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Quelques conseils pour la lecture des suttas – Par John Bullitt

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Le Canon Pali comprend plusieurs milliers de Sutta (discours), dont plus de 700 sont désormais disponibles en traduction anglaise sur Access to Insight Lorsqu’on fait face à une telle quantité de richesses, trois questions viennent naturellement à l’esprit :
Pourquoi devrais-je lire les Sutta?
Quels Sutta devrais-je lire?
Comment devrais-je les lire?
Il n’y a pas de réponses universelles et définitives à ces questions; en fin de compte, il faudra que vous trouviez les vôtres. Néanmoins, je vous offre ici quelques idées, suggestions, et conseils que j’ai moi-même trouvé utiles au cours des ans, dans ma propre exploration des Sutta. Peut-être vous seront-ils utiles à vous aussi.

 

Pourquoi devrais-je lire les Sutta?
Ils sont la source première des enseignements du bouddhisme Theravada.
Si vous êtes intéressé par l’exploration des enseignements du bouddhisme Theravada, alors le Canon Pali — et les Sutta qu’il comprend — est la bonne direction vers laquelle se tourner pour un avis et un soutien d’autorité. Pas besoin de vous préoccuper de savoir si les Sutta ont été ou pas vraiment prononcés par le Bouddha historique (personne ne pourra jamais le prouver ni dans un sens ni dans l’autre). Gardez simplement à l’esprit que les enseignements qu’ils contiennent ont été pratiqués — avec un succès apparent — depuis plus de 2600 ans. Si vous voulez savoir si ces enseignements fonctionnent ou pas, alors étudiez les Sutta, mettez leurs enseignements en pratique et découvrez par vous-même.

 

Ils constituent un corps d’enseignements complet.
Les enseignements des Sutta, pris dans leur ensemble, présentent une carte routière complète au voyageur de la Voie, depuis son état actuel de maturité spirituelle jusqu’à l’objectif final. Quel que soit votre état actuel (sceptique non engagé, dilettante, pratiquant laïc dévot, ou moine ou nonne célibataire), il y a quelque chose dans les Sutta pour vous aider à progresser d’un pas de plus sur la voie, vers le but. Plus vous lirez le Canon Pali, moins vous risquez de ressentir le besoin d’emprunter des enseignements à d’autres traditions spirituelles, étant donné que les Sutta contiennent pratiquement tout ce que vous devez savoir.

 

Ils constituent un corps d’enseignements auto-consistant.
Les enseignements dans le Canon sont en très grande partie auto-consistants, caractérisés par un seul goût – celui de la libération. Cependant, à mesure de votre parcours au travers des Sutta, il est possible que, de temps en temps, vous tombiez sur des enseignements qui remettront en question — voire contrediront carrément — votre présente compréhension du Dhamma. En réfléchissant profondément sur ces pierres d’achoppement, les conflits se résolvent au moment où pointe un nouvel horizon de l’entendement. Par exemple, vous pourriez conclure à la lecture d’un Sutta que votre pratique devrait être d’éviter tout désir. Mais à la lecture d’un autre, vous apprendrez que le désir lui-même est un facteur nécessaire de la Voie. Ce n’est qu’après réflexion qu’il deviendra clair que ce à quoi le Bouddha veut en venir, c’est qu’il y a différentes sortes de désirs, et que certaines choses valent vraiment la peine d’être désirées — en particulier l’extinction de tout désir ! Quand vous en arrivez là, votre entendement prend une nouvelle expansion dans un territoire qui peut facilement inclurre les deux Sutta, et l’apparente contradiction s’évapore. Au fil du temps, vous apprenez à reconnaître ces “conflits” apparents non plus en tant qu’inconsistance entre les Sutta eux-mêmes, mais en tant qu’indication que les Sutta vous ont amenés jusqu’à une des limites de votre propre entendement. A vous de dépasser cette limite.

 

Comment devrais-je lire un Sutta?
*Il n’existe pas de traduction “définitive”.
N’oubliez pas que le Canon Pali a été transmis en pali, et pas en anglais ni en français. Jamais, dans ses enseignements, le Bouddha n’a parlé de “souffrance” ou “d’Eveil”; pour cela il employait les mots « dukkha » et « nibbana ». Gardez aussi en tête que chaque traduction a été filtrée et produite par un traducteur — quelqu’un qui est inextricablement inscrit dans sa propre culture à un moment particulier dans le temps, et dont l’expérience et l’entendement colorent inévitablement sa traduction. (Les traductions britanniques des Sutta de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle nous paraissent souvent mornes et lourdes, aujourd’hui; dans cent ans, ces traductions que nous apprécions aujourd’hui paraîtront sans le moindre doute tout aussi archaïques.) La traduction, tout comme les tentatives du cartographe à projeter la terre ronde sur une feuille plate de papier, est un art imparfait.
Il vaut probablement mieux ne pas vous sentir trop à l’aise avec une traduction en particulier, que ce soit celle d’un mot ou de tout un Sutta…/…Rappelez-vous que toute traduction n’est qu’une béquille, pratique mais provisoire, dont vous devrez vous servir jusqu’à ce que vous puissiez en arriver à une compréhension de première main des idées qu’elle décrit.
Si vous êtes vraiment sérieux dans votre entendement de ce dont parlent les Sutta, il faudra que vous retroussiez vos manches et que vous appreniez le pali. Mais il y a encore mieux: lisez les traductions et mettez les enseignements qu’ils contiennent en pratique jusqu’à en obtenir les résultats promis par le Bouddha. La maîtrise du pali n’est, fort heureusement, pas indispensable à l’Eveil.

 

* Aucun Sutta ne contient tous les enseignements.
Pour bénéficier au maximum du Canon Pali, explorez de nombreux Sutta différents, ne vous limitez pas à une sélection. Les enseignements sur l’attention, par exemple, quoique précieux, ne représentent qu’une toute petite partie de l’ensemble des enseignements du Bouddha. En fait, chaque fois que vous croyez que vous comprenez ce dont parlent les enseignements du Bouddha, c’est signe qu’il faut que vous approfondissiez.

 

* Ne vous préoccupez pas de savoir si un Sutta contient vraiment ou non les propres mots du Bouddha historique.
Il n’existe aucun moyen de le prouver ou de l’infirmer. Contentez-vous de lire les Sutta, de mettre les enseignements en pratique du mieux que vous pourrez, et voyez ce qui arrive. Vous n’avez rien à perdre.

 

* Si vous aimez un Sutta, relisez-le.
Vous tomberez parfois sur un Sutta qui, pour une raison ou une autre, vous « parlera » lorsque vous le lirez pour la première fois. Ayez confiance en cette réaction et relisez-le; cela signifie à la fois que le Sutta a quelque chose de précieux à vous apporter, et que vous êtes mûr(e) pour recevoir l’enseignement qu’il offre. Relisez de temps en temps les Sutta que vous vous rappelez avoir aimés il y a quelques mois ou quelques années. Vous pourriez y découvrir quelques nuances que vous aviez négligées auparavant.

 

* Si vous n’aimez pas un Sutta, relisez-le.
Vous tomberez parfois sur un Sutta qui, pour une raison ou une autre, vous agacera. Ayez confiance en cette réaction; cela signifie que le Sutta a quelque chose de précieux à vous apporter, même si vous n’êtes pas encore tout à fait prêt(e) pour lui. Mettez un marque-page et laissez le Sutta de côté pour le moment. Reprenez-le dans quelques semaines, mois, ou années, et essayez encore. Peut-être qu’un jour il vous « parlera ».

 

* Si un Sutta est ennuyeux, confus, ou qu’il ne vous apporte aucune aide, mettez-le simplement de côté.
Selon vos intérêts du moment et la profondeur de votre pratique, vous pourriez trouver qu’un Sutta donné reste incompréhensible ou bien qu’il est particulièrement ennuyeux.. Mettez-le tout simplement de côté pour le moment, et essayez-en un autre. Continuez d’essayer jusqu’à ce que vous en trouviez un qui vous touche de manière directe et personnelle.

 

* Un bon Sutta est celui qui vous donne envie de méditer.
Tout l’intérêt de lire des Sutta est de nous donner envie de développer les vues correctes, de vivre une vie droite et de méditer correctement. De sorte que si, en lisant, vous ressentez un besoin de plus en plus fort de poser le livre, d’aller vous asseoir dans un endroit tranquille, de fermer les yeux et d’observer votre respiration, eh bien, faites-le! Le Sutta aura alors rempli son rôle. Il sera encore là quand vous y reviendrez plus tard.

 

* N’ignorez pas les répétitions.
De nombreux Sutta contiennent des passages répétitifs. Lisez le Sutta comme vous le feriez pour un morceau de musique: lorsqu’on chante ou qu’on écoute une chanson, on ne saute pas tous les refrains; de même, quand vous lirez un Sutta, ne sautez pas les répétitions. Comme en musique, les « refrains » des Sutta contiennent souvent de légères variations insoupçonnées — et importantes — qu’il ne faut pas manquer.

 

* Discutez du Sutta avec un ami.
En partageant vos observations et réactions avec un ami, vous pouvez tous deux développer votre entendement du Sutta. Envisagez de former un groupe informel d’étude des Sutta. Si vous avez encore des questions à propos d’un Sutta, demandez à un enseignant expérimenté et de confiance qu’il vous guide. Consultez les moines et les nonnes plus anciens, étant donné que leur perspective spécifique sur les enseignements peut souvent vous aider à dépasser votre confusion.

 

* Qu’a-t-il été dit sur ce Sutta ?
Il est toujours utile de lire ce que les commentateurs — les contemporains et les anciens — ont à dire sur les Sutta. Certains trouvent que les commentaires typiques du Tipitaka — en particulier ceux de l’écrivain médiéval Buddhaghosa — sont utiles. Une partie d’entre eux sont disponibles en traduction anglaise chez la « Pali Text Society » et la « Buddhist Publication Society ». Certains préfèrent les commentateurs plus contemporains, comme ceux qui ont écrit dans Wheel Publications de la « Buddhist Publication Society ». De nombreux livrets et articles remarquables ont été écrits par des auteurs tels que les vénérables Bodhi, Khantipalo, Ñanamoli, Narada, Nyanaponika, Soma, et Thanissaro. Vous trouverez peut-être aussi de l’intérêt aux excellentes notes d’introduction et de bas-de-page de The Middle Length Discourses of the Bouddha (Boston: Wisdom Publications, 1995) de Bhikkhu Bodhi, et de The Long Discourses of the Bouddha (Boston: Wisdom Publications, 1987) de Maurice Walshe. Lisez aussi ce qu’écrivent les maîtres de la Tradition thaïlandaise de la Forêt, car ils offrent des perspectives rafraîchissantes et spécifiques sur les Sutta qui sont bien enracinées dans une profonde expérience de la méditation.

