Mettâ par le Vénérable Parawahera CHANDARATANA

Posté le Samedi 10 février 2007

                                          chan
Ce soir je vais vous parler du Mettâ [amour bienveillant].

Vous avez déjà probablement entendu ce mot. Mettâ nous aide beaucoup dans notre pratique quotidien. Pour bien comprendre ce mot il faut bien comprendre le Dhamma, le chemin qui mène à la fin de la souffrance.

Le chemin qui mène à la fin de la souffrance, c’est le Noble Chemin Octuple, à savoir:

  1. Compréhension Juste
  2. Pensée Juste
  3. Parole Juste
  4. Action Juste
  5. Moyen d’Existence Juste
  6. Effort Juste
  7. Attention Juste
  8. Concentration Juste

Bouddha nous a bien expliqué le Mettâ en définissant le 2., point du Noble Chemin Octuple:

« Amis, qu’est-ce que c’est que la Pensée Juste?

  • La pensée du renoncement,
  • la pensée de la non-violance,
  • la pensée de la bienveillance. »

Mettâ est un mot au cœur du bouddhisme.Les moines doivent diffuser le Mettâ vers les fidèles. Les moines reçoivent tout des fidèles. Les robes dans lesquelles ils s’habillent, la nourriture qu’ils mangent, la maison qu’ils habitent et les médicaments qu’ils prennent – tout ce qui est nécessaire à la subsistance des moines est offert par les fidèles. Les moines n’ont rien à donner pour montrer leur gratitude aux fidèles. C’est en vivant, pratiquant, enseignant le Dhamma, en développant et pratiquant l’amour bienveillant et en diffusant le Mettâ vers les fidèles que les moines rendent leurs dettes aux laïques. Pour payer toutes les dettes envers les laïques, les moines pratiquent le Mettâ tous les jours.

Après son éveil le Bouddha lui-même, tous les matin de bonne heure atteignait le Mahâkarunâ sammâppatti. Cette sammâpatti est très difficile à atteindre, mais le Bouddha l’atteignait tous les jours pour pouvoir regarder partout au monde entier, pour savoir à qui il pourrait aider cette journée avec l’amour bienveillant.

Le Mettâ est un mot pâli, le mot qui lui correspond en sanskrit est ‘maitrî’. L‘origine linguistique de ces mots est très belle. Ils viennent de la même racine: en pâli le mot ‘mitta’ signifie ‘ami’. En sanskrit ‘ami’ c’est ‘mitra’. Mettâ et Maitrî expriment également ‘l’amitié spirituel’. On associe ces mots au Soleil qui donne la chaleur et la lumière.

Le Bouddha nous a bien expliqué comment pratiquer le Mettâ. Dans les trois Pitakas il y a trois suttas pour l’enseigner. La personne qui est profondément dans l’amour bienveillant, doit bien savoir le Mettâsutta.

Ce sutta a été enseigné pour un groupe de moines. Une fois ces moines sont partis dans la forêt pour méditer en suivant les conseils du Bouddha. Quand ils ont commencé à méditer dans un lieu solitaire, quelques dévas voulaient les empêcher à méditer. C’étaient des dévas de micchâditthi, ‘de fausse vue’. Ils ont tout le temps troublé la méditation des bhikkhus. Les moines sont rentrés et ils ont raconté au Bouddha ce qui c’était passé. Le Bouddha leur a enseigné la méditation Mettâ. Quand les moines sont retournés dans la forêt pour recommencer la méditation, ils ont pratiqué d’abord la méditation Mettâ. Les dévas, convertis, se sont mis à les aider et à les protéger dans leur développement spirituel. A partir de ce moment le Sutta de Mettâ donnait toujours une protection aux moines.

Si quelqu’un est contre nous, avec la pratique de ce sutta nous pouvons le dompter. Le sutta nous explique comment on peut avoir la paix en pratiquant la méditation bienveillante. Pour la pratiquer il faut

  • que nous soyons contents de toutes choses et joyeux,
  • que nous ne nous laissions pas submerger par les affaires du monde,
  • que nous ne nous chargions pas des fardeaux de la richesse,
  • que nous ayons les sens maîtrisés,
  • que nous soyons sages, sans être hautains,
  • que nous ne soyons pas attachés trop à la famille.

Si quelqu’un a ces caractères, il peut pratiquer le Mettâ.

Dans le sutta nous souhaitons que toute chose qui est vivante

  • faible ou forte,
  • élevé, longue ou grande,
  • moyenne, courte ou petite,
  • visible ou invisible,
  • née ou à naître,

que tous ces êtres soient heureux. Que nul ne déçoive un autre, ni ne méprise personne, que nul, par colère ou par haine, ne souhaite de mal à un autre. Ainsi qu’une mère au péril de sa vie surveille et protège son unique enfant, ainsi avec un esprit sans entraves doit-on chérir toute chose vivante. Avec une bonté bienveillante envers le monde entier et un esprit sans entraves, au dessus et au dessous et tout autour, sans limitation, sans haine et sans aversion. Etant debout ou en marchant, assis ou bien couché, tant que l’on est éveillé on doit cultiver cet esprit. Cet esprit est un demeure sublime à ce monde Celui qui pratique l’amour bienveillant qu’il abandonne les fausses opinions, qu’il se débarrasse des appétits des sens, il ne connaîtra plus de renaissance.

Un autre sutta explique que la personne qui pratique le Mettâ obtient d’autres résultats.

  1. Vous dormez bien.
  2. Vous vous réveillez heureux.
  3. Vous n’avez pas de mauvais rêves
  4. Vous êtes cher aux humains, les humains vous aiment
  5. Les êtres non-humains vous aiment.
  6. Les dévas vous protègent
  7. Poison et feu et des âmes ne peuvent vous toucher.
  8. Votre mental se concentre vite.
  9. Vous êtes de bonne humeur.
  10. Vous mourrez sans confusion d’esprit.
  11. Si vous ne réalisez pas le Nibbâna, vous renaîtrez dans le monde de Brahmâ.

Le Mettâni sanasutta [Sutta de l’amitié] présente la personne qui ne trahit pas l’amitié.

  • Il mange bien.
  • Quand il s’en va de chez lui, nombreux sont ceux qui dépendent de lui.
  • Celui qui ne trahit pas l’amitié. Quelque soit le lieu par où il se dirige, petit village ou grande ville, il est partout honoré.
  • Celui qui ne trahit pas l’amitié. Les voleurs ne l’accablent pas,
  • Le roi ne le méprise pas,
  • Il surmonte tous ses ennemies
  • Celui qui ne trahit pas l’amitié. Il arrive à la maison sans colère, parmi une multitude de gens. Il est heureux parmi ses proches.
  • Celui qui ne trahit pas l’amitié. Il donne et il reçoit.
  • Il vénère et il est vénéré.
  • Jamais la prospérité ne l’abandonne.
  • Celui qui ne trahit pas l’amitié. Ce qu’il sème donne bonne récolte. La joie de la récolte l’attend.
  • Celui qui ne trahit pas l’amitié. S’il tombe quelque part, il trouve son soutien.
  • Celui qui ne trahit pas l’amitié. Il est bien enraciné comme l’arbre de banian que le vent ne peut jamais arracher.
  • Et les ennemis ne peuvent pas lui nuire. Celui qui ne trahit pas l’amitié.

Pour accroître l’amour- bienveillance il convient de développer en vous trois facteurs: la compassion, la joie- sympathique et l’équanimité. Certains interrogent parfois; quelle est la différence entre compassion et amour- bienveillance? Là est l’amour – bienveillance nous pouvons le garder et l’éprouver sans limites, et à l’égard de tous les êtres: c’est pratiquer metta vis – à – vis de gens que nous connaissons, ainsi que ceux que nous ne connaissons pas. Certains disent: je peux l’éprouver pour tous sauf tel ou tel. Ce qui est absurde, car quand il y a metta elle est à l’égard de tous, autrement elle n’est pas, car cet amour n’a pas de limites (appamanna). Nous ne pouvons pas savoir le nombre d’êtres qui vivent sur cette terre ou sur d’autres planètes; il n’y a pas de limite au nombre des êtres vivants c’est pourquoi il est difficile de les inclure tous dans notre amour -bienveillance; difficile aussi de le diriger vers les êtres que nous ne connaissons pas. L’amour – bienveillance doit être dans notre esprit.

La compassion (karuna) n’a pas de limites non plus; nous pouvons l’éprouver à l’égard des êtres que nous connaissons. Elle apparaît dans notre esprit quand nous voyons un être qui souffre. Ce cas émeut notre cœur par la compassion que nous éprouvons.

La joie sympathique (mudita) est celle que l’on éprouve à la vue de la joie ou du succès d’autrui. Si quelqu’un est beau, on peut être admiratif ou bien jaloux. Parfois la souffrance d’autrui nous fait souffrir, mais on ne se réjouit pas de son bonheur. Cela n’est pas la joie – la joie sympathique. Nous sommes plus facilement aptes à compatir du malheur d’autrui que de se joindre à son bonheur. Si on peut se réjouir du bonheur de quelqu’un, alors c’est la joie sympathique.

L’ équanimité (upekkha)est plus difficile que les trois autres à réaliser, qui sont déjà difficiles. Le terme Pali upa signifie ‘juste’, ‘impartial’, ‘droit’. La signification étymologique du terme upekkha est « voie juste « , »vue impartiale ». Elle doit être développée sans attachement et sans aversion.

A plusieurs occasions le Bouddha a été l’objet de blâmes aussi bien de la part de Brahmanes que de laïcs . Alors qu’ il demeurait au monastère d’Anathapindika dans le parc de Jeta à Savatthi ,le Bouddha prit son bol et entra dans la ville pour sa tournée d’aumône. Au même moment, dans la maison du Brahmane Aggika Bharadvaja, on allumait le feu de sacrifice et on disposait les offrandes. Le Bouddha allant maison en maison arriva près de celle du Brahmane. Alors ce Brahmane voyant le Bouddha s’approcher, lui cria : »N’avance pas , tête rase, arrête, ô misérable samana, arrête ô paria. Le Bouddha resta calme et impassible, puis il commença à lui enseigner les caracteristiques qui font d’un homme un paria.

Une fois, un autre brahmane invita le Bouddha dans sa maison pour lui faire l’aumône. Une fois arrivé, il lui proféra des paroles injurieuses telles que : cochon, brute, chien…. d’usage à l’époque. Mais le Bouddha resta calme et impassible, puis il lui demanda ce qu’il ferait si des amis lui rendaient visite. – Le Brahmane lui répondit qu’il leur préparerait un festin. Alors le Bouddha lui dit: « Et s’ils refusent de partager votre repas, qu’en faites vous? » L’autre lui répondit:  » Je le partagerai avec ma femme et mes enfants. » Le Bouddha lui rétorqua: « Et bien moi je refuse vos paroles injurieuses. Gardez les pour vous même et partagez les avec votre famille ».

Les quatre facteurs s’appellent brahma vihara . Le mot brahama est utilisé dans un sens différent par rapport à l’hindouisme. Dans le Bouddhisme il s’emploie pour exprimer un comportement supérieur. Vivre dans l’amour – bienveillance, vivre dans la compassion, vivre dans la joie sympathique et vivre dans un esprit d’équanimité. Cela s’appelle comportement sublime. Pour avoir une vie harmonieuse et saine il faut développer les quatre états sublimes.

Quand une mère est enceinte dans la période où le bébé est dans son ventre elle éprouve de l’Amour – bienveillance à son égard. Elle le protège comme un trésor. La plupart des mères quand elles sont enceintes s’abstiennent de fumer, d’avoir des activités corporelles dures qui pourraient nuire à l’enfant. Après la naissance du bébé la compassion se développe, la mère accroît sa compassion. Le cœur de la mère sursaute quand elle voit le moindre danger menaçant son enfant. Elle s’efforce au maximum de le protéger quitte à négliger sa propre personne même si elle est malade. Quand l’enfant grandit elle se réjouit de ses succès, le cas échéant. S’il lui demande de lui acheter quelque chose elle exécute son désir, et apprécie ses réussites. Quand il devient adulte il se marie et vit séparé d’elle, l’attitude de sa mère demeure équanime: elle continue à éprouver le même sentiment à la égard de son fils.

Voilà un développement des quatre comportements sublimes.Ces quatre comportements sublimes doivent être développés en nous-mêmes; ils ne peuvent nous parvenir de l’extérieur; personne ne peut nous les donner; mais leur germe se trouve en nos cœurs et attend que nous l’accroissions. Même une personne cruelle, elle n’en est pas dépourvue, Mais ne sachant pas les cultiver elle manifeste des attitudes cruelles. Pour cultiver les quatre états sublimes, il y a un moyen spécifique. Il convient de se relaxer. Car la relaxation est un terrain favorable au développement de l’amour – bienveillance. L’état de relaxe est comparable à un jardin où germent des fleurs. Mais parfois des gens cherchent la relaxation en s’adonnant à l’alcool où à la drogue, ce genre de relaxation n’est qu’un oubli temporaire des problèmes. Ce n’est donc pas la relaxation véritable dont il est question. La relaxation par l’alcool et la drogue n’est que camouflage, Et ne saurait cultiver metta . La meilleur voie à la relaxation consiste à utiliser pleinement nos capacités mentales.

La meilleure voie pour se relaxer c’est la méditation; elle procure la relaxation du mental de celui qui la pratique. Avec la méditation de l’attention ultime vous verrez le développement de l’amour- bienveillance dans un esprit véritablement relaxé. Avec la méditation samatha nous ne pouvons pas développer une telle tranquillité. Lorsque nous pratiquons vipassana nous la développons.

Quand nous développons quelque chose de noble en nous le moyen de la faire c’est l’usage de l’effort juste. Cet effort nous pousse à cultiver l’amour -bienveillance dans un état d’esprit relaxé.

Là il y a deux choses à souligner: Eprouver l’amour – bienveillance et l’expérimenter est une première chose essentielle dans l’Enseignement du Bouddha. La pratique de la méditation est une deuxième chose essentielle dans l’Enseignement du Bouddha. Lorsque nous pratiquons la méditation de l’attention ultime, l’expérience de l’Amour- bienveillance devient très forte et particulièrement développée en nous.

Tout d’abord il convient le développer à l’égard de nous même, car notre amour pour – nous même est si grand. Quand on dit: je vous aime plus que mon être, plus que ma vie, c’est du mensonge dans le fond. Nous n’aimons pas les autres plus que nous – même. Voilà pourquoi il faut pratiquer la méditation pour nous – même.

L’amour – bienveillance et très différent d’un amour ordinaire. Dans la vie quotidienne on dit j’aime ceci ou j’aime cela, mais s’il y a changement, il y a la haine qu’ s’installe et remplace l’amour. L’amour – bienveillance n’entre pas dans une dualité . C’est un amour sans limité, et éprouvé sans tenir compte de la réaction l’ autrui et sans discrimination aucune.

Même si un fœtus fait souffrir la mère dans son sein, la mère ne manque pas de son amour pour lui. Et une fois grand, l’attitude de sa mère ne change pas à son égard même s’il manifeste une distance vis-à-vis d’elle. Développer l’amour – bienveillance laisse des symptômes sur l’apparat physique: Visage épanoui et doux. De même les états néfastes colère et agressivité se remarquent sur le vissage.

Après s’être dirigé vers nous – même, nous devrions diriger l’amour – bienveillance vers nos parents. Certains ne peuvent l’orienter vers les parents du fait de leur mauvais traitement à l’égard des sujets. Mais ils doivent oublier un tel traitement pour pouvoir éprouver l’amour – bienveillance.

Les enfants qui ont la mauvaise volonté à l’égard des parents ne peuvent être heureux. Quiconque ne respecte pas parents ne respect pas les autres. Et celui qui fait du mal à ses parents, fait du mal aux autres. Le Bouddha a dit respectez vos parents comme vous respectez le Bouddha.

