille, de fermer les yeux et d’observer votre respiration, eh bien, faites-le! Le Sutta aura alors rempli son rôle. Il sera encore là quand vous y reviendrez plus tard.

 

* N’ignorez pas les répétitions.
De nombreux Sutta contiennent des passages répétitifs. Lisez le Sutta comme vous le feriez pour un morceau de musique: lorsqu’on chante ou qu’on écoute une chanson, on ne saute pas tous les refrains; de même, quand vous lirez un Sutta, ne sautez pas les répétitions. Comme en musique, les « refrains » des Sutta contiennent souvent de légères variations insoupçonnées — et importantes — qu’il ne faut pas manquer.

 

* Discutez du Sutta avec un ami.
En partageant vos observations et réactions avec un ami, vous pouvez tous deux développer votre entendement du Sutta. Envisagez de former un groupe informel d’étude des Sutta. Si vous avez encore des questions à propos d’un Sutta, demandez à un enseignant expérimenté et de confiance qu’il vous guide. Consultez les moines et les nonnes plus anciens, étant donné que leur perspective spécifique sur les enseignements peut souvent vous aider à dépasser votre confusion.

 

* Qu’a-t-il été dit sur ce Sutta ?
Il est toujours utile de lire ce que les commentateurs — les contemporains et les anciens — ont à dire sur les Sutta. Certains trouvent que les commentaires typiques du Tipitaka — en particulier ceux de l’écrivain médiéval Buddhaghosa — sont utiles. Une partie d’entre eux sont disponibles en traduction anglaise chez la « Pali Text Society » et la « Buddhist Publication Society ». Certains préfèrent les commentateurs plus contemporains, comme ceux qui ont écrit dans Wheel Publications de la « Buddhist Publication Society ». De nombreux livrets et articles remarquables ont été écrits par des auteurs tels que les vénérables Bodhi, Khantipalo, Ñanamoli, Narada, Nyanaponika, Soma, et Thanissaro. Vous trouverez peut-être aussi de l’intérêt aux excellentes notes d’introduction et de bas-de-page de The Middle Length Discourses of the Bouddha (Boston: Wisdom Publications, 1995) de Bhikkhu Bodhi, et de The Long Discourses of the Bouddha (Boston: Wisdom Publications, 1987) de Maurice Walshe. Lisez aussi ce qu’écrivent les maîtres de la Tradition thaïlandaise de la Forêt, car ils offrent des perspectives rafraîchissantes et spécifiques sur les Sutta qui sont bien enracinées dans une profonde expérience de la méditation.

 

* Donnez au Sutta le temps de « mûrir ».
Peu importe l’utilité du message que vous aurez trouvé dans le Sutta, peu importe la satisfaction que vous aurez retirée du goût qu’il vous a laissé, laissez-les croître et se développer au cours de votre pratique de la méditation et de votre vie. Ne tentez pas de résoudre ou de “faire” un Sutta comme si c’était un mot croisé. Donnez-lui le temps de  « mûrir » en vous. Avec le temps, les idées, les impressions et les attitudes induites par le Sutta vont infuser graduellement dans votre conscience, informant ainsi votre façon de voir le monde. Un jour vous pourrez même vous retrouver au milieu d’une expérience par ailleurs très ordinaire et quotidienne lorsque soudain, le souvenir d’un Sutta que vous aurez lu il y a longtemps vous reviendra en mémoire, portant avec lui un puissant enseignement dhammique qui sera exactement approprié au moment.
Pour faciliter ce lent processus de maturation, laissez-vous beaucoup d’espace pour les Sutta. Ne mêlez pas vos lectures de Sutta avec vos autres activités, et ne lisez pas trop de Sutta en même temps. Faites de l’étude des Sutta une activité spécifique, contemplative, qui devrait également être une expérience agréable. Si ce n’est pas le cas, mettez cela de côté, et essayez à nouveau quelques jours, semaines ou mois plus tard. Lorsque vous finissez de lire un Sutta, ne replongez pas tout de suite dans vos activités ; faites une méditation sur la respiration pour donner à l’esprit le temps de se poser et pouvoir parfaitement absorber les enseignements.
Lorsque vous lisez un Sutta, gardez à l’esprit que vous écoutez aux portes du Bouddha alors qu’il est en train d’enseigner à quelqu’un d’autre. Au contraire de plusieurs des contemporains du Bouddha appartenant à d’autres traditions spirituelles et qui pouvaient souvent adhérer à une doctrine donnée en répondant à chaque question, le Bouddha ajustait les principes de base de ses enseignement aux besoins spécifiques de son auditoire. Il est donc important de développer une sensibilité au contexte d’un Sutta, pour voir en quoi la situation de l’auditeur du Bouddha est similaire à la nôtre, de façon et comment appliquer au mieux les paroles du Bouddha à notre propre situation.
Il peut être utile de garder certaines questions en esprit pendant qu’on lit, tant pour aider à comprendre le contexte du Sutta que pour aider à s’accorder aux différents niveaux d’enseignements qui se développent souvent simultanément. Rappelez-vous: ces questions n’étaient pas destinées à vous transformer en spécialiste de la littérature; leur but est simplement de vous aider à faire vivre chaque Sutta.