 

* Donnez au Sutta le temps de « mûrir ».
Peu importe l’utilité du message que vous aurez trouvé dans le Sutta, peu importe la satisfaction que vous aurez retirée du goût qu’il vous a laissé, laissez-les croître et se développer au cours de votre pratique de la méditation et de votre vie. Ne tentez pas de résoudre ou de “faire” un Sutta comme si c’était un mot croisé. Donnez-lui le temps de  « mûrir » en vous. Avec le temps, les idées, les impressions et les attitudes induites par le Sutta vont infuser graduellement dans votre conscience, informant ainsi votre façon de voir le monde. Un jour vous pourrez même vous retrouver au milieu d’une expérience par ailleurs très ordinaire et quotidienne lorsque soudain, le souvenir d’un Sutta que vous aurez lu il y a longtemps vous reviendra en mémoire, portant avec lui un puissant enseignement dhammique qui sera exactement approprié au moment.
Pour faciliter ce lent processus de maturation, laissez-vous beaucoup d’espace pour les Sutta. Ne mêlez pas vos lectures de Sutta avec vos autres activités, et ne lisez pas trop de Sutta en même temps. Faites de l’étude des Sutta une activité spécifique, contemplative, qui devrait également être une expérience agréable. Si ce n’est pas le cas, mettez cela de côté, et essayez à nouveau quelques jours, semaines ou mois plus tard. Lorsque vous finissez de lire un Sutta, ne replongez pas tout de suite dans vos activités ; faites une méditation sur la respiration pour donner à l’esprit le temps de se poser et pouvoir parfaitement absorber les enseignements.
Lorsque vous lisez un Sutta, gardez à l’esprit que vous écoutez aux portes du Bouddha alors qu’il est en train d’enseigner à quelqu’un d’autre. Au contraire de plusieurs des contemporains du Bouddha appartenant à d’autres traditions spirituelles et qui pouvaient souvent adhérer à une doctrine donnée en répondant à chaque question, le Bouddha ajustait les principes de base de ses enseignement aux besoins spécifiques de son auditoire. Il est donc important de développer une sensibilité au contexte d’un Sutta, pour voir en quoi la situation de l’auditeur du Bouddha est similaire à la nôtre, de façon et comment appliquer au mieux les paroles du Bouddha à notre propre situation.
Il peut être utile de garder certaines questions en esprit pendant qu’on lit, tant pour aider à comprendre le contexte du Sutta que pour aider à s’accorder aux différents niveaux d’enseignements qui se développent souvent simultanément. Rappelez-vous: ces questions n’étaient pas destinées à vous transformer en spécialiste de la littérature; leur but est simplement de vous aider à faire vivre chaque Sutta.

 

* Quel est le cadre?
Le paragraphe d’ouverture (qui commence habituellement par, “Ainsi ai-je entendu…”) met le Sutta en scène. Est-ce que l’action se passe dans un village, dans un monastère ? En quelle saison est-on? Quels événements ont lieu en arrière-plan? Ces détails nous permettent de nous rappeler que ce Sutta décrit des événements réels survenus à des personnes réelles — comme vous et moi. Cela permet de faire revivre réellement le Sutta.

 

* Quelle est l’histoire?
Un Sutta pourra offrir peu de choses en matière d’histoire narrative, alors qu’un autre sera rempli de pathos et de théâtralité, et il pourra même parfois ressembler à une histoire courte. Comment l’histoire elle-même renforce-t-elle les enseignements présentés dans le Sutta?

 

* Qui commence l’enseignement?
Est-ce le Bouddha qui prend l’initiative, ou est-ce quelqu’un qui vient lui poser des questions ? Dans ce dernier cas, y a-t-il des non-dits ou des attitudes cachés? Quelqu’un vient-il trouver le Bouddha dans l’intention de le confondre dans un débat ? Ces considérations peuvent vous donner une idée de la motivation derrière les enseignements, et de la réceptivité de l’auditeur aux paroles du Bouddha. Avec quelle attitude abordez-vous de ces enseignements?

 

* Qui enseigne?
Est-ce le Bouddha, un de ses disciples ou les deux ? Est-il ou est-elle ordonné(e) ou est-ce un laïc ou une laïque? Quelle est la profondeur de la compréhension de l’enseignant (par exemple, est-il ou est-elle “simplement” quelqu’un qui est entré dans le Courant, ou s’agit-il d’un arahant ou être éveillé)? Même s’il est souvent difficile de le déterminer à partir de la lecture du Sutta, avoir une connaissance du contexte et des références de l’enseignant peut aider à juger du niveau des enseignements qu’il ou elle a à offrir. Lire les commentaires et discuter de ces questions avec des spécialistes ou des membres du Sangha peut se révéler utile, ici.

 

* A qui sont destinés les enseignements?
Est-ce pour un moine, une nonne, ou un disciple laïc ? S’agit-il d’une grande assemblée ou d’un individu ? Ou s’agit-il des disciples d’une tout autre religion ? Quelle est la profondeur de leur compréhension? Si le public est constitué de disciples entrés dans le Courant qui aspirent à l’état d’arahant, les enseignements présentés peuvent être considérablement plus avancés que si l’auditoire n’a jamais eu auparavant le moindre aperçu des enseignements du Bouddha. Ceci peut être utile lorsqu’il s’agit de déterminer si ces enseignements spécifiques vous conviennent.

 

* Quelle est la méthode de présentation?
S’agit-il d’une leçon formelle, d’une session de questions et réponses, de la répétition d’une vieille histoire, ou simplement d’un verset inspiré ? L’enseignant dispense-t-il son instruction seulement au moyen du contenu des enseignements ou bien la façon dont il traite ses auditeurs fait-elle partie du message ? La grande variété des styles d’enseignement employés par le Bouddha et ses disciples montre qu’il n’existe pas de méthode figée pour enseigner le Dhamma; la méthode à utiliser dépend des exigences spécifiques de la situation et de la maturité spirituelle du public.

 

* Quel est l’enseignement essentiel?
En quoi l’enseignement correspond-il au triple système progressif d’entraînement du Bouddha: est-il d’abord focalisé sur le développement de la vertu, de la concentration, ou de la sagesse ? La présentation est-elle consistante avec ce qui est donné dans les autres Sutta ? Comment cet enseignement s’insère-t-il dans votre “carte routière” des enseignements du Bouddha? Correspond-il bien à votre niveau de compréhension, ou remet-il en question quelques-unes de vos croyances fondamentales à propos du Dhamma?
* Comment cela finit-il ?

L’auditeur atteint-il l’Eveil en écoutant l’enseignement, ou lui faut-il attendre encore un peu après? Quelqu’un se “convertit”-il à la voie du Bouddha, ainsi qu’il est montré par le passage standard : “Magnifique! Magnifique! C’est comme s’il avait redressé ce qui était renversé…” ? Parfois, le simple geste de souffler une chandelle suffit à amener quelqu’un au plein Eveil ; parfois le Bouddha lui-même ne peut arriver à aider quelqu’un à surmonter son mauvais kamma passé. Les diverses issues des Sutta permettent d’illustrer l’extraordinaire pouvoir et la complexité de la loi du kamma.
* Que peut m’offrir ce Sutta?
Cette question est la plus importante de toutes, car alle nous incite à prendre le Sutta à cœur. Après tout, c’est le cœur qu’il faut transformer par ces enseignements, pas l’intellect.

Lorsque vous lisez un Sutta, gardez à l’esprit

que vous écoutez aux portes du Bouddha

tandis qu’il enseigne à quelqu’un d’autre.

http://dhammadelaforet.unblog.fr/2008/08/11/quelques-suggestions-pour-lire-les-sutta-par-john-bullit (excellent blog même si c’est un conccurent de dhammawak et je vous le conseils au plus haut point :p lollll) 

 



Entrevue avec la nonne Nanda Málá

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Entrevue avec la nonne Nanda Málá

Groupe de nonnes

DhammaDána.org : Il n’y a pas de vinaya pour les nonnes (síladhara ). Avez-vous néanmoins un code de discipline à respecter ?

Nonne Nanda Málá : Nous pouvons observer les 8, les 9 ou les 10 préceptes, au choix, selon les capacités ou le souhait de chacune. Le 9e des 9 préceptes, c’est s’engager à développer metta, l’amour bienveillant à l’égard de tous les êtres, chaque fois que possible.

DD : En dehors des 8, 9 ou 10 préceptes, avez-vous d’autres points d’entraînement à la conduite ?

NNM : Il peut y en avoir d’autres ; nous pouvons, si nous le souhaitons, et dans la mesure de notre capacité, pratiquer un ou plusieurs dhutaýga. Néanmoins, nous ne pouvons pas pratiquer les 13 dhutaýga. Du fait que nous sommes des femmes, seule la moitié d’entre elles nous est accessible. Il ne nous est pas permis de pratiquer les autres, car ils présentent des conditions trop difficiles pour une femme. Exemples : susánika dhutaýga ou rukkhamúlika dhutaýga. Pour áraññika dhutaýga, une nonne n’est pas autorisée à demeurer seule dans la forêt, car elle serait trop exposée aux dangers. En revanche, des nonnes en groupe sont autorisées à pratiquer ce dhutaýga.

À l’instar des moines (bhikkhu), les nonnes n’ont pas toutes les mêmes dispositions. Certaines s’investissent dans l’étude des textes, d’autres dans la méditation, d’autres encore, dans la pratique des dhutaýga, chacune selon ses compétences. Certaines nonnes ont comme seule idée de pratiquer sans relâche jusqu’au stade d’arahanta. Certaines sont très habiles dans le pariyatti, d’autres dans le pa†ipatti. Celles qui sont très disposées au pa†ipatti ont une tendance naturelle à observer facilement les phénomènes qu’elles perçoivent. De ce fait, elles sont enclines à pratiquer les dhutaýga. Par contre, les nonnes qui ne parviennent pas à distinguer les phénomènes perçus n’ont pas la capacité de pratiquer les dhutaýga.

Nonne étudiant un livreIl y a des nonnes qui étudient les textes, qui apprennent par cœur des extraits de la parole de Bouddha, qui sont très passionnées par l’étude du dhamma. Elles sont très attelées à développer continuellement des kusala. Certaines nonnes s’entraînent à purifier leur síla en observant les 9 ou 10 préceptes, en pratiquant les dhutaýga, en s’abstenant de manger de la viande, et ainsi de suite. Elles essaient, au maximum de leurs capacités, de développer du mérite. Il y a aussi des nonnes qui, appréciant la solitude, demeurent seules dans leur chambre. Certaines veulent être très compétentes dans la connaissance des textes, certaines donnent des enseignements (aux nonnes et aux laïcs) pour faire connaître le dhamma.

Deux nonnes sous leur ombrelleIl m’est arrivé de rencontrer des nonnes qui appliquent le vinaya des bhikkhuní. J’ai beaucoup de respect pour ces nonnes. Moi-même, d’ailleurs, j’aurais voulu être bhikkhuní (si cela existait encore) et j’ai l’intention, un jour, de suivre cette discipline. De même, je pratique des dhutaýga chaque fois que j’en ai l’occasion (comme le fait de se limiter à un seul repas par jour et de manger à l’aide d’un seul récipient). Par contre, si ma santé n’est pas bonne, je me contente d’observer les 8 préceptes, en étudiant et en effectuant un travail missionnaire (pour porter la connaissance du dhamma aux autres).

Nonne en plastique portant un plateau sur la têteDD : Les nonnes vont-elles aussi parfois collecter leur nourriture quotidienne dans les zones habitées (comme le font les moines) ?

NNM : Oui, mais pas tous les jours, car le gouvernement autorise les nonnes à ne le faire que deux fois par semaine ; les deux jours qui précèdent chaque jour de lune (ce qui fait exactement 8 fois par lunaison).