METTA : L ‘ AMOUR UNIVERSEL

La Metta n’est pas une fraternité politique, raciale, nationale, ou même religieuse . La fraternité politique se limite juste à ceux qui partagent les mêmes opinions, tels les démocrates socialistes, communistes et autres . Les fraternités raciale et nationale, se confinent juste à ceux de la même race et pays. Les gens différents sont regardés avec méfiance et peur . Metta n’est pas non plus la fraternité religieuse . Même en ce soi disant éclairé xxème siècle, certains fidèles d’une religion haïssent, persécutent et même tuent ceux ayant des croyances différentes . Si à cause des vues religieuses, des gens des différentes fois ne peuvent se rencontrer sur une base commune comme frères et sœurs, alors certainement les missions des compatissants Maîtres spirituels du monde ont lamentablement échouées . La douce Metta transcende tout cela . Elle est sans limite, sans barrière, et ne fait pas de discrimination . Metta nous donne la possibilité de regarder le monde entier comme la terre natale de tous les êtres . De même que le soleil répand sa lumière sur tout sans distinction, la sublime Metta accorde sa douce bénédiction également sur tous les êtres sans exception . Telle était la compassion infinie du Bouddha oeuvrant pour le bien et le bonheur, non seulement de ceux qui le vénéraient mais aussi de ceux qui le haïssaient . Ainsi il rayonna sans discrimination sa bonté sur son fils Rahula, son adversaire Devadatta, son proche disciple Ananda, ses admirateurs et ses opposants .

Laurent @ 11:53
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La joie dans la pratique spirituelle -Ajahn Thiradhammo

Posté le Samedi 10 février 2007

 

                                             ajahn
Quand la joie est présente, nous sommes prêts à découvrir de nouvelles choses – Si nous avons déjà décidé: « La vie est souffrance », alors nous n’allons pas chercher plus loin.
Dans la pratique spirituelle, nous pouvons parfois faire l’erreur d’assimiler la vie religieuse à une sorte d’auto-flagellation. Ou alors, nous sommes enclins à croire que cette pratique devrait aboutir à un genre « spécial » de pureté. Avec cette idée en tête, nous regardons en nous et, bien sûr, tout ce que nous voyons ne sont que des impuretés. Nous étant formé une idée de ce qu’est l’illumination, nous examinons notre propre esprit et nous y voyons juste le contraire: confusion et conflits.
Mais ce qu’il faut comprendre c’est que toutes les idées que nous avons concernant la pratique ne sont que des idées, seulement des idées…
Penser, par exemple: « Moi, je suis ici et le Nibbana se trouve là-bas, je ne suis qu’un idiot aux idées confuses et le Nibbana est toute pureté et profondeur » n’est qu’une projection de concepts.
En fait, dans la pratique réelle, illumination veut seulement dire être pleinement attentif et conscient de la confusion elle-même. La sagesse consiste à voir clairement son ignorance. Il ne s’agit pas ici de connaître la sagesse mais bien plutôt d’utiliser la sagesse pour connaître notre ignorance!
Toute la pratique de l’attention nous ramène à réaliser la vraie nature du fait d’être là, présent. Nous ne tentons pas de nous brancher sur une sorte de « Sagesse nibbanique » flottant quelque part dans l’espace et nous n’attendons pas non plus que la sagesse nous tombe dans les bras. Ce dont il s’agit c’est d’être conscient de la nature de la condition humaine telle qu’elle est.
C’est seulement à partir du moment où nous comprenons réellement ce qu’est la vie que nous pouvons commencer à la transcender, Si nous tentons de la transcender avant qu’en fait nous la connaissions, nous sommes seulement pris au piège de l’illusion.
Ajahn Chah avait coutume de dire: « Nous devons d’abord ramasser quelque chose avant de réaliser combien c’est lourd ». Nous rendre compte combien c’est lourd, c’est voir dukkha. C’est après avoir vu dukkha que nous pouvons lâcher-prise. Après avoir lâché prise, nous réalisons combien, en fait, c’est léger.
Ah! Quel soulagement! Et c’est ici que l’on parle de joie, ou piti comme elle est appelée dans les « Facteurs de l’Illumination ».
Il existe différentes traductions du terme piti, de même qu’il y a différentes sortes de joie. Hier, nous parlions de la manière dont, après avoir été motivé par dukkha pour chercher la Voie, nous arrivions à la confiance: c’est cette confiance qui, à son tour, conditionne la joie.
Ainsi, il y a ces différentes sortes de joie qui, dans la pratique spirituelle, naissent de différentes causes. Dans ma pratique personnelle, j’ai trouvé très utile d’y réfléchir car il semble que l’importance et la fonction de la joie soient souvent perdus de vue lorsqu’on parle de développement spirituel.
Toutefois piti n’est pas seulement le plaisir d’avoir une expérience agréable mais c’est plutôt une expérience qui nous amène à plus d’ouverture dans la vie, à l’éveil. Quand la joie est présente nous sommes prêts à découvrir de nouvelles choses. Par contre, si nous avons déjà décidé que « la vie est souffrance » et que nous la considérons comme un état misérable, alors évidemment nous n’allons pas chercher plus loin.
Regardez les enfants, comme ils observent et veulent constamment découvrir, la fascination qu’ils ont pour les choses. Il est triste de voir comment nous, les adultes, sommes devenus tellement sophistiqués que nous ne prenons plus le temps de regarder les fleurs ou toutes ces choses de moindre importance … Nous fonctionnons à un niveau beaucoup plus conceptuel. Quand nous voyons une fleur, nous pensons immédiatement « fleur » et ensuite: « oui, je sais tout des fleurs, toute ma vie j’ai vu des fleurs et ça, c’est seulement une autre fleur ». En vérité pourtant, chaque fleur est unique: elle est là, à cet endroit, en ce moment, c’est cette fleur-là. La même chose se passe si, par exemple, nous pouvons vraiment écouter chanter un oiseau et entendre seulement le son de ce chant. C’est une chose toute différente que de penser: « Oh, voilà un autre oiseau en train de chanter ». Si nous écoutons vraiment, il y a seulement le son de ce chant en ce moment précis, en cet endroit, dans ces circonstances et il y a la conscience de savoir cela, il y a l’écoute. Voilà une réalité totalement différente du fait de penser: « un autre oiseau en train de chanter « .

Si nous ne faisons constamment que conceptualiser, le dialogue ou bavardage intérieur ne s’arrête plus: « tiens, un oiseau en train de chanter … une fleur là-bas ‘ » telle personne est en train de parler, si elle pouvait se taire … une bougie qui brûle » etc.
Et nous croyons tout savoir de la vie !

Tout ce que nous faisons, c’est seulement jongler avec des concepts dans nos têtes et tout ce qu’ils font, c’est de se déplacer d’un côté à l’autre du cerveau, émergeant de la mémoire pour être verbalisés et y replongeant ensuite. Si nous vivons avec seulement des concepts par rapport à la vie, il y a beaucoup de chances qu’elle devienne plutôt ennuyeuse avec toujours ce même rabâchage: « fleur, oiseau, arbre … »

Bien qu’il soit naturel que le langage nous permette d’apprendre, de comprendre et d’exprimer notre compréhension, beaucoup d’entre nous sont devenus prisonniers du langage.
La méditation nous donne l’occasion à présent d’amener un changement profond dans notre civilisation occidentale en essayant de comprendre à un niveau non conceptuel. La méditation nous permet de réaliser de manière directe la nature de toute expérience.

Ceux qui croient s’identifier totalement à travers les mots peuvent peut-être trouver cela menaçant, mais il est bien évident qu’il ne s’agit pas de se passer complètement des mots, nous devons pouvoir continuer à nous exprimer et il est nécessaire que nous puissions communiquer. Mais nous devrions reconnaître que les mots que nous utilisons pour communiquer ne sont pas identiques à l’expérience que nous tentons de décrire.

Dans notre société actuelle, la part donnée au silence est tellement mince et les mots sont si bruyants et forts que souvent c’est seulement cela que nous entendons. Pourtant c’est l’importance accordée au silence qui nous donne accès à et qui entretient une manière différente de communiquer.

Comme il est merveilleux d’être à nouveau un enfant et de ne plus être limité par les mots!
Au début, les enfants ne connaissent pas de mot pour désigner une fleur et ils demandent: « c’est quoi, ça ? ». Alors, nous leur répondons: « c’est une fleur ». C’est vrai qu’ils doivent apprendre à communiquer, mais pourquoi n’essayerions-nous pas de répondre: « on appelle cela une fleur mais ce n’est pas ce qu’elle est vraiment, elle est comme elle est, c’est sa nature et c’est parfait ainsi ». Connaître cet état de « simplement, comme les choses sont… », c’est connaître la joie. C’est cette joie qui peut faire revivre en nous tant de belles qualités qui se sont éteintes. A présent nous avons la clé secrète qui peut nous aider à nous libérer de nos habitudes.

Cette joie peut aussi être développée davantage car au delà de piti ou joie spirituelle existe une qualité beaucoup plus stable appelée sukha. En général, on traduit sukha par bonheur, le contraire de dukkha, mais en fait ce n’est pas suffisant car le bonheur momentané est comme un papillon qui vole de-ci de-là. Il n’y a certainement rien à redire à cela mais bonheur ne traduit pas la qualité profonde de bien-être exprimée par sukha. A force d’avoir vécu tellement avec des concepts, notre vie est devenue ennuyeuse et des moments fugitifs d’excitation en sont venus à nous paraître importants.
Sukha, par contre, signifie: « tout est simplement parfait ». C’est un sentiment de calme et de bien-être qui imprègne notre corps et notre esprit tout entier. Sukha rend l’esprit paisible et non fragmenté, donnant une fondation solide pour samadhi, la concentration.
Mais revenons à présent à la joie: la joie est spontanée. Vous ne pouvez pas la concevoir à l’avance ni la créer: elle vient simplement dans le moment présent. Quand la joie est vraiment là, vous vivez dans le moment présent. Voir la joie ainsi devient un point de référence précieux pour nous car nous savons alors que, si nous vivons une joie véritable, nous sommes dans le moment présent et, inversement, si nous sommes réellement dans le moment présent, une joie authentique se manifeste.

Donc, tâchez de découvrir d’où vient la joie, voyez ce qui la maintient et ce qui la fait disparaître. En faisant cela, nous commençons à cultiver la joie comme un des « Facteurs de l’Illumination ». Elle devient une des qualités qui nous mènent à l’éveil.a

Laurent @ 0:47
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La méditation vipassana anapanassati

Posté le Vendredi 9 février 2007

                                          m

Beaucoup de malentendus et de fausses idées ont été, au fil du temps, véhiculées en Occident, en ce qui concerne la méditation. Questionnez les gens ordinaires et la plupart vous feront savoir qu’ils considèrent le méditant comme quelqu’un qui passe son temps à rêver, à échapper au monde réel et qui cherche à atteindre des états seconds le menant à la transe. Et s’il est vrai que la méditation peut parfois engendrer de tels états, ils ne sont en réalité que des distractions et ces dernières doivent être traitées comme des obstacles à la pratique de la méditation.

Le terme Pâli traduisant la méditation est « Bhavana ». Il signifie « culture du mental ». Par comparaison, on peut se permettre de faire ici un parallèle avec l’entraînement physique des sportifs, activité beaucoup plus répandue et surtout mieux comprise.

Pour celui qui cultive son corps, il y a certaines attitudes qu’il faut cultiver et d’autres qu’il est préférable de rejeter.

Il faut :
- manger sainement, faire de l’exercice, dormir correctement, être à l’écoute du corps et avoir beaucoup de volonté.

A l’inverse, il ne faut pas :
- absorber de toxiques, sombrer dans l’apathie, se coucher tard, être sourd au langage du corps et manquer de persévérance.

Il n’y a fondamentalement pas de différence entre l’activité physique donnée en exemple et la méditation. Seul l’objet de notre attention est différent. Si l’on veut obtenir de la méditation de bons résultats, il convient également de cultiver certaines dispositions d’esprit. Celles ci ayant pour principal but de pacifier le mental du pratiquant et d’orienter son esprit de telle façon qu’il ait de son côté tous les atouts menant à la réussite.

Bouddha enseigna dans la Quatrième Noble Vérité, le sentier menant à la cessation de la souffrance. Pour ce faire, il préconise de pratiquer la conduite éthique (Sila), la discipline mentale (Samadhi) et la sagesse (Panna), ceci en 8 points.

Ainsi, il faut cultiver :
- La compréhension juste, la pensée juste, la parole juste, l’action juste, les moyens d’existence justes, l’effort juste, l’attention juste, la concentration juste.

Développer ces qualités essentielles ne suffit pas pour parvenir à l’Eveil. Bien qu’elles soient liées à la réalisation, elles n’en sont pas l’aboutissement. Le seul moyen enseigné par Bouddha pour atteindre le but menant à la cessation totale de la souffrance est la méditation. Elle seule menant au calme, à la vision profonde, à l’Eveil, au Nirvana.

Dans l’école du Bouddhisme Theravada est enseigné de nos jours encore, la technique méditative transmise par Bouddha lui-même. Cette méditation se nomme « Vipassana ». Le discours le plus important que Bouddha n’aie jamais donné sur le sujet, s’appelle « Satthipatana-Sutta« . Il traite de l’Etablissement de l’Attention, la technique de méditation enseignée dans ce sermon ne nous invite pas à nous retirer de la vie quotidienne et des ses multiples sensations. En fait c’est exactement l’inverse qui est préconisé. Explications :

Prenons pour exemple la technique de base à l’enseignement de Vipassana, que l’on nomme « Anapanassati », qui signifie : « l’attention à la respiration ».
Un méditant, assis, porte toute son attention à sa respiration, ceci sans la modifier. Inspirant, il sait « J’inspire » Expirant, il sait « J’expire ». Il agit de même pour toutes les sensations concernant sa respiration. Qu’elle soit courte, longue, profonde, superficielle… Il le sait, cultivant ainsi une attention sans faille.

En dépit des apparences, cette pratique n’est pas aussi aisée qu’il y parait au premier abord. Au début, il est difficile de conserver une bonne concentration et notre esprit vagabonde. Il est comme un singe bondissant de branche en branche, ne tenant pas en place plus de deux secondes. Une idée engendre une autre idée qui à son tour en entraîne une autre… C’est de cette façon que fonctionne l’esprit de l’homme ordinaire. En focalisant notre attention sur un sujet, nous devenons à mène de ressentir cet égarement de l’esprit.
Comme un homme qui nagerait en mer sans point de repère, ne ressent pas le courant qui l’entraîne. Si ce même homme porte son attention sur le rivage, il prendra soudainement conscience de sa dérive.

En agissant de la sorte, le méditant obtient le calme de l’esprit, il arrive à le dompter pour son plus grand bénéfice. Pour tirer un avantage durable et complet de cette pratique, il est vraiment souhaitable de rechercher dans la présence d’un moine, les conseils éclairés d’une personne ayant consacré sa vie à suivre cette voie. Les livres et leurs théories, bien qu’intéressantes au plan purement intellectuel, ne pourront jamais surpasser le contact direct avec un membre de la Sangha.

Laurent @ 10:58
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Anatta

Posté le Vendredi 9 février 2007

anatta

L’enseignement du Bouddha (le Dhamma) est unique dans l’histoire de la pensée humaine, en considérant l’idée d’un « Soi », entité permanente et immuable, comme étant une vue fausse, imaginaire et illusoire. Poussant aux désirs égoïstes, cette conception génère des pensées d’attachement, d’aversion, de haine et de malveillance pour finalement engendrer l’insatisfaction et la souffrance pour soi-même et les autres. L’enseignement bouddhiste considère cette idée du « Soi » comme étant l’origine des troubles et des conflits du monde, ceci tant au niveau personnel qu’à l’échelle des nations.

D’emblée, on pourrait légitimement se poser la question qui est de savoir si l’enseignement du Bouddha prône une vue nihiliste de l’être. La réponse est qu’il n’en est rien. De fait, selon Bouddha, il est mauvais de soutenir l’idée « J’ai un Soi » tout comme il n’est pas exact de soutenir l’idée « Je n’ai pas de Soi ». La bonne attitude n’est pas tant de soutenir une opinion plutôt qu’une autre sur ce sujet, mais plutôt de regarder ce que l’on nomme le Soi d’une façon objective et surtout s’abstenir de toute projection mentale.