 

* Quel est le cadre?
Le paragraphe d’ouverture (qui commence habituellement par, “Ainsi ai-je entendu…”) met le Sutta en scène. Est-ce que l’action se passe dans un village, dans un monastère ? En quelle saison est-on? Quels événements ont lieu en arrière-plan? Ces détails nous permettent de nous rappeler que ce Sutta décrit des événements réels survenus à des personnes réelles — comme vous et moi. Cela permet de faire revivre réellement le Sutta.

 

* Quelle est l’histoire?
Un Sutta pourra offrir peu de choses en matière d’histoire narrative, alors qu’un autre sera rempli de pathos et de théâtralité, et il pourra même parfois ressembler à une histoire courte. Comment l’histoire elle-même renforce-t-elle les enseignements présentés dans le Sutta?

 

* Qui commence l’enseignement?
Est-ce le Bouddha qui prend l’initiative, ou est-ce quelqu’un qui vient lui poser des questions ? Dans ce dernier cas, y a-t-il des non-dits ou des attitudes cachés? Quelqu’un vient-il trouver le Bouddha dans l’intention de le confondre dans un débat ? Ces considérations peuvent vous donner une idée de la motivation derrière les enseignements, et de la réceptivité de l’auditeur aux paroles du Bouddha. Avec quelle attitude abordez-vous de ces enseignements?

 

* Qui enseigne?
Est-ce le Bouddha, un de ses disciples ou les deux ? Est-il ou est-elle ordonné(e) ou est-ce un laïc ou une laïque? Quelle est la profondeur de la compréhension de l’enseignant (par exemple, est-il ou est-elle “simplement” quelqu’un qui est entré dans le Courant, ou s’agit-il d’un arahant ou être éveillé)? Même s’il est souvent difficile de le déterminer à partir de la lecture du Sutta, avoir une connaissance du contexte et des références de l’enseignant peut aider à juger du niveau des enseignements qu’il ou elle a à offrir. Lire les commentaires et discuter de ces questions avec des spécialistes ou des membres du Sangha peut se révéler utile, ici.

 

* A qui sont destinés les enseignements?
Est-ce pour un moine, une nonne, ou un disciple laïc ? S’agit-il d’une grande assemblée ou d’un individu ? Ou s’agit-il des disciples d’une tout autre religion ? Quelle est la profondeur de leur compréhension? Si le public est constitué de disciples entrés dans le Courant qui aspirent à l’état d’arahant, les enseignements présentés peuvent être considérablement plus avancés que si l’auditoire n’a jamais eu auparavant le moindre aperçu des enseignements du Bouddha. Ceci peut être utile lorsqu’il s’agit de déterminer si ces enseignements spécifiques vous conviennent.

 

* Quelle est la méthode de présentation?
S’agit-il d’une leçon formelle, d’une session de questions et réponses, de la répétition d’une vieille histoire, ou simplement d’un verset inspiré ? L’enseignant dispense-t-il son instruction seulement au moyen du contenu des enseignements ou bien la façon dont il traite ses auditeurs fait-elle partie du message ? La grande variété des styles d’enseignement employés par le Bouddha et ses disciples montre qu’il n’existe pas de méthode figée pour enseigner le Dhamma; la méthode à utiliser dépend des exigences spécifiques de la situation et de la maturité spirituelle du public.

 

* Quel est l’enseignement essentiel?
En quoi l’enseignement correspond-il au triple système progressif d’entraînement du Bouddha: est-il d’abord focalisé sur le développement de la vertu, de la concentration, ou de la sagesse ? La présentation est-elle consistante avec ce qui est donné dans les autres Sutta ? Comment cet enseignement s’insère-t-il dans votre “carte routière” des enseignements du Bouddha? Correspond-il bien à votre niveau de compréhension, ou remet-il en question quelques-unes de vos croyances fondamentales à propos du Dhamma?
* Comment cela finit-il ?