File de nonnesDD : Pourquoi ne sont-elles pas autorisées à aller collecter la nourriture tous les jours ?

NNM : Parce que beaucoup d’entre elles, ont une tendance à l’avidité. De ce fait, elles passeraient leurs journées à ne faire que ça. Elles n’auraient ainsi plus beaucoup de temps à consacrer à la pratique et à l’étude du dhamma. Beaucoup de nonnes sont des femmes qui ont été mariées, qui ont connu la vie familiale. Ainsi, habituées à se promener longtemps à l’extérieur, elles auraient facilement tendance à passer du temps à faire leur collecte. S’il en était ainsi, la dévotion des gens aurait rapidement tendance à s’estomper. C’est pourquoi, suite à la demande du gouvernement, l’organisation nationale du saµgha a publié un livre officiel dans lequel apparaissent tous les points que les nonnes sont tenues de respecter. Notamment, il est précisé qu’elles ne doivent aller collecter la nourriture que deux fois par semaine, et s’entraîner à la pratique et à l’étude du dhamma.

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Nonne reçevant du rizDD : Pourquoi les moines, quant à eux, sont-ils autorisés à aller tous les jours chercher leur nourriture ? Ne font-ils jamais preuve d’avidité ?

NNM : Leur discipline est beaucoup plus stricte. Entre autres, ils ne sont pas autorisés à cuisiner leur repas eux-mêmes (ni à accepter de l’argent). Certains, les plus chanceux – grâce à leur kusala antécédent (nombreuses actions méritoires effectuées auparavant), bénéficient chaque jour d’un repas offert sur place. Pour la grande majorité, la collecte quotidienne est le seul moyen de subvenir à leurs besoins.

On ne peut pas comparer la vie de moine avec la vie de nonne. On peut néanmoins la comparer avec la vie de moniale (bhikkhuní). Les moniales avaient, tout comme les moines, une discipline monastique très aboutie, mais cette vocation s’est éteinte depuis longtemps déjà. Le saµgha masculin connaîtra tôt ou tard le même sort. Cela ne fait que depuis peu que les nonnes sont en grand nombre. Je pense que c’est aussi pour cette raison qu’elles ne constituent pas un véhicule solide pour la propagation (et préservation) du sásana. C’est pourquoi il y a moins de considération pour leur statut.

Nonne cuisinantDD : Deux fois par mois, les moines se réunissent pour écouter le pátimokkha, chaque jour de lune, les novices (sámašera) reprennent les 10 préceptes. De la même façon, les nonnes ont-elles un rappel régulier à propos de leur conduite à suivre ?

NNM : Pas tout à fait. Disons que la plupart des nonnes s’appuient sur les jours de lune en se disant :  » Aujourd’hui, c’est un jour de lune, profitons d’un tel jour pour s’efforcer de développer un maximum de kusala !  » ou  » observons une conduite pure !  » etc. Si certaines nonnes ont tendance à développer facilement de la colère, elles saisissent cette occasion pour s’efforcer de s’en abstenir. Mais tout cela ne fait pas – contrairement aux moines – l’objet d’une procédure établie. C’est seulement en fonction de la dévotion de chacune. Nous ne sommes pas non plus tenues de reprendre régulièrement nos préceptes. C’est à chacune de faire comme bien lui semble.

DD : Si un moine commet un párájika, il perd son statut de moine, et si un novice transgresse l’un des cinq premiers des 10 préceptes, il perd son statut (jusqu’à reprise de ses préceptes). De la même manière, n’y a-t-il pas de fautes pour lesquelles une nonne perd son statut ?

NNM : Non, il n’y a aucune restriction sévère de ce genre concernant les nonnes. La vie de nonne permet essentiellement de développer des parámí et des kusala en observant les 8 ou les 9 préceptes, et à purifier leur conduite (síla).

Nonnes prenant leur repasDD : Comment devient-on nonne ? La volonté suffit-elle ?

NNM : Il faut vouloir être nonne. Il faut observer au minimum les 8 préceptes. Pour beaucoup de femmes qui font le choix de devenir nonne, c’est très difficile, parce qu’elles sont habituées à faire beaucoup de choses dont elles sont subitement tenues de s’abstenir. Pour certaines femmes, il est très difficile de passer des 5 aux 10 préceptes. Par exemple, du jour au lendemain, elles ne doivent plus écouter de musique, plus regarder de vidéos, plus manger le soir (renoncer à leur maquillage et à leurs bijoux).

Cette existence s’avère très difficile pour les nonnes qui n’ont qu’une faible dévotion pour la vie religieuse. Comme beaucoup de femmes sont attachées à leur chevelure, il est très dur pour elles de devoir se raser la tête lorsqu’elles prennent la robe de nonne. J’en ai souvent rencontré qui avait beaucoup de nostalgie envers leur existence laïque, certaines chantaient souvent et cela leur manquait amèrement. Les nonnes sont tenues de se lever à quatre heures le matin (dans la plupart des nonneries), ce qui est une difficulté de plus pour certaines.

Ainsi, beaucoup de femmes ont du mal à endurer cette existence. Par contre, d’autres qui ont plus de parámí, ne rencontrent aucun inconvénient à mener cette vie.

Nonne jeune et nonne âgée

 

source : dhammadana voir liens



Questions et réponses with Ajahn Chah

                    Ajahn Chah

 

Q : Je fais de gros efforts dans ma pratique et, pourtant, c’est comme si je ne pouvais obtenir le moindre résultat satisfaisant.

R : Cela est très important. N’essaye pas de parvenir à quoi que ce soit dans ta pratique. Le désir même d’être libre ou d’être illuminé t’empêchera d’accéder à la liberté. Tu peux faire tous les efforts imaginables et pratiquer avec ferveur nuit et jour, mais si tu es motivé par le désir de parvenir à un résultat quelconque, tu ne trouveras jamais la paix. L’énergie provenant de ce désir sera cause de doutes et d’agitation mentale. Quel que soit le temps ou l’effort que tu consacres à ta pratique, jamais la sagesse ne naîtra du désir. Par conséquent, borne-toi à laisser aller les choses. Observe attentivement ton esprit et ton corps, mais n’essaye pas de parvenir à quoi que ce soit. Ne t’accroche même pas à la pratique de l’illumination.

Q : Et le sommeil ? Combien de temps devrais-je dormir ?

R : Ce n’est pas à moi que tu dois le demander, je ne saurais te répondre. Une bonne moyenne pour certains est de quatre heures par nuit. Mais ce qui compte, c’est que tu t’observes et te connaisses toi-même. Si tu réduis exagérément tes heures de sommeil, le corps en pâtira et il sera difficile de maintenir l’attention. Trop de sommeil, par contre, rendra l’esprit engourdi ou agité. C’est à toi de trouver ton équilibre. Observe attentivement ton esprit et ton corps, et évalue tes besoins en sommeil jusqu ‘à trouver la solution optimale. Paresser au lit après s’être réveillé est une souillure de l’esprit. Rétablis ton attention dès que tu ouvres les yeux.

Q : Et la nourriture ? Quelle quantité devrais-je manger ?

R : Qu’il s’agisse du sommeil ou de la nourriture, la réponse est la même : connais-toi toi-même. Il est indispensable de se nourrir pour satisfaire aux besoins du corps. Considère la nourriture comme un remède. Si tu manges tant, qu’après les repas, tu as envie de dormir et que tu grossis chaque jour, il est évident que tu fais fausse route ! Observe ton corps et ton esprit. Tu n’as pas besoin déjeuner. Au lieu de cela, cherche à voir quels effets tu obtiens suivant la quantité de nourriture absorbée. Trouve l’équilibre naturel pour ton corps. Mets toute ta nourriture dans ton bol conformément à la pratique ascétique. Cela te permet de contrôler facilement la quantité que tu prends. Observe-toi attentivement pendant que tu manges. Connais-toi toi-même. C’est cela, l’essence même de notre pratique. Il n’y a rien de spécial à faire. Contente-toi d’observer. Examine-toi. Observe ton esprit. Ainsi tu trouveras la façon de pratiquer la plus naturelle pour toi.

Q : Y a-t-il une différence entre l’esprit d’un Asiatique et celui d’un Occidental ?

R : Dans le fond, il n’y a pas de différence. Si les coutumes et le langage peuvent paraître différents. L’esprit humain, lui, a des caractéristiques naturelles qui sont les mêmes pour tous. La cupidité et la haine sont les mêmes dans un esprit oriental ou occidental. La douleur et la cessation de la douleur sont les mêmes pour tous.

Q : Est-il conseillé de lire beaucoup ou d’étudier les écritures pour la pratique ?

R : Ce n’est pas dans les livres qu’on trouve le Dhamma du Bouddha. Si tu veux vraiment voir toi-même ce dont le Bouddha a parlé, tu n’as pas besoin de t’encombrer de livres. Borne-toi à observer ton esprit. Essaye de voir et de comprendre comment les sentiments naissent et disparaissent, comment les pensées naissent et disparaissent. Ce faisant, ne sois jamais attaché à quoi que ce soit. Il te suffit d’être attentif à tout ce qu’il y a à voir. C’est cela, la voie qui mène aux vérités du Bouddha. Sois naturel. Tout ce que tu fais dans la vie, ici, constitue une occasion de pratiquer. Tout cela est Dhamma. Lorsque tu effectues les travaux du ménage, essaye d’être attentif. Lorsque tu vides un crachoir ou que tu nettoies les toilettes, ne considère pas que tu fais cela pour rendre service à quelqu’un d’autre. Le Dhamma est présent dans l’activité même de vider un crachoir. Ne considère pas que les seules fois où tu pratiques, c’est quand tu es assis immobile, les jambes croisées. Quelques-uns parmi vous se sont plaints de ne pas disposer de suffisamment de temps pour méditer. A-t-on assez de temps pour respirer ? C’est cela, votre méditation : attention et comportement naturel dans tout ce que vous faites.

Q : Pourquoi n’avons-nous pas tous les jours une entrevue avec le maître ?

R : Si vous avez des questions, n’hésitez pas à venir les poser n’importe quand. Mais nous n’avons pas besoin d’entrevues quotidiennes ici. Si je réponds à toutes vos questions, des plus insignifiantes aux plus importantes, vous ne comprendrez jamais le processus du doute dans votre propre esprit. Il est indispensable que vous appreniez à vous examiner vous-mêmes, à vous interroger vous-mêmes. Ecoutez attentivement l’exposé donné tous les deux ou trois jours, puis servez-vous des enseignements reçus pour les comparer avec votre propre pratique. Est-ce la même chose ? Est-ce différent ? Pourquoi avez-vous des doutes ? Qui doute ? Vous ne comprendrez qu’en vous examinant vous-mêmes.

Q : Quelquefois je m’inquiète au sujet de la discipline monastique. Est-ce que je commets un acte répréhensible si je tue des insectes sans le vouloir ?