Avant d’entrer plus avant dans le détail et éviter ainsi les confusions, il faut ici parler de ce que l’on appelle les vérités. En fait il faut savoir qu’il en existe deux différentes :

La première est la vérité dite conventionnelle. Selon cette dernière, il est tout à fait exact d’utiliser des termes tels que « Je », « Vous », « Etre »… Cela est utile pour l’usage commun et conforme à une convention, ceci pour définir ou désigner un être plutôt qu’un autre.

La seconde est la vérité dite ultime. Selon celle-ci, il n’est pas possible de trouver dans ce que l’on nomme le « Je », « Vous », « Etre »… une réalité. En fait, selon le Dhamma, ce que nous estimons être le « Soi » n’est qu’une formation mentale.

Ainsi selon cette vérité ultime, il faut comprendre que le « Soi » n’est qu’une combinaison d’agrégats physiques et mentaux (voir 1ère Noble Vérité) qui agissent ensemble, changent d’état de façon continuelle et sont soumis à la loi de cause à effet. Ce faisant, l’illusion du « Moi » se trouve entretenue et de plus renforcée par la rapidité avec laquelle se succèdent ces changements d’état. Toutefois, il n’est rien derrière ce courant, ce flux composé, qui puisse être considéré comme le « Soi ».

A première vue, pour une personne ordinaire, il semble difficile d’admettre que nous ne soyons que des êtres impermanents. Cependant, nous en faisons l’expérience chaque jour, chaque heure et chaque seconde de notre vie. Réfléchissez à ceci : Etes-vous un être semblable ou différent de l’enfant que vous étiez ? Etes-vous un être semblable ou différent de celui qui s’est levé ce matin ? La réponse est que vous n’êtes ni le même être, ni un être différent.

Comprenez-vous pourquoi il n’est pas exact de soutenir l’une ou l’autre des opinions sur l’idée du « Soi ».            

Laurent @ 10:50
Enregistré dans Enseignements
les parami

Posté le Jeudi 8 février 2007

Qui sont aussi connu comme paramitas.

On cultive les 10 paramis suivants :

    - dana parami – le parami du don
    - sila parami – le parami de la vertu
    - nekkhamma parami – le parami du renoncement
    - pañña parami – le parami de la sagesse
    - viriya parami – le parami de l’effort
    - khanti parami – le parami de la patience
    - sacca parami – le parami de la sincérité, de la vérité
    - adhitthâna parami – le parami de la détermination, de la volonté
    - mettâ parami – le parami de l’amour bienveillant
    - upekkhâ parami – le parami de l’équanimité

 

Laurent @ 22:22
Enregistré dans Enseignements
Satipatthana par Le Vénérable Nyanaponika Maha Thera

Posté le Jeudi 8 février 2007

                                                     sati 

Le Message du Bouddha, en tant que Doctrine de l’esprit, enseigne trois choses :

connaître l’esprit,—qui est si proche de nous et pourtant si mal connu;

former l’esprit,—qui est si lourd et si obstiné et qui pourtant peut être si souple;

libérer l’esprit,—qui est partout enchaîné et qui pourtant peut d’ores et déjà obtenir sa libération.

Ce qu’on peut appeler l’aspect théorique de la doctrine de l’esprit du Bouddha est classe sous la première des trois rubriques ci-dessus et ne sera traité qu’autant qu’il est nécessaire pour l’utilité pratique par excellence de ces pages.

L’attention juste, Cœur de la Doctrine de l’esprit du Bouddha

Toutes les implications tant du message curatif du Bouddha que du centre de sa doctrine de l’esprit sont comprises dans l’exhortation : «soyez attentifs» contenue dans le grand sermon du Bouddha sur l’établissement de l’attention (satipatthâna sutta). L’exhortation nécessite naturellement l’éclaircissement supplémentaire des questions : « être attentif à quoi ? » et « être attentif, comment ? » La réponse est donnée dans le Discours lui-même, dans son commentaire ancien et dans l’interprétation condensée qui suit ici.

Si nous avons parlé plus haut de la doctrine de l’esprit comme point de départ focal et message culminant du Bouddha. nous pouvvons ajouter maintenant que l’attention juste occupe exactement la même place dans la doctrine bouddhique de l’esprit.

L’attention est donc le passe-partout infaillible pour connaître l’esprit et est ainsi le point de départ ; l’outil parfait pour former l’esprit et est ainsi le point focal ; la manifestation sublime de la libération accomplie de l’esprit et est ainsi le point culminant.

Donc Bouddha a déclaré justement l’établissement de l’attention (satipatthâna) comme étant le seul sentier (ekayano-maggo).

Qu’est-ce que l’attention ?

L’attention, bien que si hautement louée et capable de grands accomplissements, n’est pas du tout un état « mystique » hors de portée de l’homme ordinaire. C’est au contraire quelque chose de très simple et de commun et qui nous est très familier. Dans sa manifestation élémentaire, connue sous le terme « attention », c’est une des fonctions principales de la conscience sans laquelle il ne peut y avoir perception d’aucun objet. Si un objet des sens exerce une action stimulante suffisamment forte, l’attention est éveillée dans sa forme basique d’observation initiale de l’objet, de premier « mouvement vers » lui. A cause de cela, la conscience se fraie un passage à travers le sombre courant du subconscient (fonction qui, selon l’Abhidhamma (psychologie bouddhique) est accomplie d’innombrables fois au cours de chaque seconde de veille). Cette fonction d’attention germinale ou initiale est encore un progrès assez primitif, mais d’une importance décisive puisque c’est la première apparition de la conscience de son domaine inconscient.

De cette première phase du progrès perceptible, il ne résulte naturellement qu’une image très générale et indistincte de l’objet. Si l’on s’intéresse davantage à l’objet, ou si son impact sur les sens est suffisamment fort, on accordera une attention plus soutenue aux détails. L’attention s’attachera alors, non seulement aux diverses caractéristiques de l’objet mais aussi à sa relation par rapport à l’observateur. Ceci permettra à l’esprit de comparer la perception présente avec des perceptions semblables resurgies du passé et de cette façon une coordination d’expérience sera possible. Cette période marque une étape très importante dans le développement mental, appelée en psychologie « pensée associative ». Elle nous montre aussi le lien étroit et constant entre les fonctions de la mémoire et de l’attention, ce qui expliquera pourquoi en Pâli, langue des écritures bouddhiques, ces deux fonctions mentales sont désignées par le même mot sati3. Sans mémoire, l’attention à l’égard d’un objet produira simplement des faits isolés, comme c’est le cas pour la plupart des perceptions des animaux.

C’est de la pensée associative qu’est dérivée l’importante étape suivante dans le développement d’évolution : la généralisation de l’expérience, c’est-à-dire la capacité de penser abstraitement. Pour la commodité de l’exposé, nous l’intégrons dans le deuxième stade de la connaissance telle que l’affecte le développement de l’attention. Nous avons trouvé quatre caractéristiques de ce deuxième stade : augmentation du détail, référence à l’observateur (subjectivité), pensée associative et abstraite.

La plus grande partie de la vie mentale de l’humanité d’aujourd’hui a lieu sur le plan de cette deuxième phase. Elle couvre un domaine très vaste: depuis toute observation attentive des faits de tous les jours et l’exécution attentive de n’importe quel travail jusqu’au travail de recherche du savant et aux pensées subtiles du philosophe. Ici, la perception est certainement plus détaillée et compréhensive, mais elle n’est pas nécessairement plus sûre. Elle est encore plus ou moins altérée par des associations fausses et d’autres mélanges, par des préjugés émotionnels et intellectuels, une pensée désireuse, etc… et surtout par la cause principale de toute illusion : le désir conscient ou irréfléchi d’assumer une substance permanente dans les choses et d’un ego ou âme chez les êtres vivants. Par tous ces facteurs la sûreté des perceptions et des jugements même les plus communs peut être sérieusement altérée. Au niveau de ce second stade resteront de loin la majeure partie de tous ceux qui manquent de la conduite du bouddha-dhamma ainsi que ceux qui ’appliquent pas cet enseignement au développement systématique de leur propre esprit.

Avec l’étape suivante du développement progressif de l’Attention nous entrons dans le domaine même de l’Attention Juste (samma-sati). Elle est appelée ‘juste’ parce qu’elle protège l’esprit des influences falsificatrices; parce qu’elle est la base aussi bien qu’une partie de la Compréhension Juste; parce qu’elle nous apprend à faire la chose exacte d’une manière exacte et parce qu’elle sert exactement aux fins qu’a mentionnées le Bouddha: la Cessation de la Souffrance.

 

Les objets de la perception et de la pensée, tels que les présente l’Attention Juste, ont été passés au tamis de l’analyse sévère et incorruptible et sont donc des éléments sûrs pour toutes les autres fonctions mentales, comme les jugements théoriques, les décisions pratiques et éthiques, etc.; et notamment ces présentations inaltérées de l’actualité formeront une base ferme pour la méditation bouddhique principale, c’est-à-dire pour examiner tous les phénomènes comme impermanents, sujets à la souffrance et dénués de substance, âme ou Ego.

 

On peut être sûr que le niveau élevé de la clarté mentale représentée par l’Attention Juste sera, pour un esprit négligé, tout sauf ‘proche’ et ‘familier’. Au mieux, un esprit non entraîné touchera très occasionnellment sa limite. Mais si l’on suit le chemin indiqué par la méthode Satipatthana, l’Attention Juste peut devenir quelque chose de très proche et de familier parce que, comme nous l’avons vu auparavant, elle a ses racines dans les fonctions communes et élémentaires de l’esprit.

L’Attention Juste accomplit les mêmes fonctions que les deux étapes inférieures du développement, bien qu’elle le fasse à un degré plus élevé. Ces fonctions, qui leur sont communes, sont: produire une clarté et une intensité de conscience toujours plus grandes, et présenter une image de l’actualité toujours plus purifiée de toute falscification.

 

Nous avons donné ici bref résumé de l’évolution des processus mentaux tels que reflètent les étapes et les différences qualitiatives de la perception: de l’inconscient au conscient; de la première perception vague de l’objet à une perception plus distincte et à une connaissance plus détaillée de cet objet; de la perception de faits isolés à la découverte de leurs rapports de cause ou autres; d’une connaissance encore défectueuse, inexacte ou préconçue à la presentation claire et inaltérée de l’Attention Juste. Nous avons vu comment dans toutes ces étapes, c’est une augmentation de l’intensité et de la qualité de l’attention qui sert d’instrument principal à l’établissement d’une transition vers l’étape supérieure suivante. Si l’esprit humain veut un remède à ses présents maux, et désire s’établir fermement dans la voie du progrès de l’évolution, il devra recommencer par la Noble Entrée de l’Attention.

 

Le chemin vers le developpement de la Conscience

 

La seconde étape du développement—-la connaissance plus étendue,mais encore trompeuse, du monde des objets–est déjà une possession sûre de la conscience humaine. Elle ne tient compte maintenant du développement que dans le sens de la largeur, c’est-à-dire l’addition de nouveaux faits et détails et leur emploi à des fins matérielles. Grâce à la connaissance croissante des détails, la spécialisation poussée avec les effets bénéfiques et nuisibles qui en découlent, est allée très loin dans la civilisation moderne. Les conséquencees biologiques du devéloppement unilatéral sont bien connues: dégénération et finalement disparition de l’espèce, comme dans le cas des lèzards géants de la préhistoire, dotés d’un corps énorme et d’un cerveau minuscule. Cependant, le danger d’aujourd’hui est l’hypertrophie de l’activité unilatérale du cerveau consacrée uniquement à des fins matérielles, au service d’une soif des plaisirs des sens et d’une convoitise de la puissance. Le danger simultané est que l’humanité risque un jour d’être écrassée par les créations mêmes de son cerveau hypertrophié–ses inventions meurtrières du corps et des ‘distractions’ meurtrières de l’esprit. Le sort de la civilisation moderne pourrait bien être une répétition de l’effondrement de cette merveille technique que fut la Tour de Babel avec ses constructeurs qui ne se comprennent pas mais se battent. Le remède qui empêchera un dèveloppement catastrohique est le Sentier du Milieu du Bouddha. C’est le gardien éternel qui, si on l’écoute, protégera l’humanité du naufrage sur les rochers des extrémes, tant dans le domaine mental, que spirituel et social.

 

Répétons: si l’humanité continue à ne se developper que sur le plan de la deuxième étape d’évolution, la stagnation, sinon la catastrophe, l’attend. Ce n’est que par un nouveau pas en avant dans la clarté mentale, c’est-à-dire dans la qualité de l’attention, qu’un mouvement et un progrès nouveaux seront introduits dans la structure de la conscience moderne. Ce pas peut être fait par l’Etablissement de l’Attention enseigné ici. Cependant, le chemin doit être construit sur les fondations sûres de la ‘bonté-humaine’ (Confucius), c’est-à-dire sur une moralité aussi élevée que réaliste. Ceci se trouve également dans le Bouddha-Damma.

 

L’attention Juste ou Satipatthana a été explicitement déclarée par le Bouddha comme la voie vers la libération de l’esprit et par là, vers la vraie grandeur de l’homme. C’est un nouveau type d’homme, le vrai ‘surhomme’ dont rêvent tant d’esprits nobles mais aussi égarés, un idéal auquel tendent tant d’efforts mal dirigés. Pour illustrer notre assertion, nous avons incorporé ici la conversation remarquable suivante qui nous a été transmise dans les Ecritures bouddhiques:

 

Sariputta, le pricipal disciple du Maître, s’adressa au Bouddha: ‘On parle de « Grands Homme » (maha-purisa) Seigneur! Comment Seigneur, l’homme est-il grand?’. Le Bouddha répondit: ‘ Avec un esprit libéré, Sariputta, on est un Grand Homme; sans esprit libéré, on n’est pas un Grand Homme. Comment, Sariputta, l’esprit est-il libéré? Voici, un moine demeure contemplant le corps…..les sensations…la conscience…les objets mentaux, énergique, compréhensif et attentif…Pour celui qui demeure de cette façon, l’esprit se détache des souillures et se libère. Ainsi, Sariputta, l’esprit est-il libéré. Avec un esprit libéré, je le déclare, on est un Grand Homme; sans esprit libéré, je le déclare, on n’est pas un Grand Homme’.

 

C’est cette Attention Juste, d’un objectif si élevé et d’un pouvoir si grand, qui sera traitée dans les pages suivantes.

 

L’Attention Juste, est le septième facteur du Noble Sentier Octuple conduisant à la Cessation de la Souffrance. Dans l’explication canonique de ce Sentier, elle est expressément définie comme les quatre ‘Fondation de l’Attention’ (Satipatthana). Attention Juste et ‘Fondations de l’Attention’ ou Satipatthana seront donc utilisées ici comme termes interchangeables.

L’Attention Juste est quadruple à l’égard de ses objets. Elle est dirigée 1. vers le corps, 2. les sensations, 3. l’état d’esprit, c’est-à-dire la condition générale à un moment donné, 4. les objets mentaux de la conscience, c’est-à-dire ce qui est contenu dans l’esprit à ce moment donné.

Ce sont les quatre ‘Contemplations’ (anupassana) formant la division principale du Discours. Elles sont quelque fois appelées les quatre Satipatthana, dans le sens d’objets de base de l’Attention ou Sati.

Dans les écritures bouddhique, le terme ‘attention’ (sati) est fréquemment accolé à un autre terme, traduit ici par ‘compréhension claire’ ( sampajanna). Ces deux concepts forment, en pali, le terme composé Sati-Sampajanna qui apparaît très souvent dans les textes bouddhiques. Dans le contexte de ce terme double, l’Attention (Sati) s’applique principalement à l’attitude et à la pratique de l’Attention Pure dans un état d’esprit purement réceptif. La Compréhension Claire ‘Sampajanna) entre en jeu quand toute sorte d’action est exigée, y compris les pensées actives réfléchies sur les chose observées.