L’auditeur atteint-il l’Eveil en écoutant l’enseignement, ou lui faut-il attendre encore un peu après? Quelqu’un se “convertit”-il à la voie du Bouddha, ainsi qu’il est montré par le passage standard : “Magnifique! Magnifique! C’est comme s’il avait redressé ce qui était renversé…” ? Parfois, le simple geste de souffler une chandelle suffit à amener quelqu’un au plein Eveil ; parfois le Bouddha lui-même ne peut arriver à aider quelqu’un à surmonter son mauvais kamma passé. Les diverses issues des Sutta permettent d’illustrer l’extraordinaire pouvoir et la complexité de la loi du kamma.
* Que peut m’offrir ce Sutta?
Cette question est la plus importante de toutes, car alle nous incite à prendre le Sutta à cœur. Après tout, c’est le cœur qu’il faut transformer par ces enseignements, pas l’intellect.

Lorsque vous lisez un Sutta, gardez à l’esprit

que vous écoutez aux portes du Bouddha

tandis qu’il enseigne à quelqu’un d’autre.

http://dhammadelaforet.unblog.fr/2008/08/11/quelques-suggestions-pour-lire-les-sutta-par-john-bullit (excellent blog même si c’est un conccurent de dhammawak et je vous le conseils au plus haut point :p lollll) 

 



N’être personne – Ajahn Sumedho

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La première année que j’ai pratiqué, j’étais livré à moi-même et je pouvais entrer dans des états d’esprit hautement développés, ce que j’aimais beaucoup. Puis je suis allé à Vat Pah Pong, où l’accent est mis sur le mode de vie selon la discipline du Vinaya et la règle de vie. Là, chacun devait quêter sa nourriture chaque matin, participer aux chants récitatifs du matin et du soir. Si vous étiez jeune et en bonne santé, on attendait de vous que vous alliez faire de longues tournées pour aller quêter votre nourriture ; il y en avait de moins longues, réservées aux moines à la santé déclinante. En ce temps-là, j’étais très vigoureux et j’allais faire ces longues tournées dont je revenais fatigué ; ensuite il y avait le repas et, l’après-midi, nous avions toutes les tâches domestiques à faire. Il n’était pas possible dans ces conditions-là de rester concentré. La plus grande partie de la journée était occupée par la routine quotidienne.

Alors j’en eus assez de tout cela ; je suis allé voir Luang Pô Chah et je lui ai dit : « Je ne peux pas méditer ici. » Et il a commencé à se moquer de moi et à raconter à tout le monde « Sumedho ne peut pas méditer ici ! » J’avais expérimenté la méditation de la façon dont j’ai parlé tout à l’heure et je l’avais pleinement appréciée. Maintenant Luang Pô Chah insistait de manière ferme sur le côté ordinaire de la vie quotidienne, le fait de se lever tôt le matin, la tournée d’aumônes, le travail quotidien, les corvées domestiques ; tout cela servait à développer l’attention. Et Luang Pô Chah ne semblait pas du tout enclin à m’encourager dans mes penchants à me priver d’impressions sensorielles en n’accomplissant pas ces petites tâches quotidiennes. Il ne semblait pas être d’accord avec cela. Aussi ai-je fini par me conformer à cela et par apprendre à méditer dans la quotidienneté de la vie. Et, à la longue, c’est ce qui a été le plus utile.

Cela n’a pas toujours été ce que je souhaitais, tant il est vrai que l’on désire toujours quelque chose d’exceptionnel. On aimerait voir apparaître une lumière brillante, avoir de magnifiques états intérieurs en Technicolor, une béatitude incroyable, être transporté par l’extase… Cela ne nous suffit pas d’être content et calme, on veut aller plus loin que la lune.

Mais si l’on réfléchit à cette forme humaine, c’est simplement ainsi ; c’est être capable de rester assis calmement et de se lever calmement, d’être content de ce que l’on a ; c’est cela qui fait de cette vie, qui est une expérience de chaque jour, quelque chose de joyeux et non quelque chose qui fasse souffrir. Car c’est ainsi que nous vivons la plupart du temps : vous ne pouvez vivre dans des états extatiques de transport et de béatitude et faire la vaisselle, n’est-ce pas ? J’ai lu la vie de saints, qui étaient tellement emportés par leurs extases qu’ils ne pouvaient plus rien faire de pratique. Peut-être le sang avait-il jailli de leurs mains, ou s’étaient-ils arrangés pour que quelque chose d’extraordinaire se produise, mais à chaque fois que les choses en venaient à être pratiques ou réalistes, ils étaient incapables d’agir.