R : Si la discipline et la moralité – sîla – sont des éléments essentiels de notre pratique, il ne s’ensuit nullement qu’il faille suivre les règles aveuglément. Ce qui compte, dans le fait de tuer un animal ou de transgresser d’autres règles, c’est l’intention. Donc, cherche à connaître ton propre esprit. Tu ne devrais pas être particulièrement inquiet au sujet de la discipline monastique. Si elle est utilisée convenablement, elle ne fait que soutenir la pratique, mais certains moines cependant se tracassent tellement pour les moindres règles que leur sommeil en est troublé. La discipline n’est pas un fardeau à porter. Elle constitue le fondement de notre pratique, et à cette discipline bien comprise viennent s’ajouter les règles et les pratiques ascétiques. L’observance et le respect des nombreuses règles même secondaires ainsi que des 227 préceptes de base constitue un véritable bienfait, car cela rend la vie très simple. Comme tu n’as pas besoin de te demander comment tu dois agir, tu peux éviter d’y penser et te borner à être attentif. La discipline nous permet de vivre ensemble harmonieusement ; tout marche bien de cette façon dans la communauté. Vu de l’extérieur, chacun se présente et agit de la même façon. La discipline et la moralité nous servent de tremplin pour parvenir à une concentration et à une sagesse toujours plus grandes. Par l’utilisation correcte de la discipline monastique et des Préceptes ascétiques, nous sommes forcés de vivre simplement, en limitant nos possessions. En résumé, voici en quoi consiste la pratique du Bouddha : abstiens-toi de faire le mal et apprends à faire le bien, vis simplement en te limitant aux besoins fondamentaux et purifie ton esprit. Autrement dit, sois attentif à ton esprit et à ton corps dans toutes les positions : que tu sois assis, debout, marchant ou couché, connais-toi toi-même.

Q : Que puis-je faire quand je suis tourmenté par le doute, par exemple, concernant ma pratique, mes propres progrès ou mon maître ?

R : Douter est naturel. Chacun a des doutes lorsqu’il s’engage dans une nouvelle voie. Tu peux en avoir beaucoup. Ce qui importe, c’est qu tu ne t’identifies pas à tes doutes : autrement dit, ne te laisse pas enfermer dans tes doutes, car ton esprit ne ferait alors que tourner en rond interminablement. Au lieu de cela, observe tout le processus de la formation des doutes, des questions qu’on se pose à soi-même. Essaye de voir qui est celui qui doute. Observe comment les doutes naissent et disparaissent. De cette façon, tu ne seras plus leur proie. T’étant distancié de tes doutes, tu les verras de l’extérieur et ton esprit sera tranquille. Il te suffit de lâcher ce à quoi tu es attaché. Lâche tes doutes et borne-toi à observer. Ainsi tu te libéreras du doute.

Q : Et les autres méthodes de pratique ? Actuellement, il semble y avoir tant de maîtres et tant de systèmes de méditation différents qu’on ne s’y retrouve plus.

R : C’est la même chose que d’aller en ville. Vous pouvez vous en approcher par le nord, par le sud-est et par de nombreuses routes. Bien des fois, la différence entre les systèmes n’est qu’extérieure. Que vous suiviez telle ou telle voie, que vous avanciez rapidement ou lentement, si vous êtes attentifs, en fin de compte, c’est la même chose. Il y a un point essentiel auquel toute bonne pratique doit aboutir à la fin c’est le non-attachement. Pour tous les systèmes de méditation, le point final à atteindre est cette faculté de lâcher ce à quoi on est attaché. On ne peut pas non plus s’attacher à son maître. Si un système aboutit à la renonciation, au non-attachement, c’est qu’il s’agit de la pratique correcte.
Peut-être désirez-vous voyager, voir d’autres maîtres et essayer d’autres systèmes. Quelques-uns parmi vous l’ont déjà fait. C’est un désir parfaitement naturel. Mais vous finirez par découvrir qu’en posant un millier de questions et en essayant de nombreux systèmes, vous ne parviendrez pas à la vérité. Puis, un jour, vous en aurez assez. Vous verrez alors que ce n’est qu’en vous arrêtant et en examinant votre propre esprit que vous pouvez découvrir ce dont le Bouddha a parlé. Vous n’avez pas besoin d’aller chercher à l’extérieur de vous-même. Un jour ou l’autre, il vous faudra bien retourner et regarder en face votre propre nature véritable. C’est ici même que vous pouvez comprendre le
Dhamma.

Q : Souvent on a l’impression que de nombreux moines ne pratiquent pas vraiment. Ils ont l’air un peu négligents ou inattentifs. Cela me gêne.

R : Ce n’est pas une bonne chose : regarder les autres n’est pas ce qu’il faut faire. Cela ne te permet pas de progresser dans ta pratique. Si tu es contrarié, contente-toi d’observer la contrariété dans ton esprit. Que la discipline des autres laisse à désirer ou qu’ils ne soient pas de bons moines, ce n’est pas à toi d’en juger. Tu ne parviendras pas à la sagesse en observant les autres. La discipline monastique est un instrument à utiliser pour ta propre méditation. Ce n’est pas une arme dont on se sert pour critiquer ou faire des reproches. Personne ne peut pratiquer à ta place, tout comme tu ne peux le faire pour n’importe qui d’autre. Borne-toi à être attentif à tes propres faits et gestes. C’est ainsi qu’il faut pratiquer.

Q : Je me suis beaucoup efforcé de pratiquer la maîtrise des sens. J’ai toujours les yeux baissés et je suis attentif à mes moindres faits et gestes. Quand je mange, par exemple, je prends tout mon temps et j’essaye d’être conscient de tout ce qui en fait partie : mâcher, goûter, avaler, etc. Je franchis chaque étape très consciemment et soigneusement. Est-ce que je pratique correctement ?

R : La maîtrise des sens est une pratique correcte. Il importe que nous y soyons attentifs durant toute la journée. Mais il ne faut pas non plus exagérer ! Marche, mange et agis naturellement et, ce faisant, développe une attention naturelle à tout ce qui se passe à l’intérieur de toi. Ne fais pas de ta méditation quelque chose de forcé et ne t’oblige pas à t’adapter à des modèles où tu seras mal à l’aise. Ce n’est là qu’une autre forme de désir insatiable. Sois patient. Fais preuve d’autant de patience que d’endurance. Si tu agis naturellement et que tu es attentif, la sagesse viendra tout naturellement elle aussi.

Q : Est-il nécessaire de rester assis pendant des heures d’affilée ?

R : Non, il n’est pas nécessaire de rester assis pendant des heures et des heures. Il y a des gens qui pensent que plus on médite en position assise, plus on est sage. J’ai vu des poules rester assises sur leurs nids pendant des jours et des jours !
La sagesse provient d’un effort d’attention constant dans toutes les positions. Ta pratique devrait commencer le matin, à ton réveil, et continuer jusqu’au moment où tu t’endors. Ne t’inquiète pas au sujet du temps pendant lequel tu es capable de rester assis. La seule chose qui compte, c’est que tu sois toujours attentif, aussi bien pendant le travail ou la méditation en position assise qu’au moment où tu vas aux toilettes.
Chaque personne a sa propre allure naturelle. Quelques-uns parmi vous mourront à l’âge de cinquante ans, d’autres à soixante-cinq ans, d’autres encore à quatre-vingt-dix ans : ainsi votre pratique ne sera pas la même pour tous. Ne vous inquiétez pas à ce sujet. Contentez-vous d’être attentifs et laissez les choses suivre leur cours naturel.
De cette façon, votre esprit deviendra de plus en plus tranquille, quel que soit l’endroit où vous vous trouvez : il sera calme comme l’eau limpide d’un étang dans une forêt. Et vous verrez alors toutes sortes d’animaux merveilleux et rares venir boire à l’étang. Vous verrez clairement la nature de tous les phénomènes (
sankhârâ) de ce monde. Vous verrez de nombreuses choses aussi merveilleuses qu’étranges apparaître et disparaître. Mais vous resterez calmes. Des problèmes surgiront et vous verrez immédiatement à travers eux. C’est cela, la félicité du Bouddha.

Q : J’ai toujours énormément de pensées. Mon esprit erre beaucoup malgré tous mes efforts pour être attentif.

R : Ne t’inquiète pas pour cela. Essaye de garder ton esprit dans le présent. Quelle que soit la nature de ce qui surgit dans ton esprit, contente-toi de l’observer. Lâche-le. Ne nourris même pas le désir de te débarrasser des pensées. De cette façon, l’esprit atteindra son état naturel. Il n’y aura alors plus de distinction entre bon et mauvais, chaud et froid, rapide et lent. Plus de moi et toi – plus de moi du tout. Uniquement ce qu’il y a au moment présent. Lorsque tu quêtes ta nourriture, tu n’as pas besoin de faire quoi que ce soit de spécial. Contente-toi de marcher et de voir ce qui se présente à toi. Ne t’attache ni à l’isolement ni à la solitude. Où que tu sois, connais-toi toi-même en étant naturel et en observant. Si des doutes surgissent, regarde-les venir et disparaître. C’est très simple. Ne t’attache à rien.
C’est comme si tu descendais une route, te heurtant à toutes sortes d’obstacles. Si tu rencontres des impuretés de l’esprit, contente-toi de les voir et surmonte-les en les lâchant. Ne pense pas aux obstacles que tu as déjà croisés. Et ne t’inquiète pas au sujet de ceux que tu n’as pas encore vus. Reste dans le présent. Ne te fais pas de souci au sujet de la longueur de la route ou de la destination. Tout change constamment. Quelle que soit la nature de ce que tu rencontres, ne t’y attache pas. L’esprit finira par atteindre son équilibre naturel où la pratique s’effectue automatiquement. Toutes les choses naîtront et disparaîtront d’elles-mêmes.

Q : Avez-vous jamais lu le « Sûtra de l’Estrade » du sixième patriarche, Houei Neng ?

R : La sagesse de Houei Neng est très pénétrante. C’est un enseignement très profond qui n’est pas facile à comprendre pour un novice. Mais si tu pratiques avec notre discipline et avec patience, si tu pratiques le non-attachement, tu finiras par comprendre. J’ai eu autrefois un disciple qui demeurait dans une hutte dont le toit était fait d’herbe. A l’époque, il pleuvait souvent durant la saison des pluies et, un jour, un vent violent emporta la moitié du toit. Il ne se donna pas la peine de le réparer, laissant la pluie tomber à l’intérieur de sa hutte. Lorsque, quelques jours plus tard, je le questionnai au sujet de sa hutte, il me répondit qu’il pratiquait le non-attachement. Mais il s’agit là d’un non-attachement pratiqué sans sagesse. C’est à peu près la même chose que l’équanimité d’un kérabau (d’un buffle d’eau). Si tu vis une bonne vie, en toute simplicité, si tu es patient et non égoïste, tu comprendras la sagesse de Houei Neng.

Q : Vous avez dit que samatha et vipassanâ – la concentration et la vision intérieure – sont la même chose. Pouvez-vous expliquer cela plus en détail ?