Ces deux termes peuvent aussi servir de division générale de l’Attention Juste ou Satipatthana, désignant deux modes caractérisques de son application. Nous traiterons d’abord cette division double tandis que la division quadruple, selon les objets de l’Attention, fera l’objet d’une étude suivante.

 

La place de l’Attention dans le cadre de la Doctrine Bouddhique

 

Le terme ‘attention’ figure dans de nombreux contextes des écritures bouddhiques et est un membre de plusieurs groupes de termes doctrinaux dont seuls les plus importants seront mentionnés ici.

‘l’Attention Juste’ (samma-sati) est le septième facture du ‘Noble Sentier Octuple conduisant à la Cessation de la Souffrance’ qui constitue la quatrième des Quatre Noble Vérités. Dans une division triple de ce sentier octuple- conduite éthique, discipline mentale et sagesse- l’Attention Juste fait partie du second groupe, Discipline mentale (samadhi) à côté de l’Effort Juste et de la Concentration Juste.

L’Attention est le premier des sept Facteurs d’Eveil (bojjhanga).C’est le premier d’entre eux, non seulement dans l’ordre numérique mais parce qu’il constitue la base du développement complet des six autres qualités et en particulier, il est indispensable pour le second facteur, l’investigation des phénomènes (physiques et mentaux)(dhamma-vicaya-sambojjhanga). La vision expérimentale directe de la réalité ne peut être obtenue qu’à l’aide du facteur d’éveil Attention (sati-sambojjhanga)

L’Attention est l’une des cinq Facultés (indriya); les quatre autres sont: la confiance, l’énergie, la concentration et la sagesse. L’Attention, outre le fait qu’elle est une faculté basique de plein droit, a la fonction importante de veiller sur le développement même et l’équilibre des quatre autres facultés, en particulier de la confiance (foi) par rapport à la sagesse (raison) et de l’énergie par rapport à la concentration (ou calme intérieur)

 

Des deux facteurs de cette division, c’est l‘Attention, dans son aspect spécifique d’Attention Pure, qui fournit la clé de la méthode distinctive de Satipatthana et en accompagne la pratique systématique. Depuis le début jusqu’à l’atteinte de son but le plus élevé. Le présent ouvrage traite donc d’abord de l’attention, et ceci d’une manière plus détaillée.

 

I – Attention Pure

 

Qu’est-ce que l’Attention Pure ?

L’Attention Pure est la connaissance claire et entière de ce qui nous arrive réellement, à nous et en nous, dans les moments successifs de la perception. Elle est appelée «  pure  » parce qu’elle ne s’applique qu’aux faits simples d’une perception telle qu’elle se présente, soit par les cinq sens physiques, soit par l’esprit qui, dans la pensée bouddhique, constitue le sixième sens. Lorsqu’elle se fixe sur l’impression sextuple des sens, l’attention est limitée à un simple enregistrement des faits observés, sans y réagir par un acte, une parole ou une remarque mentale qui peut concerner une référence à soi (goût, dégoût, etc.), un jugement ou une réflexion. Si pendant le moment, court ou long, consacré à la pratique de l’Attention Pure, de telles remarques surgissent dans l’esprit, elles deviennent elles-mêmes des objets de l’Attention Pure et ne sont ni répudiées ni poursuivies, mais rejetées après qu’une brève note mentale en a été faite.

Ceci peut suffire ici pour indiquer le principe général sous-jacent à la pratique de l’Attention Pure. Les chapitres quatre et cinq donnent des détails sur la pratique méthodique. Dans les pages suivantes, nous traiterons de la signification théorique et pratique de l’Attention Pure et des résultats qu’on attend de son application. Nous avons pensé qu’il serait bon d’insister plus longuement sur ces questions afin que ceux qui désirent se livrer à une pratique qui, à quelques-uns, paraîtra inhabituelle, puissent commencer avec quelque confiance dans son efficacité et la compréhension de son but. Cependant, ce n’est que par sa propre expérience acquise au cours d’une pratique assidue que cette confiance et cette compréhension initiales seront à la fin confirmées indubitablement.

 

L’application sérieuse

 

Tout effort de valeur exige l’application sérieuse s’il veut atteindre son but et particulièrement lorsque l’œuvre est aussi élevée et aussi ardue que celle que le Bouddha a indiquée dans le Noble Sentier Octuple conduisant à l’Extinction de la Souffrance. Parmi les huit facteurs de ce Sentier, c’est l’Attention Juste qui représente cet élément indispensable de l’application sérieuse, bien que l’Attention Juste ait en outre plusieurs autres aspects. Dans les écritures bouddhiques, l’une des qualités attribuées à l’Attention Juste est appelée «  non – superficialité  » et c’est bien sûr, une façon négative d’exprimer notre terme positif «  application sérieuse  ».

Il est évident que la pratique de l’Attention Juste elle-même devra utiliser au plus haut point l’application sérieuse pour progresser. S’en abstenir ou la négliger serait juste le contraire d’une qualité méritant le nom d’Attention et priverait la méthode de ses chances de succès. De même que des conséquences préjudiciables doivent résulter d’une fondation solide et sûre s’étendront loin dans l’avenir.

L’Attention Juste commence donc au début. En employant la méthode de l’Attention Pure, elle revient à l’état germinatif des choses. Appliqué à l’activité de l’esprit, cela signifie : l’observation retourne à la toute première phase du progrès de perception quand l’esprit est dans un état purement réceptif, et quand l’attention est limitée à une simple remarque de l’objet. Cette phase est d’une durée très courte et à peine perceptible et, comme nous l’avons dit, elle donne une image superficielle, incomplète et souvent erronée de l’objet. C’est la tâche de la phase perceptive suivante de corriger et de compléter cette première impression, mais elle ne le fait pas toujours. Souvent, la première impression est regardée comme admise et il s’y ajoute même de nouvelles altérations, caractéristique des fonctions mentales plus complexes du second stade.

Ici commence le travail de l’Attention Pure, travail de culture et de renforcement de ce premier état d’esprit réceptif, lui donnant une plus grande chance d’accomplir sa tâche importante dans le progrès de la connaissance . L’Attention Pure prouve l’application sérieuse de son opération en nettoyant et en préparant soigneusement le terrain pour tous les progrès mentaux subséquents. Par cette fonction de nettoyage elle sert le but élevé de toute la Méthode énoncée dans le Discours : «  pour la purification des êtres…  », qui, dans le Commentaire, est expliquée comme la purification, ou le nettoyage de l’esprit.

 

Obtention de l’Objet Simple

 

L’Attention Pure consiste en un enregistrement simple et exact de l’objet. Ce n’est pas une tâche aussi aisée qu’elle ne le paraît, car nous ne le faisons généralement pas, sauf lorsque nous nous livrons à une investigation détachée. Normalement l’homme ne s’inquiète pas de connaître d’une manière détachée les «  choses telles qu’elles sont vraiment  », mais de les «  manier  » et de les juger du point de vue de son intérêt personnel, qui peut être vaste ou petit, noble ou bas. Il fixe des étiquettes aux choses qui forment son univers physique et mental, et la plupart de ces étiquettes montrent clairement l’impression de son intérêt personnel et de sa vision limitée. C’est un tel assemblage d’étiquettes dans lequel il vit généralement, qui détermine ses actions et ses réactions.

D’où l’attitude de l’Attention Pure – dénuée d’étiquettes – qui ouvrira à l’homme un monde nouveau. Il trouvera d’abord que, là où il croyait s’occuper d’une unité, c’est-à-dire d’un seul objet présenté par un seul acte de perception, il y a en fait, multiplicité, c’est-à-dire toute une série de différents progrès physiques et mentaux, que présentent des actes de perception correspondants qui se suivent en une succession rapide. De plus, il remarquera avec consternation combien rarement il est conscient d’un objet simple sans aucune adjonction étrangère. Par exemple, la perception visuelle normale, si elle est d’un intérêt quelconque pour l’observateur, présentera rarement l’objet visuel simple, mais l’objet paraîtra à la lumière de jugements subjectifs rajoutés tels que : beau ou laid, plaisant ou déplaisant, utile, inutile ou nuisible. Si la perception concerne une personne, il y entrera aussi la notion préconçue : ‘ C’est une personnalité, un Ego, de même que «  je  » suis, aussi ‘.

Dans cette condition, c’est-à-dire étroitement mêlée aux additions subjectives, la perception sombrera dans la réserve de la mémoire. Lorsque, ressouvenue par la pensée associative, elle exercera son influence déformante aussi sur les perceptions futures d’objets semblables, ainsi que sur les jugements, décisions et humeurs qui s’y rapportent.

L’Attention Pure a pour tâche d’éliminer toutes ces adjonctions étrangères de l’objet même qui est alors dans le champ de la perception. On peut, si l’on veut, considérer ces additions séparément plus tard, mais l’objet initial de la perception doit en être laquelle, l’attention s’intensifiant graduellement, usera de tamis aux mailles toujours plus fines, tamis par lesquels seront séparées d’abord les adjonctions les plus grosses puis les plus fines jusqu’à ce que reste l’objet simple.

Le Satipatthana Sutta lui-même insiste sur la nécessité de telles définition et délimitation exactes, en mentionnant régulièrement deux fois l’objet respectif de l’attention, par exemple : «  Il demeure contemplant le corps dans le corps  », et non par exemple : ses «  sensations ou idées qui s’y rapportent  », comme le Commentaire l’explique expressément. Prenons l’exemple d’une personne qui regarde une blessure à son avant-bras. Dans ce cas, l’objet visuel propre consistera exclusivement en la partie respective du corps et en son état endommagé. Ses différents traits, comme chair, sang, pus, etc., seront les objets de la «  Contemplation du Corps  », en particulier de l’exercice concernant les «  Parties du Corps  ». La douleur ressentie à cause de la blessure formera un objet de la «  Contemplation des Sensations  ». La notion plus ou moins consciente que c’est un Ego, un soi qui est blessé et qui souffre, viendra sous la «  Contemplation de l’Etat d’Esprit  » (‘esprit trompé’) ou sous la «  Contemplation des Objets mentaux  » : au sujet des ‘Entraves’ mentales qui surgissent par le contact corporel (voir dans le Discours, la section sur les Bases Sensorielles). La rancune qu’on peut éprouver (apparemment au même moment ) à l’égard de la personne qui cause la blessure fait partie de la Contemplation de l’Etat d’Esprit (‘l’esprit avec la haine’) ou de la ‘Contemplation des Objets Mentaux’ (l’obstacle de la Colère). Cet exemple suffira pour illustrer le processus de tamisage qu’effectue l’Attention Pure.

Le Bouddha lui-même a insisté sur l’importance, lourde de conséquences, d’atteindre l’objet simple. A un moine qui lui demandait un bref conseil, le Maître donna la règle suivante à pratiquer :

‘Dans ce qui est vu, il ne doit y avoir que le vu ; dans ce qui est entendu, que l’entendu ; dans ce qui est senti (comme l’odorat, le goût ou le toucher,) que le senti ; dans ce qui est pensé, que le pensé’ (Udanu 1,10).

Cette parole du Maître, concise mais de poids, doit servir de guide et de compagnon à celui qui se consacre à la pratique de l’Attention Pure.

 

Triple Valeur De L’attention Pure.

 

L’Attention Pure a la même valeur triple attribuée plus haut à la Doctrine de l’Esprit du Bouddha et à l’Attention Juste en général: elle sera d’une aide précieuse pour connaître, former et libérer l’esprit.

Valeur de l’Attention Pure pour Connaître l’Esprit.

L’esprit est l’élément même dans lequel et au moyen duquel nous vivons, et pourtant, c’est ce qui est le plus insaisissable et le plus mystérieux. Cependant, l’Attention pure, en s’occupant d’abord patiemment des faits de base des progrès mentaux, est capable de jeter la lumière sur l’obscurité et de tenir fermement son flux insaisissable. La pratique systématique de l’Attention commençant par l’Attention Pure, fournira toute cette connaissance au sujet de l’esprit qui est essentielle pour des fins pratiques, c’est-à-dire pour la maîtrise, le développement et la libération finale de l’esprit. Mais même au-delà de cet aspect intrinsèquement pratique de la méthode Satipatthana, dès que l’attention et la compréhension claire seront fermement établies dans un secteur limité mais vital de l’étendue de l’esprit, la lumière se répandra graduellement et naturellement et atteindra même des coins éloignés et obscurs du royaume de l’esprit et qui avaient été jusqu’ici inaccessibles. Ceci sera dû surtout au fait que l’instrument de cette recherche de la connaissance aura subi un changement radical: l’esprit qui cherche aura lui-même gagné en lucidité et en force de pénétration.

Seules les choses bien examinées par l’Attention peuvent être comprises par la Sagesse, mais non les choses embrouillées (Commentaire de Sutta Nipata). Un spécimen de recherche à examiner à l’aide d’un microscope doit d’abord être préparé soigneusement, nettoyé, débarrassé des corps étrangers et fermement placé sous la lentille. Pareillement, « l’objet simple » que doit examiner la sagesse est préparé par l’Attention Pure. Elle nettoie l’objet d’investigation, des impuretés du préjugé et de la passion; elle le débarrasse des mélanges étrangers et des points de vue qui ne la concernent pas; elle le tient fermement devant l’Oeil de la Sagesse en ralentissant la transition de la phase réceptive à la phase active du progrès perceptuel ou connaissant, donnant ainsi une chance beaucoup plus développée pour l’investigation serrée et détachée.

Ce travail préliminaire de l’Attention Pure est important non seulement pour la fonction analytique, c’est-à-dire, séparative et discriminante de l’esprit par lequel les éléments de constitution de l’objet sont révélés. Il est aussi d’une grande aide pour la synthèse, également importante, c’est-à-dire pour trouver les liens de l’objet avec, et ses relations à l’égard des autres choses, son relation avec elles, sa nature conditionnée et conditionnante. Beaucoup de ces choses passeront inaperçues s’il n’y a pas une période assez longue d’Attention Pure. Comme maxime de grande importance et d’application variée, aussi pour les questions pratiques, on doit toujours se rappeler qu’on ne peut s’assurer des relations entre les choses que si les membres seuls de cette relation ont été d’abord soigneusement examinés dans leurs aspects variés qui indiquent d’autres liens. La préparation analytique insuffisante est une source d’erreur fréquente dans la partie synthétique des systèmes philosophiques et des théories scientifiques. C’est cette préparation dont s’occupe soigneusement la méthode de l’Attention Pure et à laquelle elle a recours. L’Attention Pure permet d’abord aux choses de parler d’elles-mêmes sans être interrompues par des verdicts finals prononcés trop hâtivement. L’Attention Pure leur donne une chance de terminer leur conversation et on arrivera ainsi à apprendre qu’en fait, elles ont beaucoup à dire d’elles-mêmes, qu’on ignorait auparavant par imprudence ou parce que ces choses étaient noyées dans le bruit intérieur et extérieur dans lequel l’homme ordinaire vit normalement. C’est parce que l’Attention Pure voit les choses dans les habituels jugements aux effets limitatifs et nivelants qu’elles les voit toujours neuves, comme si c’était pour la première fois; il arrivera donc, avec une fréquence progressive, que les choses auront quelque chose de nouveau et de précieux à nous révéler. Une réflexion patiente dans une telle attitude d’Attention Pure ouvrira de vastes horizons à la compréhension, obtenant ainsi, sans effort apparent, des résultats refusés aux efforts tendus d’un intellect impatient. A cause de l’imprudence ou de la limitation, de l’étiquetage, du jugement erroné et du mauvais traitement habituel des choses, d’importantes sources de connaissance demeurent souvent fermées. L’Occident en particulier, devra apprendre de l’Orient à garder l’esprit plus longtemps et plus fréquemment dans un état réceptif, mais observant intensément – attitude mentale que cultivent le savant et le chercheur, mais qui doit devenir de plus en plus le patrimoine commun. Cette attitude de l’Attention Pure sera, par une pratique constante, une source riche de connaissance et d’inspiration.