Cependant, quand on considère la discipline du Vinaya, on voit que c’est un entraînement de l’attention ; il faut de l’attention pour faire les robes, recueillir les aumônes de nourriture, pour manger, s’occuper de son kutî, pour savoir que faire dans telle ou telle situation. Ce sont des conseils très pratiques pour la vie quotidienne d’un moine. Un jour ordinaire de la vie du moine Sumedho ne consiste pas à entrer en extase mais à se lever, à aller aux toilettes, à enfiler ses robes, à se laver et à faire ceci ou cela ; c’est bien d’attention dont il s’agit quand on vit selon cette convention et que l’on apprend à s’éveiller à la manière dont les choses sont, au Dhamma.

C’est pour cela que chaque fois que l’on contemple la cessation de la souffrance, on ne cherche pas la fin du monde mais juste la fin d’une expiration ou la fin du jour, la fin d’une pensée ou d’une impression. Pour se rendre compte de tout cela, il nous faut être attentifs au flux de la vie, nous devons vraiment nous rendre compte de comment est la vie plutôt que d’attendre quelque expérience fantastique de lumière merveilleuse descendant sur nous ou nous foudroyant ou bien quoi que ce soit d’autre.

Maintenant contemplez juste votre respiration ordinaire. Vous noterez que quand vous inhalez l’air, il est facile de vous rassembler. Quand vous remplissez vos poumons, vous avez une sensation de croissance, de développement et de force. Quand vous dites que quelqu’un est prétentieux, c’est qu’il est probablement en train d’inspirer. C’est difficile de se sentir important quand on expire. Gonflez votre torse et vous avez l’impression d’être quelqu’un de grand et puissant. Cependant, la première fois que j’ai prêté attention à l’expiration, mon esprit ne semblait pas aussi important qu’à l’inspiration, on faisait juste ceci pour pouvoir arriver à l’inspiration suivante.

Maintenant, réfléchissez. On peut observer la respiration. Qu’est-ce qui peut observer ? Qu’est-ce qui observe et connaît l’inspiration et l’expiration ? Ce n’est pas la respiration, n’est-ce pas ? Vous pouvez aussi observer l’état de panique dans lequel on est quand on ne peut pas inspirer ; mais l’observateur, celui qui sait, n’est pas une émotion, n’est pas atteint de panique, ce n’est pas une expiration ou une inspiration. Ainsi notre refuge dans Bouddha, c’est d’être cette connaissance ; d’être le témoin plutôt que l’émotion, ou la respiration, ou encore le corps.

Alors vous commencez à voir une manière d’être attentif, de porter de l’attention aux choses faisant partie de la routine et aux expériences de la vie. Dans ma chambre, j’ai une jolie petite reproduction que j’aime beaucoup : un vieil homme tenant une tasse de café à la main, regardant par la fenêtre un jardin anglais, sous la pluie qui tombe. Le titre est « L’attente ». C’est ainsi que je me vois ; un vieil homme tenant sa tasse de café, assis à la fenêtre, attendant, attendant. regardant tomber la pluie ou regardant le soleil. Je ne trouve pas cette image déprimante mais plutôt paisible. Cette vie parle d’attente, n’est-ce pas ?…



Lacher prise sur la souffrance – Ajahn Thiradhammo

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Pour la plupart des gens, le changement est une chose difficile. Pour ceux qui font preuve de sagesse, le changement est un défi. Une situation nouvelle suscite souvent de la peur en nous, peur de la perte, ou peur de l’inconnu, ou peut-être la résistance, ou le besoin de se défendre. Bien sûr, ces réponses ne sont pas plaisantes, elles peuvent même être douloureuses, mais la personne sage voit cela comme une splendide opportunité pour la pratique : là où il y a la douleur on s’accroche, on s’attache, et notre pratique est d’apprendre à lâcher prise.

Souvent, pourtant, ce lâcher prise a l’air d’être quelque chose d’ordinaire et de confortable, bien sûr ! Laissez simplement être! Mais c’est un lâcher prise superficiel : laisser aller quand cela nous plaît ! Un vrai méditant sait que se détacher vraiment n’arrive qu’avec la souffrance. La souffrance met l’accent sur notre attachement, l’endroit même où ce laisser-aller a lieu.