R : C’est assez simple. La concentration (samatha) et la sagesse (vipassanâ) se complètent réciproquement. D’abord l’esprit devient calme en se concentrant sur un objet de méditation. Cette tranquillité de l’esprit ne dure que le temps de la position assise, les yeux fermés. C’est ce qu’on appelle samatha. Or, un jour ou l’autre, cet état de samâdhi finit par entraîner l’apparition de la sagesse ou vipassanâ. A partir de ce moment-là, l’esprit est calme, que tu sois assis les yeux fermés ou que tu te promènes dans une ville grouillante d’activité. Pense par exemple au fait qu’autrefois tu étais un enfant alors que, maintenant, tu es un adulte. L’enfant et l’adulte sont-ils la même personne ? Tu pourrais dire qu’ils le sont ou, selon un autre point de vue, tu pourrais dire qu’ils sont différents. De la même façon, samatha et vipassanâ peuvent être considérés comme étant séparés l’un de l’autre. Ou pense au rapport qui existe entre la nourriture et les fèces ; on pourrait dire qu’elles sont la même chose, tout comme on pourrait dire qu’elles sont différentes. Ne te contente pas de croire ce que je dis, accomplis ta pratique et vois toi-même. Il ne faut rien de spécial pour cela. Si tu examines comment la concentration et la sagesse apparaissent, tu connaîtras la vérité toi-même. De nos jours, beaucoup de gens se raccrochent aux mots. Ils disent qu’ils pratiquent vipassanâ, méprisant samatha. Ou, au contraire, ils disent qu’ils pratiquent samatha, disant qu’il est indispensable de pratiquer samatha avant. Tout cela est stupide. Ce n’est pas la peine d’y penser de cette façon. Pratique simplement et tu verras toi-même.

Q : Est-il nécessaire, dans notre pratique, d’être capable de parvenir à un état d’absorption ?

R : Non, l’absorption n’est pas nécessaire. Tu dois créer un minimum de tranquillité de l’esprit et de concentration sur un point. Une fois cet état atteint, tu t’en sers pour t’examiner soi-même. Tu n’as besoin de rien de spécial. Si l’absorption est réalisée durant la pratique, il n’y a évidemment rien à redire à cela, mais il importe de ne pas s’y raccrocher. Or, certaines personnes en font tout un complexe. Cela peut être très amusant de jouer avec l’absorption, à condition d’en connaître les limites. Si tu es sage, tu reconnaîtras certainement les possibilités et les limites de l’absorption, tout comme tu vois les limites des enfants par rapport aux adultes.

Q : Pourquoi suivons-nous les règles ascétiques, comme celle qui consiste à ne manger que dans nos bols ?

R : Avec les préceptes ascétiques, nous sommes en mesure de mieux nous défendre contre les souillures de l’esprit. Ainsi, par exemple, si nous suivons la règle qui consiste à manger dans nos bols, nous pouvons mieux nous concentrer sur la nourriture en tant que nécessité vitale. Bien entendu, si notre esprit est pur, peu importe la façon dont nous mangeons. Si nous utilisons la forme, ici, c’est pour simplifier la pratique. Le Bouddha n’a pas prescrit les préceptes ascétiques pour tous les moines de façon obligatoire, mais il les a autorisés pour tous ceux qui désiraient pratiquer d’une façon stricte. Ils rendent notre discipline extérieure parfaite et contribuent ainsi à renforcer notre résolution et notre fermeté mentales.
Respecte ces règles pour toi-même et ne regarde pas comment les autres pratiquent. Observe ton propre esprit et découvre ce qui est bon pour toi. La règle selon laquelle nous devons accepter la hutte de méditation qui nous est assignée, qu’elle nous plaise ou non est également une discipline utile. Elle empêche les moines de s’attacher à leur habitation. S’ils s’en vont et reviennent, ils doivent accepter une nouvelle habitation. C’est cela, notre pratique : ne pas s’attacher à quoi que ce soit.

Q : Si le fait de mettre toute notre nourriture dans nos bols est important, pourquoi n’en faites-vous pas autant en votre qualité de maître ? Ne pensez-vous pas qu’il conviendrait que le maître donne l’exemple ?

R : Oui, c’est vrai, le maître devrait donner l’exemple pour ses disciples. Cela ne me fait rien que vous me critiquiez. Demandez-moi tout ce que vous voulez. Mais il importe que vous ne vous attachiez pas à votre maître. Si j’étais absolument parfait en ce qui concerne la forme extérieure, ce serait terrible. Vous seriez tous beaucoup trop attachés à moi. Le Bouddha lui-même a parfois demandé à ses disciples de faire certaines choses, qu’il ne faisait pas. Vos doutes concernant votre maître peuvent vous aider. Observez vos propres réactions. Avez- vous pensé qu’il soit possible que je destine aux laïcs qui travaillent autour du temple une partie de la nourriture mise dans mon bol ?
Vous devez vous-mêmes observer et développer la sagesse. Ne prenez du maître que ce qui est bon. Soyez conscients de votre propre pratique. Si je me repose pendant que vous devez tous rester debout, est-ce que cela vous met en colère ? Si je dis de la couleur bleue qu’elle est rouge ou que je confonds mâle et femelle, ne me suivez pas aveuglément.
L’un de mes maîtres mangeait très vite et bruyamment et, pourtant, il nous disait de manger lentement et attentivement. J’avais l’habitude de l’observer et d’être très contrarié. Je souffrais
; pas lui ! Je ne voyais que l’extérieur des choses. Plus tard, j’ai appris. Il y a des gens qui roulent très vite, mais avec toute l’attention requise, alors que d’autres roulent lentement et font beaucoup d’accidents. Ne vous attachez pas aux règles, à la forme extérieure. Si vous utilisez tout au plus dix pour cent de votre temps pour observer les autres et passez les quatre-vingt-dix pour cent restants à vous observer vous-mêmes, vous suivez la bonne pratique. Au début, j’avais l’habitude d’observer mon maître Achaan Tong Rath et j’avais beaucoup de doutes. Les gens pensaient même qu’il était fou. Il faisait des choses étranges ou parlait d’un ton féroce avec ses disciples. Extérieurement, il était furieux mais, à l’intérieur, il n’y avait rien. Il n’y avait personne. Il était remarquable. Il demeura lucide et attentif jusqu’au moment où il mourut.
En regardant à l’extérieur de soi, on compare, on fait des distinctions. Ce n’est pas de cette façon que vous trouverez le bonheur. Et ce n’est pas non plus en passant votre temps à chercher l’homme parfait ou le maître parfait que vous trouverez la paix. Le Bouddha nous a appris à voir le Dhamma, la vérité, et non à regarder les autres.

Q : Comment pouvons-nous surmonter la concupiscence dans notre pratique ? Quelquefois, je me sens comme si j’étais l’esclave de mon désir sexuel.

R : Le désir charnel doit être contrebalancé par la contemplation du caractère répugnant du corps. L’attachement à la forme corporelle est l’un des deux extrêmes et il importe de ne jamais oublier l’extrême opposé. Examine le corps en tant que cadavre et imagine le processus de la putréfaction ou pense aux différentes parties du corps, comme les poumons, la rate, la graisse, les fèces et ainsi de suite. Souviens-toi de ces différentes parties et rappelle-toi ces aspects répugnants lorsque surgit le désir charnel. Cela te délivrera de la concupiscence.

Q : Qu’en est-il de la colère ? Que dois-je faire quand je sens que je suis sur le point de me mettre en colère ?

R : Tu dois te servir de l’amour bienveillant. Si, pendant la méditation, un sentiment de colère s’empare de ton esprit, compense-le en développant des sentiments d’amour bienveillant. Si quelqu’un a un mauvais comportement ou se met en colère, ne te mets pas en colère toi aussi. Si tu le fais, tu es plus ignorant que lui. Sois sage. Aie de la compassion, car la personne en question est en train de souffrir. Emplis ton esprit d’amour bienveillant plein d’amour comme s’il s’agissait de ton propre frère. Prends le sentiment d’amour bienveillant comme objet de méditation. Etends-le à tous les êtres de ce monde. L’amour bienveillant est seul capable de vaincre la haine.
Si tu vois d’autres moines qui se comportent mal et que cela te contrarie, tu t’infliges une souffrance inutile. Ce n’est pas là notre
Dhamma. Peut-être penses-tu ainsi : « Il n’est pas aussi strict que moi. Ce ne sont pas des méditants sérieux comme nous. Ces moines ne sont pas de bons moines ». Tu commets là une grande impureté. Ne fais pas de comparaisons. N’établis aucune distinction. Lâche tes opinions, observe-les et observe-toi toi-même. C’est cela, notre Dhamma. Il t’est absolument impossible de faire en sorte que les autres agissent comme tu le désires ou qu’ils soient comme toi. Ce désir aura pour seul effet de te faire souffrir. C’est une erreur fréquemment commise par les méditants que d’observer les autres et cela ne fait qu’empêcher le développement de la sagesse. Contente-toi de t’examiner toi-même, d’examiner tes sentiments. C’est ainsi que tu finiras par comprendre.

Q : Il m’est souvent difficile de méditer parce que j’ai tendance à avoir sommeil.

R : Il existe plusieurs méthodes pour vaincre l’envie de dormir. Si tu es assis dans l’obscurité, va t’asseoir dans un endroit mieux éclairé. Ouvre les yeux. Lève-toi et lave-toi le visage ou prends un bain. Si tu as sommeil, change de position. Marche beaucoup. Marche à reculons : la peur de te heurter à toutes sortes d’obstacles te réveillera. Si tu n’obtiens pas l’effet souhaité, tiens-toi tranquille, dégage ton esprit et imagine-toi qu’il fait jour. Ou assieds-toi au bord d’un escarpement ou d’un puits profond : tu n’auras plus la moindre envie de dormir ! Si tout cela reste sans effet, il ne te reste plus qu’à aller dormir. Couche-toi d’une manière attentive et essaye de rester parfaitement conscient jusqu’au moment où tu t’endors. Puis, dès que tu te réveilles, lève-toi, ne regarde pas l’heure et ne te rendors pas. Rétablis toute ton attention dès le moment où tu te réveilles. Si cette envie de dormir te tourmente jour après jour, essaye de manger moins. Examine-toi. Dès que tu es arrivé au point où cinq cuillerées de plus te donnent l’impression d’être rassasié, arrête-toi puis bois de l’eau jusqu’à ce que tu aies le ventre vraiment plein. Et va t’asseoir pour la méditation. Observe ton envie de dormir et ta faim. Tu dois apprendre à équilibrer ta façon de manger. Plus ta pratique se développe, plus tu sentiras l’énergie et tu mangeras moins. Mais il faut que tu trouves ton équilibre.

Q : Pourquoi devons-nous si souvent nous prosterner ici ?

R : L’habitude de se prosterner est très importante. C’est là une forme extérieure qui fait partie de la pratique. Il importe de l’exécuter correctement. Incline le buste jusqu’à ce que le front touche le sol. Les coudes doivent se trouver près des genoux, les paumes des mains touchant le sol à environ huit centimètres l’une de l’autre. Incline-toi lentement, en étant parfaitement attentif à ton corps. C’est un excellent remède contre notre vanité. Nous devrions nous prosterner souvent. Si tu te prosternes trois fois, tu peux te rappeler en même temps les qualités du Bouddha, du Dhamma et du Sangha, autrement dit, les trois qualités de l’esprit que sont la pureté, le rayonnement et la paix. De cette façon, nous nous servons de la forme extérieure pour nous entraîner. Le corps et l’esprit deviennent harmonieux. Ne commets pas l’erreur de regarder comment les autres se prosternent. Que de jeunes novices soient peu soignés ou que des moines âgés aient l’air inattentifs. Ce n’est pas à toi de juger. Les gens peuvent avoir des difficultés à s’exercer. Il en y a qui apprennent vite, d’autres apprennent lentement. En jugeant les autres, tu ne feras qu’accroître ton orgueil. Au lieu de cela, observe-toi toi-même. Prosterne-toi souvent et débarrasse-toi de ton orgueil.
Ceux qui sont vraiment devenus harmonieux avec le Dhamma vont bien au-delà de la simple forme extérieure. Tout ce qu’ils font est une manière de se prosterner : en marchant, ils se prosternent ; en mangeant, ils se prosternent ; en déféquant, ils se prosternent. Il en est ainsi parce qu’ils sont allés au-delà de tout égoïsme.