Quels sont maintenant en particuliers, les résultats, en termes de connaissance, qu’on peut obtenir au moyen de l’Attention Pure. Nous n’en mentionnerons ici que quelques-uns, de première importance. Il faut laisser à la propre « expérience de voyage » de chacun, sur l’Etablissement de l’Attention, le soin de travailler et de compléter ce que nous disons brièvement ici.

Nous avons déjà dit, et nous répétons en raison de son importance fondamentale, qu’à la lumière de l’Attention Pure, l’acte de perception apparemment uniforme, paraîtra de plus en plus clairement être une suite de phases simples, nombreuses et différenciées, se suivant en une succession rapide. Cette observation de base dévoilera graduellement sa richesse inhérente de faits simples et leurs implications lourdes de conséquences. Ce sera une observation vraiment scientifique au sens littéral du terme, c’est-à-dire « produisant la connaissance » (C.J.Ducasse). Elle montrera par exemple la différenciation de base du progrès perceptuel: la présentation des données des sens comparativement simples et la phase subséquente de leur interprétation et de leur évaluation. C’est l’ancienne connaissance psychologique des Bouddhistes qui remonte aux Discours du Maître lui-même et qui est élaborée dans les ouvrages et commentaires postérieurs de l’Abhidhamma. Cette distinction entre les « faits simples du cas » et l’attitude à leur égard, outre son apport scientifique (« produisant la connaissance ») a aussi une signification pratique lourde des conséquences: elle place le point le plus ancien, c’est-à-dire le plus prometteur, là où nous pouvons déterminer le développement ultérieur de la situation donnée autant qu’il dépend de notre attitude à son égard. Cependant la considération de cet aspect fait l’objet du chapitre suivant sur la formation de l’esprit.

 

Dans la pratique de l’Attention Pure, le premier choc violent sur l’esprit de l’observateur sera probablement la confrontation directe avec le fait toujours présent du Changement. En termes de Dhamma, c’est la première des trois Caractéristiques ou Signes, de la Vie: impermanence (anicca). La suite incessante de naissances et de morts individuelles des événements qu’observe l’Attention Pure deviendra une expérience d’une force grandissante, et aura des conséquences décisives sur le progrès de la méditation. De cette même expérience de changement momentané, émergera en temps voulu la conscience directe des deux autres Caractéristiques de l’Existence, C’est-à-dire le Mal (Souffrance, Insuffisance; dukkha et l’Impersonnalité (anatta).

Bien que le fait du Changement soit communément admis au moins jusqu’à un certain point, dans la vie ordinaire, les gens n’en deviennent généralement conscients que lorsqu’il les défie assez violemment d’une façon soit agréable, soit le plus souvent désagréable. Toutefois, la pratique de l’Attention Pure prouvera fortement que le Changement est toujours en nous; que même dans une fraction de temps infime, la fréquence des changements qui arrivent échappe à notre vue. Nous serons frappés probablement pour la première fois- non seulement intellectuellement mais aussi dans tout notre être – de voir dans quelle sorte de monde nous vivons actuellement. Faisant face au Changement tel que nous l’avons éprouvé fortement en notre corps et en notre esprit, nous avons maintenant commencé à voir les choses telles qu’elles sont vraiment. Et ceci concerne particulièrement les « choses de l’esprit « . On ne peut comprendre l’esprit sans le connaître comme un flux et en demeurant conscient de ce fait dans toutes les invesigations consacrées à la connaissance de l’esprit. Montrer le fait aussi bien que la nature du Changement dans les progrès mentaux est donc une contribution fondamentale de la pratique de l’Attention Pure à la connaissance de l’esprit. Le fait du Changement y contribuera d’une manière négative en excluant toute vue statique de l’esprit, en assumant des entités permanentes, des qualités fixées, etc. La vision intérieure dans la nature du Changement sera une contribution d’une manière la nature du Changement sera une contribution d’une manière positive constituée par la fourniture d’une mine de renseignements détaillés sur la nature dynamique des progrès mentaux.

A la lumière de l’Attention Pure projetée sur la perception des sens, le caractère distinctif des progrès matériels et mentaux, leur inter-relation et leur rencontre fortuite alternée ainsi que la fonction de base ‘objectifiante’ de l’esprit gagneront en clarté.

En parlant ici de fonction ‘objectifiante’ (c’est-à-dire, ayant pour objet, prenant comme objet) et de progrès matériels et mentaux, nous ne le faisons que dans notre but d’analyse pratique. Ces termes ne signifient pas que nous défendons un dualisme sujet/objet et esprit/matière. Nous ne soutenons pas davantage un monisme quelconque de l’Esprit seulement ou de la Matière seulement. L’Enseignement Moyen de la Production Conditionnée (paticca-samuppade) Bouddhique transcende tous ces concepts de monisme, pluralisme et dualisme. Dans un monde d’état conditionnel, de relativité et de flux tel qu’on en fait l’expérience dans la pratique de l’Attention Pure, ces notions rigides paraîtront bientôt tout à fait inappropriées.

Nos dernières remarques fortuites indiquent une autre contribution à la connaissance de l’esprit d’un caractère plus théorique concernant les vieilles attitudes philosophiques mentionnées ci-dessus qui surgissent des fausses prémisses de faits avec de vastes superstructures théoriques construites pour s’adapter à ces problèmes. Mais nous ne nous occupons pas directement de ces problèmes ici . Dans notre contexte, il nous suffit d’indiquer que cette expérience commune ainsi que l’examen pénétrant nous montrent des différenciations dans le progrès et les contenus de connaissance qui sont suffisamment forts pour justifier notre usage pragmatique des groupes de termes traditionnels, sujet/objet et esprit/matière.

Après que la pratique de l’Attention pure a résulté en une certaine largeur et profondeur d’expérience dans son traitement des événements mentaux, celui qui médite aura la certitude immédiate que l’esprit n’est rien en dehors de sa fonction connaissante. Nulle part, derrière ou à l’intérieur de cette fonction, un agent individuel ou une entité permanente ne peut être détecté. Au moyen de l’expérience personnelle directe, on sera ainsi arrivé à la grande vérité du Non-âme ou Impersonnalité (anatta; Skt. Anatma), montrant que toute existence est dépourvue de personnalité permanente (soi, âme, super-soi etc) ou de substance permanente de n’importe quelle description. Dans la psychologie moderne aussi, cet enseignement unique et révolutionnaire d’Anatta peut devenir ‘produisant la connaissance’ à un degré élevé, au moyen de son impact violent sur la racine et les diverses branches de la science de l’esprit. Ces implications seront évidentes pour celui qui étudie ce domaine de la connaissance, mais nous ne puvons les illustrer ici. En qualifiant la doctrine d’Anatta d’unique, nous avons voulu la distinguer de ce qui est connu en Occident comme ‘psychologie sans psyché’ qui est surtout teintée de matérialisme et qu’on appelle parfois avec une nuance de regret ‘sans âme’. Cependant la psychologie bouddhique n’est pas matérialisme, Ni dans le sens éthique du terme. La vraie signification philosophique et éthique de la doctrine du Non-Soi et aussi son ‘ton émotif’ ne peuvent être pleinement compris que dans le contexte de la doctrine bouddhique tout entière et non pas isolément. Nous aurons l’occasion de revenir sur ce point.

L’Attention Pure fournira de plus, des renseignements surprenants et utiles sur le travail de l’esprit: le mécanisme des émotions et des passions, la sûreté de la puissance de raisonnement, les motifs vrais et faux et de nombreux autres aspects de la vie mentale. La claire lumière tombera aussi bien sur les points faibles que sur les points forts, et on deviendra conscient de quelques-uns de ces points pour la première fois.

Cette méthode de l’Attention Pure, si utile à la connaissance de l’esprit et par elle, à la connaissance du monde, s’accorde avec l’action et l’attitude du vrai savant et de l’homme de science: définition claire du sujet-matière et des terme; réceptivité sans préjugés pour l’instruction qui vient des choses elles-mêmes; exclusion, ou au moins, réduction du facteur subjectif dans le jugement; ajournement du jugement jusqu’à examen attentif des faits. Cet esprit authentique du chercheur qui se manifeste dans l’attitude de l’Attention Pure, unira toujours le Bouddha -Dharma à la vraie science, bien que pas nécessairement à toutes les théories du jour. Mais le but du Bouddha Dharma n’est pas le même que celui de la science séculière, limitée à la découverte et à explication des faites. Cependant, la doctrine bouddhique de l’esprit n’est pas restreinte à une connaissance théorique de l’esprit, mais elle vises à la formation de l’esprit et par lui, de la vie.

 

La plus grande partie de la souffrance que crée l’homme dans le monde ne provient pas tant de la méchanceté délibérée que de l’ignorance, la négligence, l’irréflexion et le manque de maîtrise. Très souvent, un seul moment d’attention ou de sage réflexion aurait évité une cause de misère ou de culpabilité lourde de conséquences. En réfléchissant avant d’agir, dans une attitude habituelle de l’Attention Pure, on sera capable de saisir ce moment bref mais décisif lorsque l’esprit ne s’est pas encore fixé sur une action ou une attitude définie, mais est encore ouvert pour recevoir des directions habiles. Le moment suivant peut changer totalement la situation et donner la suprématie finale à des impulsions altérées, à des jugements erronés venant de l’intérieur ou à des influences nuisibles provenant de l’extérieur. L’attention Pure ralentit ou même arrête la transition de la pensée à l’action, accordant plus de temps pour arriver à une décision mûrie. Un tel ralentissement est d’une importance vitale tant que des paroles et des actions sans profit, nuisibles ou mauvaises se produisent avec une trop grande spontanéité. C’est-à-dire tant qu’elles paraissent comme réactions immédiates à des événements ou à des pensées sans donner aux « freins intérieurs » de la sagesse, de l’habitude de « ralentir » sera une arme efficace contre la dureté de paroles et d’actions. En apprenant, au moyen de l’Attention Pure, à ralentir et à s’arrêter, la plasticité et la réceptivité de l’esprit augmenteront considérablement, parce que les réactions de nature indésirable ne se produiront plus automatiquement, avec la même fréquence qu’auparavant. Lorsque la suprématie de ces réactions habituelles, qui demeurent si souvent sans opposition et ne soulèvent pas de question, est régulièrement provoquée, elles perdront graduellement de leur force.

L’Attention Pure nous donnera aussi du temps pour réfléchir si, dans une situation donnée, l’activité par l’action, la parole ou l’application mentale est nécessaire ou souhaitable. Il y a souvent une trop grande tendance à l’intervention non nécessaire et c’est là une autre cause de grande souffrance et d’embarras superflu qu’on peut éviter. Lorsqu’on est familiarisé avec la paix de l’esprit que procure l’attitude de l’Attention Pure, on sera moins tenté de se précipiter dans l’action ou d’intervenir dans les affaires d’autrui. Si, de cette façon les complications et conflits de toutes sortes sont diminués, l’effort pour former l’esprit rencontrera moins de résistance.

En ce qui concerne ces deux derniers points (imprudence et intervention), le conseil pratique est en bref : bien regarder avant de sauter, donner à l’esprit une chance d’avoir une vue plus étendue et plus large des choses, refréner le désir de l’action à tout prix.

L’Attention Pure ne concerne que le présent. Elle enseigne ce que tant d’hommes ont oublié : vivre avec une pleine conscience dans le « Ici et Maintenant ». Elle nous enseigne à faire face au présent sans essayer de se réfugier dans des pensées du passé ou de l’avenir. Le passé et l’avenir ne sont pas pour la conscience moyenne des objets d’observation, mais de réflexion. Et, dans la vie ordinaire, le passé et l’avenir sont rarement pris comme objets de réflexion vraiment sage mais ne sont pour la plupart que des objets de rêverie et d’imagination vaine qui sont les principales ennemies de l’Attention Juste, de la Compréhension Juste et de l’Action Juste. L’Attention Pure, demeurant fidèlement à son poste d’observation, surveille calment et sans attachement la marche incessante du temps : elle attend tranquillement que les choses de l’avenir parassent à ses yeux. Se changeant ainsi en objets du présent et disparaissant ensuite dans le passé. Combien d’énergie gaspillée en pensées inutiles du passé, en paresseuse envie des jours révolus, en regrets et repentirs vains et en bavardages dépourvus de sens, en parole ou pensée de toutes les banalités du passée ! Également futile est la majeure partie de la pensée consacrée à l’avenir : vains espoirs, projets fantastiques et rêves creux, craintes non fondées et soucis inutiles. Tout cela est encore une cause de chagrin et de déception évitable que l’Attention Pure peut éliminer.

L’Attention Juste recouvre pour l’homme, la perle perdue de sa liberté qu’elle arrache de la gueule du dragon Temps. L’Attention Juste libère l’homme des entraves qu’il essaie stupidement de renforcer en regardant trop fréquemment en arrière avec des yeux chargés de désir, de ressentiment ou de regret. L’Attention Juste empêche l’homme de s’enchaîner même maintenant, par l’imagination de ses craintes et de ses espoirs quant aux événements anticipés de l’avenir. Ainsi l’Attention juste restitue à l’homme une liberté qui ne se trouve que dans le présent.

Les pensées du passé et de l’avenir sont les principaux éléments de la rêverie qui, par sa substance dure et collante, au caractère se répétant sans cesse, remplit l’espace étroit de la conscience présente, ne lui donnant aucune occasion de se former et la rendant en fait encore plus informe et nonchalante. Ces rêveries futiles sont les principaux obstacles à la concentration. Un moyen sûr de les expulser est de tourner résolument l’esprit vers l’observation simple d’un objet quelconque à proximité, quand il n’y a pas nécessité ou impulsion pour une pensée ou une action particulière et utile, et quand il est rapidement envahi par les rêveries. Si elles ont déjà pénétré, on n’a qu’à faire de ces rêveries des objet d’observation proche afin de les priver de leur pouvoir de diluer l’esprit, et finalement les disperser. C’est un exemple de la méthode efficace pour « transformer les troubles de méditation en objets de méditation », méthode qui sera traitée plus loin.

L’Attention Pure met de l’ordre dans les coins en désordre de l’esprit. Elle dévoile les nombreuses perceptions vagues et fragmentaires, les lignes inachevées de la pensée, les idées confuses, les émotions étouffées etc., qui passent quotidiennement à travers l’esprit. Pris individuellement, ces vains dissipateurs d’énergie mentale sont faibles et impuissants, mais par leur accumulation, il diminueront graduellement l’efficacité des fonctions mentales. Comme on permet à la plupart de ces fragments de pensée de pénétrer dans le subconscient sans les traiter convenablement, ils affecteront naturellement la structure de base du caractère, les dispositions et les tendance. Ils réduiront progressivement l’étendue et la lucidité de la conscience en général ainsi que sa plasticité, c’est à dire sa possibilité d’être modelée, transformée et développée.

La connaissance non flatteuse de soi accumulée au moyen de l’Attention Pure introspective dans les endroits sales et vils de notre propre esprit incitera à une résistance intérieure et à un état de choses où la clarté et l’ordre sont changés en désordre et le métal précieux de l’esprit en scorie. Par la pression de cette répugnance l’application sincère à la pratique de l’Établissement de l’Attention s’intensifiera et le gaspillage excessif de l’énergie mentale sera contrôlé progressivement. C’est la fonction « ordonnante » de l’Attention Pure qui sert ici à la Formation de l’Esprit.

L’Attention Pure dirigée vers notre propre esprit fournira cette information franche sur lui, information indispensable au succès de sa formation. En accordant toute l’Attention à nos pensées telles qu’elles surgissent, nous connaîtrons mieux nos capacités. L’illusion sur les premières et l’ignorance des secondes rendent l’éducation de soi impossible.

Par la capacité obtenue au moyen de l’Attention Pure de désigner immédiatement les choses mauvaises ou nuisibles par leur vrai nom, on fera le premier pas vers leur élimination. Si l’on est clairement conscient, par exemple dans la Contemplation de l’État d’Esprit: « il y a une pensée de convoitise », ou dans la Contemplation des Objet Mentaux : « en moi se trouve maintenant l’Obstacle de l’Agitation » ; cette simple habitude de formuler de tels rapports clairs produira une résistance intérieure à ces défauts, résistance qui se fera sentir de plus en plus. Cette forme brève et impartiale de simple « enregistrement » sera souvent plus efficace qu’un appel à la volonté, à l’émotion ou à la raison qui fréquemment n’oppose que des forces antagonistes de l’esprit à une résistance plus rigide.