A cause de l’irritation naturelle que le changement provoque ordinairement en nous, on a tendance à construire notre monde sur quelque prétention de stabilité et de sécurité ; on dit « prétention de stabilité et sécurité », car, si on y regarde de plus près, on voit qu’on ne peut jamais échapper au changement. Ainsi, quelqu’un a observé en plaisantant : « On peut obtenir une assurance contre la vieillesse, la maladie et la mort, mais c’est seulement un contrat avec le temps, pas avec la vérité ! » Et la même chose s’applique aussi à notre sens de soi : s’accrocher est notre assurance contre « les blessures de notre ego », mais cela est seulement un contrat avec le temps et non avec la vérité. La vérité est au-delà du temps et au-delà d’un sens de soi. Plutôt que de courir partout pour trouver stabilité et sécurité, notre pratique est d’apprendre à rester tranquille et à voir clairement la vérité du changement.



Apprendre a découvrir l’équilibre – Ajahn Chah

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Le Bouddha donnait son enseignement de façon très simple. Mais souvent les gens n’écoutaient pas ou ne comprenaient pas. Ce qu’enseigne le Bouddha, c’est la voie du milieu : apprendre à découvrir l’équilibre, l’harmonie qui nous rapproche du Dhamma. La voie du milieu consiste à éviter en toutes circonstances de se figer dans les extrêmes.

Nombreux sont ceux qui viennent me voir avec des questions du genre : « Telle manière de pratiquer est-elle valable ? » ; « Dois-je aller dans tel ashram ou plutôt dans tel centre ? », « On y suit telle pratique; est-elle bonne ? ». Vous aurez beau poser de telles questions à l’infini, aucune réponse jamais ne vous rapprochera du Dhamma. En effet, toutes ces questions n’aident pas à comprendre où trouver le Dhamma et à voir les choses telles qu’elles sont. Le Dhamma ne se trouve qu’en cherchant en soi-même, au fond de son propre coeur, pour y distinguer ce qui est vrai et ce qui ne l’est pas, ce qui est en équilibre et ce qui ne l’est pas.

Que se passe-t-il dans votre esprit quand vous interrogez quelqu’un d’autre ? Cherchez-vous à saisir vraiment quelque chose, ou bien exprimez-vous un doute, ou ne s’agit-il que d’une simple curiosité ? Apprenez à observer le fonctionnement de votre esprit quand il pose des questions plutôt que de vous laisser absorber par les questions elles-mêmes comme si elles exprimaient une réalité. Si seulement vous compreniez que le Bouddha est toujours présent et ne cesse de dispenser son enseignement ! Le bonheur existe et le malheur aussi ; le plaisir et la peine sont là en permanence. Au moment où vous comprendrez la nature du plaisir et de la peine, leur essence, vous verrez le Bouddha, vous verrez le Dhamma. Le Bouddha n’est pas autre chose que cette compréhension.

Quand on en prend pleinement conscience, nos expériences de chaque instant, agréables ou désagréables, renferment le Bouddha et le Dhamma. Mais la plupart des gens réagissent en aveugles aux choses agréables : « J’aime ça. j’en veux encore ! » ; et aux choses désagréables : « Allez-vous en, je n’aime pas ça, je n’en veux plus ! ». Si vous parvenez à vous ouvrir complètement et en toute simplicité à la nature de votre expérience, alors vous rendez pleinement hommage au Bouddha. C’est cela, voir ici et maintenant le Dhamma et le Bouddha et donc devenir Bouddha soi-même.

C’est si facile, si seulement vous compreniez cela. C’est si simple et si direct. En présence de choses agréables, comprenez qu’elles sont vides, dépourvues de substance. Quant aux choses pénibles, ne vous identifiez pas à elles, ne les faites pas vôtres, elles passent et disparaissent. Au moment où ceci devient clair, votre esprit trouve son équilibre ; et alors, quand il l’a trouvé, vous êtes sur la bonne voie, vous suivez l’enseignement authentique du Bouddha, l’enseignement qui conduit à la libération.

Souvent des gens se tourmentent à vouloir savoir : « Puis-je atteindre ce niveau de samâdhi, ou celui-là ? », « Quels pouvoirs puis-je développer ? », « Que peut-on voir en état de samâdhi ? ». Ces gens passent complètement à côté de l’enseignement du Bouddha et s’égarent dans des voies qui ne les mènent nulle part. Le Bouddha se révèle dans les choses les plus simples, juste sous vos yeux, à condition que vous ayez la volonté de regarder vraiment. Pour cela, l’essentiel est de trouver l’équilibre juste, l’équilibre qui ne retient rien et qui ne repousse rien.