Q : Quel est le problème majeur de vos nouveaux disciples ?

R : Les opinions. Les vues et les idées sur tous les sujets possibles. Sur eux-mêmes, sur la pratique, sur les enseignements du Bouddha. Parmi ceux qui viennent ici, il y en a beaucoup qui bénéficient d’un haut rang dans la société. Il y a là des marchands fortunés ou des diplômés, des professeurs et des fonctionnaires de l’administration. Leurs esprits débordent d’opinions sur tous les sujets possibles. Ils sont trop intelligents pour écouter les autres. C’est comme de l’eau dans une tasse. Si la tasse est remplie d’eau sale, elle est inutile. Pour qu’elle redevienne utile, il faut d’abord en éliminer l’eau défraîchie. Si vous voulez voir, vous devez d’abord vider vos esprits de toutes les opinions. Notre pratique va au-delà de l’intelligence, tout comme elle va au-delà de la stupidité. Si vous pensez, « Je suis intelligent, je suis fortuné, je suis important, je comprends tout ce qui a trait au bouddhisme », vous occultez la vérité du non-soi ou anatta. Vous voyez tout en fonction d’un soi, d’un moi à qui les choses appartiennent. Mais le bouddhisme consiste précisément à lâcher ce « soi ». Le bouddhisme, c’est le vide, le nibbâna.

Q : Les impuretés de l’esprit telles que la cupidité et la colère sont-elles réelles ou purement illusoires ?

R : Les deux à la fois. Les souillures que nous appelons la concupiscence ou la cupidité, la colère ou l’illusion ne sont en fait que des noms, des apparences extérieures. Tout comme nous disons d’un bol qu’il est grand, petit, joli et ainsi de suite. Ce n’est pas la réalité. Ce n’est que le concept que nous créons par suite de notre désir. Ainsi, si nous désirons un grand bol, nous disons de celui-ci qu’il est petit. Le désir nous entraîne à établir des distinctions. La vérité, toutefois, n’est que ce qui est. Essaye de voir les choses de cette façon. Est-ce que tu es un homme ? Tu peux répondre « oui ». Ceci est l’apparence des choses. Mais, en réalité, tu n’es qu’une combinaison d’éléments ou un groupe d’agrégats changeants. Si l’esprit est libre, il ne fait pas de distinctions. Ni grand ni petit, ni toi ni moi. Il n’y a rien : anatta, disons-nous, ou « non-soi ». En réalité, en fin de compte, il n’y a ni atta ni anatta.

Q : Pouvez-vous expliquer plus en détail ce qu’est le kamma ?

R : Le kamma est action. Le kamma est attachement. Le corps, la parole et l’esprit, tous trois produisent du kamma lorsque nous nous attachons. Nous créons des habitudes et celles-ci entraînent la souffrance. C’est le fruit de notre attachement, de nos souillures passées. Tout attachement nous entraîne à produire du kamma. Suppose que tu étais voleur avant de devenir moine. Tu volais, tu rendais d’autres malheureux, tu rendais tes parents malheureux. A présent, tu es moine, mais chaque fois que tu te rappelles comment, autrefois, tu rendais d’autres malheureux, tu te sens mal et tu souffres aujourd’hui encore. Souviens-toi que ce n’est pas uniquement le corps, mais également la parole et toute action mentale qui peuvent créer les conditions de résultats futurs. Si tu as agi avec bienveillance dans le passé et que tu te rappelles aujourd’hui cette bonne action, cela te rend heureux. Cet état d’esprit heureux est le résultat de ton kamma passé. Toutes les choses sont conditionnées par des causes – non seulement à long terme mais aussi, si on les examine de plus près, d’instant en instant. Cela dit, tu n’as pas à essayer de penser ni au passé, ni au présent, ni au futur. Contente-toi d’observer ton corps et ton esprit. Tu dois comprendre le kamma envers toi-même. Observe ton esprit. Pratique et tu verras clairement. Mais veille bien à ne pas te mêler du kamma des autres. Ne t’attache pas aux autres, ne les observe pas. Si j’absorbe du poison, je souffre. Tu n’as pas besoin de le partager avec moi ! Ne prends de ton maître que ce qui est bon pour toi. De cette façon, tu pourras devenir tranquille et ton esprit deviendra comme celui de ton maître. Si tu l’examines, tu verras. Même si, pour le moment, tu ne comprends pas, en pratiquant, tu finiras par comprendre. Tu comprendras tout seul. C’est ce qu’on appelle pratiquer le Dhamma.
Quand nous étions jeunes, nos parents avaient l’habitude de nous discipliner et de se mettre en colère. En réalité, ils voulaient nous aider. Il faut voir cela dans une perspective à long terme. Les parents et les maîtres nous critiquent et nous nous vexons. Plus tard, nous pourrons comprendre pourquoi. Après une longue pratique, tu comprendras. Ceux qui sont trop intelligents repartent après peu de temps. Ils n’apprennent jamais. Tu dois te débarrasser de ton intelligence. Si tu crois être supérieur aux autres, tu ne feras que souffrir. Quel dommage ! Tu n’as pas besoin de te vexer. Contente-toi d’observer.

Q : Quelquefois, j’ai l’impression que, depuis que je suis devenu moine, ma souffrance et mes épreuves n’ont fait qu’augmenter.

R : Je sais que quelques-uns parmi vous ont connu un cadre de vie marqué par le confort matériel et une liberté extérieure. Comparée à cela, votre existence actuelle est austère. Puis, durant la pratique, je vous oblige souvent à rester assis et à attendre pendant de longues heures. La nourriture et le climat sont différents de ce que vous avez connu chez vous. Mais chacun, tôt au tard, doit subir ce genre d’épreuves. C’est le genre de souffrance qui conduit à la cessation de la souffrance. C’est ainsi que vous apprenez. Lorsque vous vous fâchez et que vous vous apitoyez sur vous-mêmes, profitez de cette occasion pour essayer de comprendre l’esprit. Le Bouddha a dit des souillures de l’esprit qu’elles sont nos professeurs.
Tous mes disciples sont comme mes enfants. Je ne nourris à l’égard d’eux que de la bienveillance pleine d’amour, je ne pense qu’à leur bien-être. Si vous avez l’impression que je vous fais souffrir, rappelez-vous que je le fais pour votre bien. Je sais que quelques-uns parmi vous sont cultivés et très bien informés. Si les personnes peu cultivées et peu instruites n’ont guère de difficultés à pratiquer, vous autres Occidentaux, par contre, avez une très grande maison à nettoyer. Dites-vous bien qu’une fois que vous aurez nettoyé la maison, vous disposerez d’un vaste espace vital. Vous pourrez vous servir de la cuisine, de la bibliothèque, de la salle de séjour. Vous devez être patients. La patience et l’endurance sont essentielles à notre pratique. Quand j’étais jeune moine. Je n’avais pas à affronter les difficultés qui sont les vôtres aujourd’hui. Je connaissais la langue et je mangeais la nourriture à laquelle j’étais habitué depuis mon enfance. Pourtant, j’ai moi aussi traversé des journées de désespoir. Des journées où je voulais défroquer ou même me suicider. Ce genre de souffrance résulte de vues erronées. Mais une fois que vous avez vu la vérité, vous êtes libérés de toutes les vues et les opinions. Tout devient paisible.

Q : La méditation m’a permis de développer des états d’esprit très paisibles. Que dois-je faire à présent ?

R : C’est bien. Rends ton esprit paisible, concentré. Puis sers-toi de cette concentration pour examiner ton corps et ton esprit. Si ton esprit n’est pas paisible, il te faut également l’observer. Ainsi tu connaîtras la paix véritable. Pourquoi ? Parce que tu verras l’impermanence de toutes choses, Même la paix doit être comprise comme étant impermanente. Si tu es attaché à tes états d’esprit paisibles, tu souffriras toutes les fois qu’ils seront absents. Renonce à tout, même à la paix.

Q : Est-ce que je vous ai bien entendu dire que vous avez peur des disciples très assidus ?

R : Oui, c’est exact. J’en ai peur. J’ai peur qu’ils soient trop sérieux. Ils font des efforts exagérés, mais sans la sagesse requise. Ils s’infligent des souffrances inutiles. Quelques-uns parmi vous sont déterminés à parvenir à l’illumination. Vous serrez les dents et luttez sans arrêt. Ce sont là des efforts exagérés. Les gens sont tous les mêmes. Ils ne connaissent pas la nature des choses (sankhârâ). Toutes les formations, tant de l’esprit que du corps, sont impermanentes. Contente-toi d’observer et ne t’attache à rien. Il y en a d’autres qui croient savoir. Ils critiquent, ils observent, ils jugent. C’est parfait. Laisse-leur leurs opinions. Cette façon d’établir des distinctions est dangereuse. C’est comme une route avec un virage en épingle à cheveux. Si nous pensons que d’autres sont moins bien ou meilleurs que nous, ou qu’ils sont comme nous, nous sortons du virage. Si nous établissons des distinctions, nous ne ferons que souffrir.

Q : Cela fait bien des années maintenant que je médite. Mon esprit est ouvert et paisible dans presque toutes les circonstances. A présent, j’aimerais essayer de faire marche arrière et pratiquer des états élevés de concentration ou d’absorption de l’esprit.

R : C’est bien. Ce sont là des exercices mentaux bénéfiques. Si tu as de la sagesse, tu éviteras de te raccrocher à de tels états d’esprit concentrés. C’est la même chose que de vouloir rester assis pendant des heures et des heures. C’est bien pour l’entraînement mais, en réalité, la pratique est indépendante de toute posture. Elle consiste essentiellement en l’observation directe de l’esprit. C’est cela, la sagesse. Une fois que tu as examiné et compris l’esprit, tu as toute la sagesse requise pour connaître les limites de la concentration, ou celles des livres. Si, l’ayant pratiquée, tu comprends le non-attachement, tu peux revenir aux livres. Ils seront alors comme un délicieux dessert. Et ils peuvent t’aider à donner des enseignements aux autres. Tu peux également retourner à la pratique de l’absorption. Tu as la sagesse requise pour savoir qu’il ne faut pas s’accrocher à quoi que ce soit.

Q : Pouvez-vous nous rappeler quelques-uns des points les plus importants de notre discussion ?