Nos qualités positives aussi seront bien sûr projetées plus clairement et celles qui sont faibles ou ne sont pas dûment remarquées auront leur chance et se développeront, fleuriront et porteront des fruits. Des ressources d’énergie et de connaissance seront révélées. Tout cela renforcera la confiance en soi qui est si importante pour le progrès intérieur. Par ces moyens et par d’autres, la méthode simple et non coercible de l’Attention Pure est aide des plus efficaces pour Former l’Esprit.

Nous suggérons au lecteur d’essayer, d’abord pendant quelques jours, de s’en tenir autant que possible à une attitude d’Attention Pure à l’égard des gens, des choses inanimées et des divers événements du jour. En faisant ainsi, il sentira bientôt combien plus harmonieusement ces jours s’écoulent en comparaison avec ceux où il cédait au plus léger stimulant pour intervenir par l’action, la parole, l’émotion ou la pensée. Comme protégé par une armure invisible contre les banalités et les importunités du monde extérieur, on avancera au cours de ces jours, serein et heureux, avec un sentiment vivifiant d’aise et de liberté. C’est comme si l’on s’éloignait de la proximité déplaisante d’une foule remuante et bruyante pour aller vers le silence et la solitude du sommet d’une colline, et, avec un soupir de soulagement, on considérait l’agitation et le bruit d’en bas. C’est la paix et le bonheur du détachement que l’on « éprouvera ainsi. En se retirant ainsi des choses et des hommes, l’attitude à leur égard deviendra même plus amicale parce que les tension qui naissent si souvent de l’intervention, du désir, de l’aversion ou des autres formes de référence à soi feront défaut. La vie deviendra beaucoup plus, facile et la monde intérieur plus spacieux. De plus, nous constaterons que le monde va très bien sans notre intervention préalable, et que nous-mêmes, ne nous parlons que immixtion ! Ainsi l’Attention Pure nous enseigne l’art de laisser aller, nous éloigne de l’immixion et de l’intervention habituelles.

La distance intérieure des choses, des hommes et de nous-mêmes, telle que l’obtient temporairement et partiellement l’Attention Pure, nous montre, par notre propre expérience la possibilité d’obtenir finalement le détachement parfait et le bonheur qui en résulte. Elle nous donne l’espoir qu’une telle mise à l’écart temporaire peut devenir un jour une sortie complète de ce monde de souffrance. Elle donne une sortie d’avant-goût, ou du moins une idée, de la liberté la plus élevée, la sainteté du vivant même (dittadhamma-nibbana) à laquelle on a fait allusion par les mots ‘Dans le monde, mais pas du monde’.

Pour arriver à cette libération élevée et ultime de l’esprit, l’Attention Pure forge l’outil principal – la pénétration la plus haute de la Vérité qui, dans le Dhamma, est appelée vision intérieure (vipassana). Cela, et seulement cela, est le but ultime de la méthode décrite ici, et la forme la plus élevée de sa fonction libératrice de l’esprit.

La Vision Intérieure est la compréhension directe et pénétrante des trois Caractéristiques de l’Existence, c’est-à-dire de l’impermanence, la souffrance et l’impersonnalité. Ce n’est pas une simple appréciation intellectuelle ou une connaissance conceptuelle de ces vérités mais une expérience personnelle indubitable et inébranlable, obtenue et mûre au moyen d’une confrontation méditative répétée avec les faits sous-jacents à ces vérités. La Vision Intérieure appartient à ce type de connaissance transformant la vie et auquel le penseur français Guyeau faisait allusion lorsqu’il disait : ‘Si l’on sait mais n’agit pas en conséquence, on sait imparfaitement’. C’est la nature intrinsèque de la Vision Intérieure de produire un détachement et une libération croissant de l’avidité, culminant à la délivrance finale de l’esprit de tout ce qui cause son attachement au monde de la souffrance.

Cette confrontation directe avec l’actualité, qui doit mûrir en Vision Intérieure, s’obtient par la pratique de l’Attention Pure, et de Satipatthana en général. Son développement méthodique est décrit plus loin. Mais même son application fortuite dans la vie quotidienne révélera son influence libératrice sur l’esprit, et elle est appliquée de façon continue, elle créera un arrière- plan mental utile à la pratique rigoureuse et sytématique.

C’est la nature de la Vision Intérieur d’être libre de désir, d’Aversion et d’illusion et de voir clairement toutes les choses du monde intérieur et extérieur comme ‘phénomènes simples’ (suddha-dhamma) c’est-à-dire comme processus impersonnels. C’est aussi exactement la caractéristique de l’attitude de l’Attention pure et par conséquent sa pratique servira d’acclimatation graduelle aux hautes altitudes de la Vision Intérieure parfait, et de la Délivrance finale.

Ce but élevé de détachement parfait et de vision intérieure peut encore être très éloigné pour le débutant sur le Sentier mais grâce à ses expériences semblables pendant la pratique de l’Attention Pure, il ne lui sera pas complètement étranger. Pour un tel disciple le but aura, même alors, une certaine familiarité et par conséquent, un pouvoir d’attraction positif qu’il ne posséderait pas s’il était demeuré pour lui une simple notion abstraite sans rien de correspondant dans sa propre expérience intérieure. Pour celui qui est entré dans l’Etablissement de l’Attention, le but apparaîtra comme les contours d’une haute chaîne de montagne à l’horizon lointaine et ces contours assumeront graduellement une familiarité amicale pour l’ errant qui les contemple tout en peinant sur son chemin ardu, si éloigné encore de ces sommets élevés. Bien que le pèlerin doive accorder la plus grande attention à la section de route souvent triste qui est sous ses pieds, aux divers obstacles et aux tournants trompeurs de son chemin, il n’est pas sans importance que de que de temps en temps, ses yeux se posent sur les sommets de son but qui paraissent à l’horizon de son expérience. Ils garderont devant les yeux de son esprit la vraie direction de son voyage, l’aidant à retourner sur ses pas lorsqu’il s’est écarté du chemin. Ils donneront une vigueur nouvelle à ses pieds fatigués, un courage nouveau à son esprit et à l’espoir qui souvent pourrait lui faire défaut si les montagnes étaient toujours cachées ou s’il n’en avait eu connaissance que par ouï-dire ou par la lecture. Ils lui rappelleront aussi de ne pas oublier parmi toutes les «  petites joies du chemin  », la gloire de ces sommets qui l’attend à l’horizon.

L’attitude réceptive et détachée l’Attention Pure peut et doit certainement occuper une place beaucoup plus grande dans notre vie mentale qu’elle ne le fait habituellement et c’est pourquoi elle a ici fait l’objet d’une étude aussi détaillée. Mais cela ne doit pas nous faire oublier le fait que l’Attention Pure ne peut généralement être maintenue que pendant un temps limité de la vie ordinaire, à part les périodes expressément consacrées à son application. Chaque heure du jour exige une activité par l’action , la parole ou la pensée. D’abord il y a les nombreuses qu’un changement de position devenu nécessaire. Il nous faut aussi abandonner maintes fois la protection et l’indépendance du silence et entrer en relation avec les autres par la parole. Et l’esprit aussi ne peut éviter de définir sa position, à lui-même et au monde extérieur et de donner des ordres d’action un nombre incalculable de fois par jour. L’esprit doit choisir, décider et juger.

C’est la Compréhension Claire (sampajana), second aspect de l’Attention Juste, qui a rapport à la majeure partie de notre vie, la partie active. L’un des activités, physiques, verbales et mentales. Sa tâche est de les rendre utiles et efficaces, en accord avec l’actualité, avec nos idéaux et avec le plus haut degré de notre compréhension. Le terme ‘Compréhension Claire’ doit être compris comme signifiant qu’à la clarté de l’attention pure s’ajoute toute la compréhension du but et de l’actualité, intérieure et extérieure, ou en d’autres termes : la Compréhension Claire est la connaissance juste (nana) ou la sagesse (panna), basée sur l’attention juste (sati)

 

Les Quatre Sortes De Comprehension Claire

 

La tradition bouddhique telle que l  »incarnent les commentaires des Discours du Bouddha, distingue quatre sortes de Compréhension Claire  (1) La Compréhension Claire du But (( satthakasampajanna) (2) La Compréhension Claire de la Convenance (sappaya-sampajanna), (3) La Compréhension Claire de la Réalité (lit. De la Non-illusion; asammoha-sampajanna).

 

1.Compréhension Claire du But

 

Cette première sorte de Compréhension Claire exige que, avant d’agir, on se demande toujours si l’activité projetée est bien en accord avec le sens pratique le plus étroit comme au point de vue de l’idéal. L’interruption opportune pour se poser cette question de l’idéal. L’interruption opportune pour se posercette question – si elle n’est pas déjà familière au pratiquant – devra s’apprendre par l’entraînement à l’Attention Pure.

Certains pourraient penser qu’il n’est pas nécessaire de faire de l’action utile un objet spécial de leur étude ou de leur entrainement, parce qu’ils croient que , comme êtres rationnels’, ils agissent par nature ‘rationnellement’, ils agissent par nature ‘rationnellement de l’Attention, on admettra certainement que l’homme ne se conduit pas toujours rationnellement ; même lorsque le but qu’il a en vue est très étroit et profondément égoïste et matérialiste. L’homme oublie souvent ses desseins, programmes et principes, il néglige même son intérêt le plus évident, et tout cela pas seulement par témérité ou par passion, mais même en raison de caprices tout à fait fortuits, de curiosité puérile

ou indolence. Pour ces raisons ou pour d’autres secondaires, les hommes s’écartent souvent dans des directions tout autres que leurs propres buts dans la vie et leurs véritables intérêts.

 

Sous le choc d’impression innombrables qui, du monde de la multiplicité (papanca) extérieure et intérieure, s’assemblent sur l’homme, une déviation accidentelle de la direction générale de la vie est certainement compréhensible et même, jusqu’à un certain point, inévitable pour la plupart d’entre nous. Il n’en devient que plus nécessaire de limiter de telles déviation au minimum et de lutter pour leur complète élimination qui cependant, n’est obtenue que par l’Attention parfaite du Saint (arahat).Mais ces déviations du sentier droit de vie utile ne peuvent être exclues ni même considérablement réduits, par une subordination forcée au pourvoir dictatorial de la raison ou de la morale sèche. Le côte émotif de l’homme pour lequel de telles déviations ou escapades bizarres sont souvent une sortie ou une sorte de protestation, se révolterait vite et même se vengerait par une conduite démonstrative irrationnelle. Afin d’effectuer une «  pénétrations paisible  » des région irrationnelles de l’esprit et de les gagner à une participation volontaire dans l’atteinte du but clairement compris, le travail doit «  recommencer au début  » : sur les vaste fondations de l’Attention Pure. Par les méthodes simples, non – coercibles et harmonieuses de cette pratique, les forces qui créent de la tension dans l’esprit et qui interrompent l’activité utile, seront absorbées graduellement dans le courant principal des buts et des idéaux. Une coordination utile des tendances et besoins divers de l’esprit humain et des nombreuses activités humaines ne s’effectuera que par une extension systématique, mais organique et naturelle, du contrôle conscient, ou de la maîtrise de soi. Ce n’est que de cette façon que résulteront un équilibre croissant des émotions, une harmonie générale et une stabilité de caractère – auxquels toute obstination, tout arbitraire, jusqu’à et les tendances auto – destructrices, deviendront fondamentalement étranger. La base sûre d’une telle maîtrise de soi, c’est-à-dire du contrôle des sens et du contrôle de l’esprit, est la méthode non – coercible de l’Attention Pure. En renforçant l’habitude de ‘s’arrêter et de penser’, elle donne à la compréhension claire du But une chance accrue d’entrer en vigueur ; et par sa présentation des faits non dénaturés, elle fournit à la Compréhension Claire le matériel sûr pour prendre ses décisions.

 

Il peut arriver, causant de grands regrets par la suite, qu’un idéal élevé ou un but important, oublié ou mis temporairement de côté à cause d’un caprice ou d’une fantaisie éphémère, soit, avant d’être repris, complètement hors de portée en raison d’une situation extérieure changée, qu’on a causée par ces digression accidentelles. L’idéal, ou le but, peut de même être hors de portée en raison d’un changement intérieur chez l’individu lui même, causé par la même conduite. On regrettera moins les occasion perdues si l’on cultive la Compréhension Claire du But jusqu’à ce qu’elle devienne profondément ancrée en soi.

 

Si, d’un autre côté, on se livre habituellement à toutes les fantaisies, ou si on se permet de dévier trop facilement de son but , alors les qualités comme l’énergie l’endurance, la concentration, la loyauté, etc., seront graduellement minées et affaiblies à un tel point qu’elles deviendront insuffisantes pour atteindre ce but original ou même pour l’apprécier vraiment plus longtemps. De cette façon, il arrive souvent que les idéaux, les convictions religieuses et même les buts et ambitions ordinaires de la personne, négligés par elle, se changent en coquilles vides qu’elle emporte encore avec elle, uniquement par habitude.

 

Ces remarques suffiront pour monter l’urgente nécessité d’un renforcement du but dans l’action et pour étendre son orbite. Cela se fait par la présence constante de la Compréhension Claire du But. Elle a la fonction négative de contrecarrer partie de l’activité humaine, en actions, paroles et pensées. Sa fonction positives est de concentrer l’énergie dispersée de vie. De cette façon la compréhension Claire du But établit la formation d’un centre intérieur fort dans le caractère, assez puissant pour coordonner graduellement toutes les activités. De plus, la Compréhension Claire du But renforce la direction de l’esprit en lui donnant une initiative habile et déterminée dans les cas où l’esprit avait l’habitude de céder passivement ou de régir automatiquement à la pression venant de l’intérieur et de l’extérieur. Elle prend soin aussi de la sélection et de la limitation sages dans l’activité de l’homme, rendues nécessaires par la multitude troublante des impressions, intérêt, exigences, etc.. aux – quels nous avons à faire face dans la vie. Ils ne distrairont pas facilement un but ferme.

 

Le but propre de cette initiative et le principe dirigeant vraiment convenable de cette sélection, est la croissance dans le Dhamma (dhammato vuddhi), c4est-à-dire le développement dans la compréhension et le progrès dans la pratique, de la doctrine libératrice du Bouddha. C’est la ,selon les Maîtres anciens, le vrai but que se propose cette première sorte de Compréhension Claire. Si la Vérité de la Souffrance a été comprise dans toute sa gravité, Le progrès sur le Sentier menant à l’Extinction de cette Souffrance deviendra en fait le besoin le plus pressant, le seul but vrai et digne de la vie humaine.

 

2. La Comprehension Claire De Convenance

 

La Compréhension Claire de convenance d’une action dans des circonstances données considère dûment la fait qu’il n’est pas toujours en notre pouvoir de choisir le cours de l’action le plus utile et plus souhaitable mais que notre sélection (dont nous avons parlé plus haut) est souvent restreinte par les circonstances ou par les limitations de nos capacités. Cette seconde sorte de Compréhension Claire enseigne l’Art du Praticable, l’adaptation aux conditions du moment, du lieu et du caractère individuel. Elle freine l’impétuosité aveugle et l’obstination des souhait ou désire, des buts ou idéaux de l’homme. Elle empêchera de nombreux échecs non nécessaires que l’homme, dans sa déception ou son découragement reproche souvent au but ou à l’idéal lui-même, au lieu de les attribuer à sa propre manière d’agir qui est fausse. La Compréhension Claire de Convenance enseigne ‘l’Habileté. Dans le choix des moyens justes’ (upayakossalla), qualité que le Bouddha possédait au plus haut degré et qu’il appliqua si admirablement à l’instruction et à la direction des hommes.

 

3. Compréhension Claire du Domaine de la Méditation.

 

Les deux premières division de la Compréhension Claire s’appliquent aussi buts purement pratiques de la vie ordinaire, bien qu’on insiste aussi sur la conformité à l’idéal religieux, (dhamma) à l’égard de cette application pratique. Nous entrons maintenant dans le domaine propre du Dhamma comme force transformant la vie. Par la troisième sorte de Compréhension Claire les méthodes caractéristiques du développement de l’esprit utilisées dans le Dhamma sont incorporées dans la vie même chose avec la doctrine fondamentale du Dhamma, c’est-à dire l’enseignement de l’impersonnalité ou l’absolue fluidité de l’individu.

Les Commentateurs anciens expliquent la Compréhension Claire du Domaine de la Méditation comme ‘Ne pas abandonner le sujet de méditation au de la routine journalière’. On doit comprendre ceci de deux façons.

     

  1. Si l’on pratique un sujet de méditation particulier, c’est-à-dire unique, on doit essayer de la mêler au travail ou à la pensée qu’exigent directement les occupations du jour ; ou, en autres termes, on doit donner une place au travail en main dans le cadre de la méditation, comme illustration de son sujet. Par exemple, la fonction de manger peut se rapporter facilement aux contemplations sur l’impermanence du corps, les quatre éléments, le conditionnement, etc. Ainsi les deux domaines de la méditation et de la vie ordinaire se mêleront – pour le bien des deux. Si comme cela peut être dans de nombreux cas, on ne peut établir de lien entre le travail présent et la méditation particulière, où si un tel lien semble trop vague ou artificiel pour avoir une valeur réelle, alors le sujet de méditation doit être délibérément ‘abandonné comme des marchandises qu’on tient à la main mais on ne doit pas oublier de le reprendre dès que le travail en question est terminé. Cette manière d’agir comptera aussi comme ‘ne pas abandonner le sujet de méditation’. 
  2. Mais si la pratique de la méditation est l’attention qui embrasse tout, comme nous le conseillons ici, il n’y aura nul besoin de mettre de côte le sujet de méditation qui, en fait, comprendra tout. Pas à pas, la pratique de l’attention juste doit absorber toutes les activités du corps, de la parole et de l’esprit, de sorte qu’à la fin, le sujet de méditation ne sera jamais abandonné. Le succès obtenu dépendra de la présence d’esprit disponible dans les occasions particulières de la formation, des habitudes et de la force croissante de la pratique diligente. Le but auquel doit aspirer le disciple de cette méthode est que la vie soit une avec la pratique spirituelle et que la pratique soit la vie vigoureuse.

Le ‘domaine’ (gocara) de la pratique de l’Attention Juste n’a pas de limite rigides. C’est un royaume qui s’accroît constamment en absorbant toujours de nouveaux territoires de vie. C’est en se référant à ce domaine comprenant tout de la méthode Satipatthana que le Maître parla un jour comme suit : ‘Quel est, ô moines, le domaine (gocara) du moine, sa demeure paternelle ? C’est exactement ces quatre Etablissements de l’Attention’,Le disciple de cette méthode doit donc toujours se demander selon les paroles de Santideva :

‘Comment la pratique de l’Attention Peut-elle être effectuée dans ces mêmes circonstances ?’

Celui qui n’oublie pas de se poser des questions et aussi d’agir en conséquence on peut dire qu’il possède ‘la Compréhension Claire du Domaine’ de l’Attention Juste.

L’atteindre n’est certainement pas une tâche aisée, mais les difficultés seront moindres si les deux première sortes de Compréhension Claire ont préparé le terrain. Par la Compréhension Claire du But, l’esprit aura acquis un certain degré de fermeté et de ‘pouvoir façonnant’ nécessaires pour l’absorption de la vie ordinaire dans le ‘domaine de la pratique’. Par ailleurs, la Compréhension Claire de Convenance aura développé les qualités complémentaires de la plasticité et de l’adaptation mentales. Si de cette façon, on est arrivé à une approximation du niveau de l’esprit méditatif, l’entrée dans le domaine de la pratique et son extension graduelle seront plus faciles.

 

Compréhension Claire de la Réalité.

 

La compréhension Claire de la Réalité (lit. De la Non-illusion retire, par la Claire lumière d’une compréhension d’actualité non obscurcie, l’illusion la plus profonde et la plus obstinée chez l’homme : sa croyance en un soi, une âme ou une substance éternelle d’une description quelconque. Cette illusion, avec son prolongement d’avidité et de haine, est la véritable force motrice de cette Roue tournante de Vie et de Souffrance à laquelle, comme sur un instrument de torture, des être sont liés et sont brisés maintes et maintes fois.

‘La Compréhension Claire de la réalité’ est la clarté et la présence de la connaissance que, dans ou derrière les fonctions qu’ont accomplies les trois premiers modes de Compréhension claire, il n’y a pas de personnalité permanente, soi, Ego, âme ou toute substance semblable. Ici celui qui médite sera confronté avec l’opposition intérieure la plus forte, parce que contre cet accomplissement suprême de la pensée humaine qu’est la doctrine d’Anatta du Bouddha, se dressera la résistance obstinée qu’oppose l’habitude vieille comme le monde de penser et d’agir en termes de ‘Je’ et de «  Mien’, ainsi que l’instinctive et puissante ‘Volonté de vivre’, se manifestant comme une affirmation de soi. La difficulté principale ne sera pas tant de saisir théoriquement et d’approuver la doctrine d’Anatta que de l’appliquer patiemment et constamment aux cas particuliers de pensée et d’action. Aider dans cette difficulté est la tâche spéciale de la quatrième sorte de Compréhension Claire, la ‘dénuée d’illusion’ ; et dans cette tâche elle reçoit l’aide vitale des trois autres sortes. Ce n’est qu’en s’entraînant à maintes reprises à voir les pensées et sentiments surgir comme de simple processus impersonnels, qu’on peut briser la puissance des habitudes de pensées égocentriques et des instincts égoïstes, la réduire et enfin l’éliminer.

Comme brève digression, il convient de dire ici quelques mots sur le ‘ton émotif’ de la vérité de l’Impersonnalité si souvent mal comprise. Le discernement du fait de l’impersonnalité par réflexion, ou comme résultat de la pratique méthodique de l’Attention Pure, est en lui-même certainement aussi impassible et sobre que l’attitude parfaite, des répercussions émotives peuvent surgir, comme elles peuvent aussi surgir en rapport avec les résultats irréfutables de la recherche scientifique. Ces répercussions émotives de la vision intérieure sur l’Impersonnalité ne sont pas cependant limitées à une seule note, et sûrement pas à la note plaintive de et désespérée qu’implique le mot ‘sans âme’. Le ‘ton émotif’ variera selon l’angle d’observation et le degré de développement intérieure de l’observateur ; il arrivera à son finale dans le rythme calme de la sérénité du saint. Dans la confrontation réelle et non pas simplement conceptuelle avec le fait de l’Impersonnalité telle que l’offre l’Attention Pure. Toute sa gravité se fera certainement sentir intensément, en accord avec la gravité de l’existence entière dont elle est le fait le plus significatif. Mais ce ne sera pas la seule expérience émotive provenant de la pris de conscience d’Anatta (Impersonnalité). Les témoignages de méditants anciens et modernes parlent des états d’esprit de bonheur élevé couvrant un champ étendu, depuis le ravissement et l’exultation jusqu’à la joie sereine. Ils expriment la gaieté et le soulagement qu’on éprouve quand l’étreinte mauvaise de ‘je’ et ‘Mien’ se desserre ; quand la tension qu’elle produit dans le corps et dans l’esprit se relâche ; quand on peut relever la tête au-dessus du courant violent et du tourbillon dans lesquels l’obsession de ‘Je’ et ‘Mien’ nous engouffre ; quand on prend de plus en plus conscience que le fait même de l’Impersonnalité tient pour nous la porte ouverte à la Libération du Mal qu’on ressentait d’une manière si poignante dans ce que nous appelions l’aspect grave de l’impersonnalité.

La quatrième sorte de Compréhension Claire a encore une autre fonction à remplir, qui est de grande conséquence pour le progrès régulier sur le Sentier menant à l’extinction du Mal.

En pratiquant les trois premiers modes de compréhension Claire, le disciple a laissé la sécurité et le détachement relatifs de l’Attention Pure, et est retourné vers le monde périlleux de l’action de but – action qui provoque la réaction de ce sur quoi on agit. Mais, laissant les réaction de côté, le disciple constatera d’abord le fait que presque toutes ses actions l’entraînent plus loin dans les labyrinthes de la dispersion du monde (papanca) auquel cette action elle-même ajoute sa part. L’action a une tendance inhérente à se multiplier et à se reproduire, à s’intensifier et à s’étendre. Le disciple constatera , même dans ses efforts pour pratiquer les trois premiers modes de la Compréhension Claire, que ses action tendent à le mêler à de nouveaux intérêts, plans, devoir , buts, complication, etc. Cela veut dire qu’il sera toujours exposé au danger de perdre ce qu’il a accompli dans sa pratique précédente, ou de perdre de vue, à moins qu’il ne soit extrêmement vigilant. Ici, la Compréhension Claire Réaliste ou Dénuée d’Illusion, c’est-à-dire la prise de conscience vivante de l’Impersonnalité, viendra à son aide. ‘A l’intérieur il n’y a pas de soi qui agit, et à l’extérieur il n’y a pas de soi affecté par l’action !’ Si l’on garde cela en vue, non seulement dans les grandes entreprises, mais aussi dans les activités mineures de la vie ordinaire, qui ne sont pas moins importantes, alors se développeront un sentiment bienfaisant de distance intérieure de ses soi-disant ‘propres’ actions et un détachement croissant à l’égard de n’importe quel succès ou échec, louange ou blâme, résultant d’une telle action. L‘action, une fois son but et sa convenance clairement établis, est maintenant accomplie pour elle-même et dans son propre droit. Pour cette raison même, l’indifférence apparente avec laquelle l’action est accomplie ne causera aucune perte d’énergie dans son accomplissement. Au contraire, lorsqu’il n’y a plus d’attente intéressée pour soi, les autres ou les résultats cette dévotion exclusive au travail lui-même augmentera ses chances de succès.

 

Si l’on ne s’attache plus à une action de tout son cœur et de tout son être, s’il n’y a plus de désir pour le succès personnel ou la renommée, alors il y aura moins de danger d’être emporté par le courant de l’action créée par soi, action en vue d’atteintes toujours nouvelles de l’océan samsarique. Il sera aussi plus facile d’exercer un certain contrôle sur les mesures résultant de la première action ou, lorsque souhaitable, de ‘briser l’action’ et de se retirer dans la ‘non-action’ c’est-à-dire dans la paix et la protection de l’attitude de l’Attention Pure.

 

L’action à des fins mondaines, telle que l’accomplit un esprit non libéré, est surtout un esclavage supplémentaire. Conserver dans ce monde d’ ‘esclavage’ par l’action’(kamma) la plus grande ‘liberté d’action’ possible, est l’une des tâches et l’un des accomplissement particuliers de la Compréhension Claire de la réalité en coopération avec les trois autres modes l’Attention Pure enseigne la ‘liberté dans la non-action’ complémentaire ou la ‘liberté’ dans le laisser aller’. >Nous avons cité plus haut (p. 28) une parole du Maître selon laquelle l’esprit libéré d’un vrai grand homme, c’est-à-dire d’un saint homme, est le résultat de la pratique consommée de Satipatthãna. Maintenant, après avoir appris les deux sortes de liberté qu’accordent l’Attention et la Compréhension Claire, nous serons plus à même de comprendre cette parole à effet libérateur de pratique de Satipatthãna.

 

En conclusion, un autre fait significatif du quatrième mode de Compréhension Claire mérite d’être mentionné. Par la Compréhension Claire de la Réalité, la part active de la vie sera aussi pénétrée par la pensée vraiment révolutionnaire de l’Impersonalité (anatta), qui est l’enseignement central du Bouddha et le plus décisif pour la délivrance réelle de la souffrance. On ne doit donc pas restreindre son influence aux quelques heures de réflexion ou de méditation laissées aux hommes par leurs devoirs mondains. Notre vie est courte. Nous ne pouvons pas nous permettre de considérer la plus grande partie de cette vie, consacrée aux tâches routinières pratiques, comme un simple poids mort, ni de la traiter comme une basse caste de travailleur esclaves, nécessaires mais méprisés, maintenus à un niveau culturel bas, soit intentionnellement, soit par négligence. Nous ne pouvons pas nous permettre de laisser ce grande secteur de notre vie sans emploi et sans contrôle, autorisant la plupart de nos pensées, émotions et activités, à errer à leur guise, si souvent pour notre plus grand mal.

 

Mis à part le principe essentiel de Satipattana, la fusion de la vie et de la pratique spirituelle, même la courte durée de notre vie exige impérieusement que chaque moment, selon les occasion qu’elle offre, et toute activité, même la plus ordinaire en son genre, soit utilisé pour l’œuvre de Libération . La Compréhension Claire de la Réalité entreprend cette pénétration de la vie avec la connaissance libératrice, avec une attention particulière à l’expérience immédiate de l’Impersonnalité.

 

La sagesse tibétaine dit :

‘Un système de méditation qui donnera le pouvoir de concentrer l’esprit ssur n’importe quoi est indispensable.

Un art de vivre qui permettra à chacun d’utiliser chaque activité comme aide sur le Sentier est indispensable ’

 

Un tel système de méditation, un tel ‘art de vivre’ est Satipattana.

Conclusion sur les deux modes de Pratique.

 

Maintenant, à la fin de notre exposé de la Compréhension Claire, nous en sommes arrives à un trait qui correspond étroitement à celui que nous avions mentionné en concluant sur notre exposé de l’Attention Pure.

Il est encourageant de constater que même l’étape initiale de la pratique sincère montre une parenté et une correspondance avec le but le plus haut de la liberté et du détachement complets.

 

Dans l’étude de l’Attention Pure, révélant la ‘liberté dans la non – action’ , nous avons vu que le retrait temporaire à un point d’observation avantageux correspond à la sortie finale du Saint de ce monde de souffrance. Dans l’étude de la Compréhension Claire, en particulier de sa quatrième sorte, le détachement croissant à l’égard de n’importe quelle action correspond à ‘l’acte parfait’ du Saint, qui bien qu’utile en lui-même, est complètement désintéressé et libre de tout attachement. Bien que le monde le perçoive comme un ‘bon acte’ il n’a pas de résultat karmique pour le Saint, il ne le conduit à aucune existence nouvelle. Un acte accompli avec la Compréhension Claire est dans le degré de son détachement et dans sa fonction de réducteur d’enchevêtrement Karmique, une approximation de ‘l’acte parfait’ du Saint.

 

Les deux modes de pratique, (Attention Pure) et Compréhension Claire, s’entraident et se complètent. Le degré élevé de vigilance et de contrôle de soi, atteint à l’école de l’Attention Pure, rendra beaucoup plus facile la direction des action et des paroles par la Compréhension Claire au lieu d’être pris au dépourvu par les situation, emporté par les passions ou égaré par les apparences trompeuses. Par ailleurs, la Compréhension Claire crée une atmosphère plus appropriée et fait plus de place à l’Attention Pure par le contrôle et l’influence apaisante qu’elle exerce sur le monde d’action intéressée et de pensée agitée.

L’Attention Pure présente ces faits soigneusement tamisés et d’une façon désintéressée et sur lesquels une action clairement compréhensive peut baser sûrement ses décisions et la pensée clairement compréhensive ses conclusion. L’Attention Pure élimine les concepts erronés et les valeurs fausses qui ont été ajoutée aveuglement aux faits simplement. La Compréhension Claire les remplace par des concepts examinés par la critique et des valeurs vraies, comme celles présente le Dhamma.