R : Vous devez vous examiner. Essayez de savoir qui vous êtes. Apprenez à connaître votre corps et votre esprit en les observant. Que vous soyez assis, que vous donniez ou que vous mangiez, cherchez à connaître vos limites. Faites preuve de sagesse. La pratique ne consiste pas à essayer de parvenir à quoi que ce soit. Contentez-vous d’être attentifs à ce qui est. Toute notre méditation ne consiste qu’en l’observation directe de l’esprit. Vous verrez la douleur, sa cause et sa cessation. Mais vous devez vous armer de patience, de beaucoup de patience et d’endurance. Petit à petit, vous apprendrez. Le Bouddha a appris à ses disciples à rester avec leur maître pendant au moins cinq ans. Vous devez apprendre les vertus de la générosité, de la patience et de la dévotion.
Ne pratiquez pas d’une façon trop stricte. Ne soyez pas prisonniers de la forme extérieure. Et ne commettez pas l’erreur d’observer les autres. Contentez-vous d’être naturels et observez cela. Notre discipline et nos règles monastiques sont très importantes. Elles créent un environnement à la fois simple et harmonieux. Sachez vous en servir. Mais rappelez-vous que l’essence de la discipline monastique est l’observation de l’intention, l’examen de l’esprit. Vous devez avoir de la sagesse. Ne faites pas de distinction. Pourriez-vous vous fâcher contre un arbre de la forêt, parce qu’il est petit, et en aimer d’autres plus grands ? C’est stupide. Ne jugez pas les autres. Toutes les variétés sont dans la nature. Pas besoin de s’exténuer à vouloir les transformer toutes.
Donc, soyez patients. Pratiquez la moralité. Vivez simplement et soyez naturels. Observez l’esprit. C’est cela, notre pratique. De cette façon, vous parviendrez à l’absence d’égoïsme. A la paix.

Q : Pourriez-vous nous rappeler les points essentiels de la pratique bouddhique ?

R : En premier lieu, vous devez comprendre comment devenir conscients de votre corps et de votre langage, comment les observer véritablement et comment les utiliser dans votre pratique. En second lieu, vous devez apprendre comment travailler avec l’esprit dans vos efforts de concentration. Autrement dit, cherchez à obtenir la concentration afin de rendre l’esprit tranquille, puis servez-vous de cette concentration pour apprendre. En troisième lieu, vous pouvez apprendre, par la pratique et l’attention, à faire surgir la sagesse qui voit clairement la nature de toutes choses. De cette façon, votre sagesse ne sera dépendante ni d’une situation quelconque ni d’une forme ou d’un endroit particuliers, mais elle sera ce qui imprègne votre évolution à travers le monde.
Une autre manière, pour moi, d’exprimer ce qui est essentiel dans l’enseignement bouddhique, c’est de souligner à quel point il est important que vous commenciez par apprendre à distinguer vous-même ce qui est bien de ce qui ne l’est pas. Je ne dis pas cela dans un sens strictement moral. Il arrive souvent que des gens viennent me voir et me disent : « Nous avons entendu cet enseignement du Bouddha – est-ce correct ? ». Ou encore : « Dois-je faire ceci, ou dois-je faire cela, ou dois-je faire ceci ? ». Or, la pratique consiste à apprendre quelle que soit la situation ; comment voir soi-même ce qui est bien, ce qui est harmonieux, ce qui est
Dhamma, en voyant simultanément ce qui ne l’est pas. La manière d’enseigner du Bouddha était éminemment simple. Mais les gens, bien souvent, n’écoutaient pas ou n’entendaient pas. L’enseignement du Bouddha est celui de la voie du milieu, la voie où l’on apprend ce qui est équilibré, ce qui est Dhamma. Suivre la voie du milieu, c’est éviter d’être bloqué dans les extrêmes quelle que soit la situation. Tant de personnes viennent me voir pour me demander : « Est-ce la bonne manière de pratiquer ? Dois-je faire cela pendant mon séjour dans cet ashram ou dans ce centre ? » Ils y suivent tel genre de pratique : « Est-ce une bonne méthode ? ». Vous pouvez poser interminablement ces mêmes questions sans jamais recevoir une réponse qui vous amène au Dhamma. Car ces réponses ne vous amènent jamais dans le Dhamma. La seule manière de trouver le Dhamma est de regarder à l’intérieur de votre propre coeur et de voir ce qui est vrai et ce qui ne l’est pas, ce qui est équilibré et ce qui ne l’est pas. Qu’est-ce qui se passe lorsque vous questionnez d’autres personnes ? Est-ce que cela entraîne la compréhension, le doute ou l’étonnement ? Apprenez à observer le processus même de l’interrogation plutôt que d’être prisonniers de n’importe quel genre de questions comme si elles étaient réelles.
Le Bouddha est toujours parmi nous en train de nous enseigner. Si seulement vous pouviez comprendre. Il y a de la félicité et il y a du chagrin. Il y a du plaisir et il y a de la douleur. Et tout ceci est toujours là. Au moment même où vous comprenez la nature du plaisir et de la douleur, vous voyez le Bouddha, vous voyez le
Dhamma. Le Bouddha n’est pas différent de cela. C’est dire que chaque moment où vous faites l’expérience de ce qui est agréable ou de ce qui est désagréable est le Dhamma, est le Bouddha – à condition que vous parveniez à le voir clairement. Mais la plupart des gens réagissent comme des aveugles à tout ce qui est agréable : « Oh, j’aime ça, j’en veux davantage ! » Et à ce qui est désagréable : « Va-t’en. Je n’aime pas ça, Je n’en veux plus ! » Si vous parvenez à vous ouvrir complètement à la nature de votre expérience de la façon la plus simple qui soit, vous êtes en train de témoigner au Bouddha tout le respect qui lui est dû, vous êtes en train de voir le Bouddha lui-même, de voir le Dhamma, de devenir le Bouddha.
C’est tellement facile, si seulement vous pouviez comprendre. C’est tellement simple et c’est tellement direct. Lorsque des choses agréables se présentent, comprenez qu’elles sont vides. Et lorsque des choses désagréables apparaissent, dites-vous bien que ce n’est pas vous ni à vous : elles s’en iront comme elles sont venues. Ne les considérez pas comme étant vous et ne vous considérez pas vous-mêmes comme étant les propriétaires de ces choses. Il vous suffit de voir cela et votre esprit retrouvera son équilibre. Lorsque l’esprit retrouve son équilibre, c’est que vous êtes sur la bonne voie, que vous suivez l’enseignement du Bouddha, l’enseignement qui conduit à la libération. Bien des fois, les gens s’excitent terriblement, demandant : « Puis-je atteindre tel ou tel niveau de
samâdhi ? » Ou : « Quels sont les pouvoirs que je peux développer ? » Ou encore : « Que peut-on voir dans l’état de samâdhi ? » Ils ne font que sauter par-dessus ce que le Bouddha a enseigné pour aboutir à un autre endroit qui n’est pas vraiment utile. Vous trouverez le Bouddha dans les choses les plus simples, devant vous, il vous suffit d’être disposés à regarder. Et l’essence de cela consiste en l’établissement de l’équilibre qui à la fois ne retient pas et ne repousse pas. Vous pouvez vous rappeler tout ce que je vous ai dit jusqu’ici comme étant tout simplement les enseignements d’Ajahn Chah. Toutes les personnes ayant de la sagesse comprendront que ceci n’est pas vraiment le Dhamma. Ce ne sont que des mots pour parler du Dhamma. Et si vous pensez que ces mots sont le Dhamma, encore une fois, vous ne saisissez pas. En réalité, des mots tels que ces enseignements ne sont rien d’autre que ce qui vous renvoie à votre propre travail personnel à accomplir. Le Bouddha a atteint l’illumination tout seul. Il n’avait pas de maître. Il l’a fait tout seul. A cet égard, nous sommes tous comme le Bouddha. Personne ne peut le faire pour nous. C’est quelque chose que nous devons tous, chacun de notre côté, faire nous-mêmes. Nous devons tous nous illuminer nous-mêmes. Je vous demanderai donc d’accepter ces quelques mots et de les prendre en considération si vous les jugez utiles. Mais ce qui compte, c’est que vous compreniez qu’il ne s’agit là que de quelques mots de plus. La vraie pratique n’a lieu que dans vos propres coeurs – c’est ce que vous faites pour vous éveiller à votre propre bouddhéité, comment vous devenez un Bouddha. De nos jours, beaucoup de gens semblent être la proie d’une grande méprise. En Thaïlande, ils viennent me voir pour me demander d’accomplir des cérémonies spéciales comme si cela devait leur faire un bien quelconque. Ou ils viennent me demander de bénir leurs statuettes du Bouddha comme si cela devait leur faire un bien quelconque. Ou – et c’est notamment le cas de vous autres, Occidentaux – ils viennent me demander de leur donner des enseignements comme si cela devait leur faire un bien quelconque. Or, en réalité, tout cela n’est qu’une manière de vous insulter vous-mêmes puisque le Bouddha et le Dhamma, la vérité est déjà dans votre coeur. Tout ce que vous devez faire, c’est regarder à l’intérieur de vous-mêmes et vous servir de cela, comprendre cela, travailler avec cela. Alors les choses deviennent très simples. Vous n’aurez plus aucun problème.

 

http://mhd-abt.club.fr/vivekarama/textes/enseignements/desana-chah5.htm



Une interview avec le Vénérable Hénépola Gunaratana

BhanteG

 

 

La tradition Theravada a un long passé d’inégalité entre les sexes, même dans le domaine de la spiritualité. En fait, j’ai cru comprendre que les femmes ne pouvaient obtenir la pleine ordination dans votre tradition.
Vénérable Gunaratana : C’est un réajustement que j’aimerais proposer. Nous avons rencontré des difficultés pour introduire dans la communauté des moniales pleinement ordonnées. Cela a fait l’objet d’une vive polémique, car beaucoup de femmes aimeraient intégrer l’ordre Theravada des moniales, mais cela n’a pas été possible jusqu’à ce jour.

Si la pleine ordination des moniales était rétablie, seriez-vous également favorable à une totale égalité des hommes et des femmes ?
Vénérable Gunaratana : Absolument. Absolument. Les moniales pleinement ordonnées devraient être capables de faire la même chose que les moines pleinement ordonnés. C’est le genre d’égalité dont je suis partisan. Le Bouddha a introduit des règles supplémentaires pour les femmes parce que, s’il n’avait pas accordé quelques concessions, introduit quelques prescriptions, il y aurait eu une crise énorme – une opposition venant des autres moines aussi bien que des laïcs. C’est pour faire taire les critiques qu’il a introduit ces règlements. Mais, dans le monde moderne, ces choses peuvent être modifiées.

Pensez-vous que les changements que vous recommandez puissent être adaptés en Asie ?
Vénérable Gunaratana : Je crains fort que la pleine ordination ne se produise jamais en Asie, parce que la tradition, les coutumes, sont si fortes que l’on ne désire pas les modifier. Cela ne serait possible que dans des sociétés comme celle-ci, où le bouddhisme est nouveau. Une fois que cela sera établi ici, alors, peut-être, cela pourra-t-il être introduit progressivement dans les communautés bouddhistes asiatiques.

Qu’est-ce qui, selon vous, ne doit pas être modifié, ne doit pas changer ?
Vénérable Gunaratana : Le dharma peut être traduit dans un langage simple, moderne, ordinaire. Mais la signification ne devrait pas en être modifiée pour satisfaire aux exigences des gens. Quelques aspects des rituels pourraient changer, mais, par exemple, le fait de porter la robe ne devrait pas changer. Même du temps du Bouddha, les habits civils étaient très différents de ceux des moines. Et c’est la même chose aujourd’hui. La robe nous protège. En tant qu’être humains, nous ne sommes pas parfaits. Mais, quand nous portons la robe, cela nous rappelle notre situation et nous évite de nous mettre dans de fausses situations, d’agir de façon inappropriée.

En quoi la tradition Theravada se distingue-t-elle principalement des autres grands véhicules du bouddhisme ?
Vénérable Gunaratana : La tradition Theravada s’efforce de conserver le bouddhisme tel qu’il est présenté dans les textes palis. Elle insiste sur une éthique, une concentration, une pratique de la sagesse aussi proches que possible de l’enseignement du Bouddha lui-même, sans qu’on les interprète, sans qu’on les déforme ou qu’on les traduise dans des idées différentes. En tant que bouddhistes Theravada, nous essayons de préserver la langue palie et de l’utiliser dans nos enseignements du dharma, dans nos pratiques quotidiennes de dévotion.

Et l’intérêt est de préserver la langue du Bouddha ?
Vénérable Gunaratana : Oui. L’intérêt, lorsque vous avez le moindre doute à propos de l’enseignement, lorsque quelque chose vous semble flou, est que vous pouvez toujours vous reporter au pali. Et garder le pali comme langue de référence, afin de clarifier certains termes du dharma. Si vous n’avez pas cette sorte de culture ou de référence, vous devez vous en remettre aux traductions. Si le traducteur a fait une erreur, celle-ci se perpétue de génération en génération. C’est ce qui est arrivé à quelques autres branches du bouddhisme. Comme on n’y étudie pas le langage originel, force est de lire les 3ème, 4ème, 5ème, 6ème interprétations ou traductions, si bien qu’il arrive que l’on perde trace de l’enseignement originel. L’enseignement originel est préservé dans la tradition palie. Aucun doute à ce sujet.

Pensez-vous que certains Occidentaux méconnaissent le bouddhisme Theravada du fait de l’absence d’un véritable Vœu de Bodhisattva ?
Vénérable Gunaratana : Bien que les bouddhistes Theravada n’aient pas spécifiquement de Vœu de Bodhisattva, il est presque impossible d’ignorer la nécessité d’aider les autres. Et, vous savez, cette idée d’aider les autres n’est pas seulement bouddhique. Est-ce qu’il y a quelque chose de bouddhique dans la générosité ? Vous n’avez même pas besoin d’être un homme pour pratiquer la générosité. Peut-être avez-vous vu des animaux qui partageaient leur nourriture avec d’autres animaux. Faire ce genre de distinction entre Mahayana et Theravada n’est pas une façon très pratique ni très réaliste de voir les choses. La gageure est de faire comprendre aux gens des enseignements aussi fondamentaux que l’absence d’un soi séparé, l’absence d’âme, la non-croyance en un Dieu créateur . Le premier aspect, vous savez, l’impermanence, est réellement facile à comprendre. Si vous lisez n’importe quel livre de physique, de chimie, de science, vous saurez tout ce qui concerne l’impermanence. Mais l’absence d’un soi séparé, le fait de ne pas croire en un Dieu créateur sont tous deux extrêmement difficiles à enseigner.

Est-il possible à une société dans son ensemble de devenir un peu moins égotiste, ou est-ce seulement une question de pratique individuelle ?
Vénérable Gunaratana : En réalité, c’est une question de pratique individuelle. Même à l’époque où le Bouddha a atteint l’illumination, l’avidité, la haine, l’illusion n’étaient pas moindres qu’elles ne le sont aujourd’hui. Son seul but, en atteignant l’illumination, était d’être utile au monde. Mais, dès qu’il a atteint l’illumination, il est devenu si désappointé. Il s’est dit : « Comment enseigner le dharma à ces gens ? Ils sont si pleins d’ignorance, d’avidité, de haine, de jalousie, de peur, de tension, d’angoisse, d’appétit pour les désirs sexuels – comment pourraient-ils comprendre cela? » Mais il a commencé à enseigner. Et il n’a jamais été capable d’éliminer toute la souffrance du monde des humains. Jamais. Il a éliminé la souffrance de certaines personnes, mais, comparé au nombre d’êtres humains vivant sur cette terre, le nombre de ceux qu’il a aidés à atteindre l’illumination est insignifiant. A l’époque actuelle, où la population est plus nombreuse , où il y a davantage d’objets attrayants grâce aux progrès de la technologie, davantage d’objets suscitant le désir, l’avidité, l’égoïsme, la peur, l’angoisse, le souci, il est réellement plus difficile de pratiquer le dharma dans sa pureté. Et ce n’est pas uniquement le problème du dharma ou de l’enseignement du Bouddha. C’est le problème de toutes les religions. Les personnes religieuses font de leur mieux, avec les capacités qui sont les leurs. Mais, parallèlement, d’autres personnes essaient de promouvoir leurs productions dans le domaine matériel, d’attiser l’avidité des gens. Il y a plus de télévisions, d’ordinateurs, plus de ceci, plus de cela. Et c’est avec tout ça que vous devez rivaliser.

Avez-vous un but en ce qui vous concerne ?
Vénérable Gunaratana : Je dis que le bouddhisme est pareil à un arbre. Un arbre a un dôme de verdure, des feuilles, des fleurs, vous savez, de petites branches, ainsi qu’un tronc, une écorce, du bois, tendre ou dur, des racines, et ainsi de suite. Et nous devrions rechercher le bois dur, le cœur du dharma, de la même façon que l’on désire le cœur d’un arbre. Tout le reste peut cacher la vérité. Il y a tellement de choses autour du véritable dharma. Et les gens peuvent facilement être trompés, embrouillés, induits en erreur par cette très, très grande variété de choses. La Bouddha a dit très clairement : « Avant l’arrivée de du faux or sur le marché, l’or pur brillait de tout son éclat. Dès que l’or artificiel apparaît sur le marché, personne ne sait reconnaître l’or véritable du faux or.» Aussi, je désire montrer aux gens l’or véritable, afin qu’ils ne puissent plus se laisser tromper par tout ce qui brille. C’est cela mon objectif.



Question réponses avec Walpola Rahula

Question réponses avec Walpola Rahula dans Questions/Réponses chronik20e04

Quelle est votre impression sur le développement du bouddhisme en Occident?

 

Je ne crois pas qu’il y ait jamais eu beaucoup de bouddhistes, même dans des pays traditionnellement bouddhistes, comme l’Inde ou le Sri Lanka. Pas même en Inde, du temps du Bouddha, parmi ses disciples, dont beaucoup n’avaient pas compris son enseignement. Aujourd’hui, c’est la même chose. On ne peut pas avoir la compréhension d’une vérité par une technique. La pratique n’est pas suffisante pour atteindre la réalisation. Dans les textes bouddhiques, il est question d’un homme qui n’avait encore jamais rencontré le Bouddha, n’avait donc jamais pratiqué. Il l’écouta et comprit la réalité.

 

Mais que pensez-vous des moyens enseignés pour guider vers cette réalisation, comme vipassana ou samatha ? Il s’agit bien de techniques qui incorporent des postures physiques et des exercices mentaux…

 

Tout cela est surtout intéressant pour les gens qui ne peuvent pas faire autrement !

 

Alors, quelle voie conseillez-vous ?

 

Aucune. Si vous conseillez une voie, une technique, c’est fini. Dans la méditation vipassana, il n’y a pas de technique. Vous êtes conscient de toutes vos actions. Non pas une heure ou deux, mais toute la vie, en toute circonstance.

 

Ma question était aussi de savoir s’il y avait une différence de compréhension entre les Orientaux et les Occidentaux.

 

Il n’ y en a aucune. Dans l’enseignement du Bouddha, les soutras, les tantras… Pas les tantras, Tout est venu après le Bouddha. Tous les « yanas » : Vajrayana, Mahayana, Hinayana, Theravada, etc., sont postérieurs au Bouddha. Ils ont été développés par les maîtres bouddhistes, comme les pères de l’Eglise l’ont fait pour le christianisme. Non sans erreur par rapport à l’enseignement originel.

 

Votre réponse laisserait penser que tous ceux qui s’engagent dans une pratique bouddhiste sont dans l’erreur…

 

L’erreur est de s’attacher à la forme. Si vous avez la vérité dans votre main, c’est fini. Je pense que cela renvoie à l’essence de la vérité. La vérité n’est pas quelque chose que l’on peut trouver. Elle n’est pas exprimable par le langage.

 

Pourtant, il faut des étapes pour conduire la conscience à cette réalisation…

 

Quelles vies, quelles étapes ? Le Bouddha l’a dit : il n’y a pas de chemin. Un brahmane avait une fille très belle et il vint proposer au Bouddha de l’épouser. Celui-ci refusa, déclarant qu’il ne voudrait pas même lui toucher le pied. Le brahmane lui demanda alors par quel moyen il avait obtenu ce degré de compréhension. Il a dit: non par une pratique ni par quelque manière ou chose, mais sans ces choses. C’est-à-dire: vous pratiquez, mais vous n’êtes pas esclave de la pratique.

 

Que pensez-vous de l’ego et des émotions perturbatrices? Si la personne n’est pas guidée correctement, comment peut-elle atteindre la réalisation?

 

Dans le bouddhisme, ce n’est pas la connaissance ni la mémoire qui comptent, mais la compréhension et non pas celle qui repose sur la mémoire. La connaissance du Dharma, c’est la mémoire, et ce n’est rien du tout. Ce n’est qu’un processus. La compréhension de la vérité n’est pas mémoire. On ne peut pas oublier la vérité et, dans la vérité, il n’y a rien à se souvenir. Après son Ilumination, le Bouddha a insisté là-dessus : il y a la vision, c’est tout. Si vous voyez une fleur, vous la voyez, c’est tout. Il n’y a là rien de mauvais. Mais tout vient après, quand vous réfléchissez sur cela.

 

Les techniques du Vajrayana qui me sont un peu plus familières, amènent la conscience actuelle dans un état de non-saisie de l’expérience. Certains maîtres enseignent ces techniques pour faire comprendre cette vérité où rien n’est ajouté.

 

Il s’agit bien, alors, d’un chemin. Quels conseils donneriez-vous aux personnes qui veulent atteindre cette vérité?

 

Il n’y a pas de conseil à donner, sinon, c’est le chemin.

 

Les enseignants du Dharma vont bientôt se réunir à Karma-Ling pour envisager les différentes formes que prend le bouddhisme en Occident. Ce sujet préoccupe beaucoup les personnes engagées dans le Dharma…

 

Cette situation n’est pas nouvelle. Dans le passé, des concertations ont déjà cu lieu entre des grands bodhisattvas, des sravakas et des pratiekas bouddhas, etc. Ils ont débattu de ce qu’est la réalité. Si je me rappelle bien, il y a trente-deux définitions., Chacun a donné la sienne. A la fin, pour conclure, le grand bodhisattva a répondu par un grand silence car, dès qu’il y a des mots, il y a dualité. C’est une très belle histoire !

 

Le développement du bouddhisme en Asie a été très lent. En Occident, actuellement, ce processus est très rapide. D’où le questionnement des enseignants du Dharma: que faut-il faire et ne pas faire? Quelles erreurs éviter? A vous entendre, toutes les possibilités sont offertes…

 

En Occident, le bouddhisme n’est pas encore établi. Je parle de l’aspect institutionnel, non de la vérité. Ici, les aspects matériels et techniques sont très développés, mais pas la connaissance de l’esprit. Votre grand philosophe Descartes a dit: « Je pense, donc, je suis. » Cette proposition n’est pas logique. Selon le bouddhisme, il n’y a pas de moi ni de pensée, il y a seulement action, mais personne derrière. L’eau coule, mais il n’y a personne qui fait couler l’eau.