 

L’Attention Pure accroît et affine la sensibilité de l’esprit humain ; la Compréhension Claire Guide et renforce les énergies activement formatrices et créatrices. L’Attention Pure contribue à l’accroissement, à la conservation et au raffinement de l’intuition – cette indispensable source d’inspiration Par ailleurs, La Compréhension Claire, en tant que force active et activante, travaille à faire de l’esprit un instrument parfait pour sa lourde tâche de développement harmonieux et de libération finale. En même temps elle exerce les hommes au travail désintéressé, pour le service l’humanité souffrante, en leur conférant l’œil ardent de la sagesse et la main sûre de l’habileté aussi nécessaires pour ce service qu’un cœur chaleureux. La Compréhension Claire est capable de donner cet entraînement parce qu’elle fournit un excellent enseignement dans l’action utile, circonspecte et désintéressée.

 

Donc, Satipatthana, dans l’ensemble de ses deux aspects, produit une harmonie parfaite de réceptivité et d’activité dans l’esprit humain. C’est un des aspects sous lesquels apparaît le Sentier Moyen du Bouddha dans cette méthode de l’Attention Juste.

source : http://www.centrebouddhique.net/

Laurent @ 20:14
Enregistré dans Vipassana
La bonne manière de ce comporter

Posté le Samedi 3 février 2007

                                dhammawak forum

Bouddha nous a montré comment parvenir à la cessation définitive de toute forme d’insatisfaction. Avant d’en arriver là, la route est longue, il nécessite pour chacun d’entre nous, de se parfaire à tous les niveaux, en commençant dès la base, sinon comment envisager construire quoique ce soit sur des bases impures ? Rassurons-nous, Bouddha n’oublie personne ; il explique, en donnant de précieux détails, de quelle façon chaque personne doit agir si elle souhaite bénéficier d’une existence qui soit la plus profitable possible, aussi bien pour soi-même que pour les autres, et ce, quelle que soit sa place dans la société.

Il explique entre autres comment gérer un commerce ou comment un roi (ou un chef d’état) devrait agir pour son peuple, le tout, bien entendu, dans le but d’engendrer un idéal pour tous en matière de relations humaines, de respect mutuel et a fortiori, d’offrir à tous un cadre très propice à l’entraînement du dhamma. Voici donc, selon Bouddha, les devoirs des uns envers les autres, pour celles et ceux qui voudraient aiguiller leur existence sur la plus noble et la plus profitable des voies, celle du dhamma…

Remarque : Les habitudes culturelles étant très différentes d’un pays à l’autre et d’une époque à l’autre, il faut dans certains cas, savoir adapter en conséquence.

Les devoirs de l’enfant envers ses parents

  • Les nourrir à son tour (lorsqu’ils ne sont plus en âge de subvenir à leurs besoins).
  • S’occuper de leurs démarches administratives.
  • Poursuivre les bonnes habitudes de la famille comme l’honnêteté, la générosité etc.
  • Être digne de recevoir l’héritage matériel et spirituel.
  • Faire une cérémonie après leur décès.

Les devoirs d’un parent envers ses enfants

  • Les habituer tous petits à une bonne conduite morale.
  • Leur apprendre les bonnes manières sociales (respect d’autrui).
  • Leur transmettre des connaissances et un métier inoffensif
  • Les marier à un(e) partenaire qui lui convient et qui a une bonne conduite morale.
  • Leur léguer l’héritage le moment venu.

Les devoirs de l’élève envers son maître

  • Se lever en signe de respect et aller à sa rencontre lorsqu’il arrive.
  • Lui rendre service si nécessaire.
  • Être empressé d’entendre ses conseils.
  • Si on vit avec lui, l’aider dans ses tâches quotidiennes.
  • S’efforcer d’apprendre ce qu’on ne sait pas encore et de ne pas oublier ce qu’on a déjà appris.

Les devoirs du maître envers son élève

  • Instruire aussi bien dans les matières concernant la vie sociale, les mœurs et usages ainsi que dans le domaine spirituel.
  • Veiller à ce qu’il retienne bien ce qu’on lui apprend en le faisant répétant plusieurs fois dans la journée.
  • Enseigner tout ce qu’on sait sans rien cacher.
  • Le présenter à ses amis et associés en vue d’obtenir un emploi.
  • Garantir sa sécurité matérielle et spirituelle (récitation de textes protecteurs).

Les devoirs du mari envers sa femme

  • Être respectueux envers elle et ne pas l’interpeller avec des mots grossiers.
  • Ne pas la mépriser.
  • Être fidèle.
  • Lui remettre l’argent du ménage et lui en laisser la libre administration.
  • Lui acheter de jolis vêtements et bijoux.

Les devoirs de la femme envers son mari

  • Être soigneuse et se donner du mal pour s’occuper de la maison.
  • Savoir bien recevoir les amis et les membres de la famille.
  • Être fidèle.
  • Gérer convenablement le patrimoine et les économies.
  • Être douée dans toutes les tâches ménagères (cuisine, couture, repassage, etc.)

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Les devoirs d’un jeune homme envers ses amis

  • Être généreux et ouvert d’esprit.
  • Parler poliment.
  • Être prêt à rendre service.
  • Éviter de se mettre au-dessus d’autrui et de donner les mêmes chances à tout le monde.
  • Être honnête.

Les devoirs d’un ami envers les jeunes hommes

  • Protéger leur santé quand ils sont inconscients (ivres, drogués).
  • Protéger leurs biens quand ils sont inconscients (ivres, drogués).
  • Le protéger de dangers imminents.
  • Ne pas l’abandonner lorsqu’il a des ennuis.
  • S’occuper avec bienveillance de ses enfants (emploi ou autres services).

Les devoirs d’un employé envers son employeur

  • Se lever avant lui.
  • Se coucher après lui.
  • Ne prendre que ce qui a été donné.
  • Prendre ses devoirs au sérieux.
  • Ne pas médire sur lui et en dire du bien.

Les devoirs d’un employeur envers ses employés

  • Leur donner un travail qui correspond à leurs capacités.
  • Leur donner de la nourriture et un salaire.
  • S’occuper d’eux en cas de maladie.
  • Partager avec eux de la bonne nourriture ou boisson quand il y en a.
  • Leur donner des congés appropriés.

Les devoirs d’un laïc envers un moine

  • Faire des actions motivées par l’amour bienveillant.
  • Prononcer des paroles motivées par l’amour bienveillant.
  • Avoir des pensées d’amour bienveillant.
  • L’inviter à venir en visite à la maison si nécessaire et l’inviter à faire part de ses besoins.
  • Lui fournir, dans la mesure de ses propres moyens, les quatre nécessités : Logement, vêtements, nourriture et médicaments.

Les devoirs d’un moine envers un laïc

  • Enseigner afin d’éviter qu’il fasse ce qui est malsain (cause de souffrance pour soi et pour autrui).
  • L’encourager dans ce qui est sain (générateur de bonheur) comme la générosité, la vertu et la méditation.
  • Générer de l’amour bienveillant envers lui.
  • Enseigner ce qu’il ne connaît pas.
  • Répéter ce qu’il connaît déjà.
  • Montrer le chemin vers une renaissance plus confortable (monde des deva) ou vers nibbána.

Tout sur le Upsaka sur le site du Vénérable Dhamma Sami dont vous pouvez voir l’adresse sur le menu de droite, cet articles provient du site du vénérable il n’a pas été reproduit en intégralitée.

Laurent @ 10:40
Enregistré dans Enseignements
Pratique au quotidien en 7 résolutions!

Posté le Mercredi 31 janvier 2007

                    quotidien
Première résolution

 

La vigilance s’accompagne de bienfaits, la négligence n’apporte que des ennuis. Nous vivons souvent dans l’inconscience, sur pilote automatique, mais chacun peut s’éveiller en pratiquant. Quels que soient notre passé et nos difficultés actuelles, nous pouvons toujours recommencer à zéro aujourd’hui.

 

Je resterai assis, seul dans une méditation silencieuse chaque jour. Je serai vigilant car mes pires ennemis sont à l’intérieur de moi. Je ne regarderai  pas derrière en me délectant du passé. Je ne me projetterai pas dans le futur. Je resterai dans le présent, sans désir, sans souci, ni attachement, en pratiquant la vision profonde. Je vivrai chaque moment comme s’il devait être le dernier.

 

Je prendrai le temps de communier avec la nature et de témoigner silencieusement de l’intelligence présente en toute chose vivante. Je regarderai le soleil se coucher,  j’écouterai le bruit d’un ruisseau ou je respirerai simplement le parfum d’une fleur.

 

Je pratiquerai le non-jugement. Je commencerai ma journée par cette résolution : « aujourd’hui, je ne jugerai rien de ce qui arrivera » et tout au long de la journée, je me souviendrai de ne pas juger.

 

 

Deuxième résolution

 

Les mots ont le pouvoir de guérir et de détruire. Quand ils expriment la vérité et la compassion, ils transforment le monde.

 

Où que j’aille, quelle que soit la personne que je rencontre, je lui donnerai quelque chose. Cela peut être un sourire, un compliment, une fleur, une prière. J’offrirai quelque chose à tous ceux avec qui j’entrerai en contact et ainsi je mettrai en oeuvre dans ma vie et dans celle des autres, le processus de circulation de la joie, de la richesse et de l’abondance.

 

Je recevrai tous les dons que l’on me fera avec gratitude. J’accepterai aussi les dons de la nature : la lumière du soleil, le chant des oiseaux, une pluie de printemps ou la première neige de l’hiver.

 

Je m’ouvrirai également aux dons des autres, que ceux-ci aient une forme matérielle comme l’argent ou une forme spirituelle comme un compliment ou une prière.

 

Je prends l’engagement de protéger la circulation de la richesse dans ma vie en donnant et en recevant les biens les plus précieux de l’existence : l’attention, l’affection, le respect et l’amour. Chaque fois que je rencontrerai quelqu’un, je lui souhaiterai silencieusement paix, santé et bonheur.

 

 

 

Troisième résolution

 

Chaque action génère une force qui revient vers nous telle qu’elle a été mise en oeuvre. Nous récoltons ce que nous avons semé. La plupart des tourments que nous connaissons, nous en sommes nous-mêmes la cause.

 

Lorsque nous choisissons d’agir pour apporter le bonheur et le succès aux autres, alors les fruits sont le bonheur et le succès.

 

Je serai à chaque instant le témoin de mes choix. Par ma seule observation, ceux-ci seront portés à l’attention de ma conscience. Je sais que le meilleur moyen de préparer le futur est d’être totalement conscient du présent.

 

À chaque fois que je prendrai une décision, je me poserai deux questions : quelles sont les conséquences du choix que je suis en train de faire ? Apportera-t-il satisfaction et bonheur à moi-même comme à tous ceux qui en seront affectés ?

 

Je demanderai alors à mon cœur de me conseiller et de me guider par ses messages de confort ou d’inconfort. Si un choix m’apporte la joie, je m’y abandonnerai. S’il me donne une sensation d’inconfort, je ferai une pause et j’observerai les conséquences de mon action à l’aide de mon regard intérieur. Ces conseils me permettront de faire des choix spontanément justes pour moi comme pour autrui.

 

 

 

Quatrième résolution

 

Nos désirs génèrent beaucoup de tension : la peur de ne pas obtenir ce que l’on désire et la peur de perdre ce que l’on a obtenu. Ils proviennent d’une insatisfaction, d’un manque qui se trouve à l’intérieur de nous.

 

Je pratiquerai l’abandon. J’accepterai les personnes, les situations et les événements comme ils se présentent. Je saurai que ce moment est tel qu’il est parce que l’univers est tel qu’il doit être. Je ne me rebellerai pas contre l’univers en me rebellant contre ce moment. Mon abandon sera total et complet. J’accepterai les choses comme elles sont à cet instant et non pas comme je voudrais qu’elles soient.

 

Ayant accepté les choses comme elles sont, j’assumerai la responsabilité de tous les événements. Je sais qu’assumer la responsabilité veut dire ne blâmer personne pour cette situation, y compris moi-même. Je sais aussi que tout problème est une opportunité déguisée. Cette attention aux opportunités me permettra de saisir ce moment et de le transformer en une leçon pour grandir.

 

 

 

Cinquième résolution

 

En acceptant d’entrer dans l’inconnu, dans le champ de toutes les possibilités, nous nous abandonnons à l’esprit créatif de l’univers.

 

Je me consacrerai au détachement. J’offrirai à moi-même comme à autrui la liberté d’être ce que nous sommes. Je n’imposerai pas mes idées. En ne cherchant pas à tout prix une solution à mes problèmes, je n’en provoquerai pas d’autre. Je participerai à tout avec un engagement détaché.

 

J’agirai dans l’incertain en considérant ceci comme un ingrédient essentiel de mon expérience. Grâce à ma décision d’accepter l’incertain, les solutions surgiront spontanément des problèmes, de la confusion, du désordre. Dans la sagesse de l’incertain, je trouverai ma sécurité.

 

J’entrerai dans le champ de toutes les possibilités et j’anticiperai le bonheur de rester ouvert à une infinité de choix. Je ferai alors l’expérience de la joie et du mystère de la vie.

 

 

 

Sixième résolution

 

L’action est une nécessité de la voie spirituelle : si on dit à quelqu’un de ne rien faire, il deviendra paresseux. Il y a trois qualités d’action : le travail qu’on fait pour gagner sa vie, le service désintéressé financièrement et le réel don, où l’on se détache du besoin de reconnaissance affective, social ou du désir d’accumuler des mérites.

 

Il n’y a qu’en agissant de façon désintéressée que l’on peut maintenir le mental silencieux dans l’action. Ce qui crée les conséquences perturbatrices des actions, se sont les émotions de toutes sortes qui les accompagnent. L’action sereine n’a pas de conséquences perturbatrices.

 

Comment faut-il travailler ? Ni pour soi-même ni pour les autres, mais pour le travail lui-même. Il faut vivre avec une attitude qui exprime : « je suis le serviteur de tous. »

 

La plupart des souffrances psychiques sont dues à un renfermement sur soi-même, et le travail désintéressé est la manière la plus directe de réouvrir son cœur.

 

Mon attitude sera faite de détachement affectueux, d’une bonne volonté, sans attente d’un quelconque retour, de don constant sans demande.

 

Si je suis triste, la meilleure solution pour moi sera de sortir et de faire quelque chose de gentil pour quelqu’un.

 

Je porterai mon attention à l’esprit qui, à l’intérieur de moi, anime mon corps et ma pensée. Je m’éveillerai à la profonde tranquillité de mon cœur.

 

J’établirai une liste de mes talents particuliers. J’y noterai ce que j’aime faire, ce qui exprime mes talents. Lorsque je mettrai ces talents en action, pour le service de l’humanité, je créerai l’abondance, aussi bien pour moi-même que pour autrui.

 

Je me poserai chaque jour les questions suivantes : comment puis-je servir ? Comment puis-je aider ? Les réponses à ces deux questions me permettront d’aider et de servir mes semblables avec amour. Je sais que plus je donne mon énergie généreusement, plus elle me sera rendue.

 

 

 

Septième résolution

 

Nous connaissons la liberté véritable quand nous obéissons à notre nature de Bouddha, à la bonté innée de notre cœur.

 

Je serai satisfait, doux, peu exigeant, affranchi d’attachement. J’assurerai le bien-être et la sécurité de toutes les entités vivantes. Je ne décevrai personne, ne mépriserai personne, je serai sans colère, comme une mère qui protège son unique enfant au risque de sa vie. Je serai discret, réservé, rempli de pensées d’amour et de bienveillance pour le monde entier.

 

Les amours du passé ne sont que des souvenirs. Les amours du futur ne sont que des rêves. C’est uniquement ici et maintenant que nous pouvons aimer véritablement.

 

Je serai ouvert à tout, empli de bonté, et serein, telles les cordes d’un bel instrument, ni trop tendues ni trop lâches.

Laurent @ 11:00
Enregistré dans Enseignements
Pratiquer vipassana

Posté le Mercredi 31 janvier 2007

                                                   Mahasi
note sur l’article : je me suis appuyer sur des articles existant déjà sur internet n’étant pas assez érudit par moi même pour enseigner le dhamma, j’ai choisi un article provenant de http://vipassanasangha.free.fr car il ma sembler le plus clair de tous ceux qui m’ont été donner de lire, cet méthode de vipassana est tier de la méthode Mahasi!avec mettâ

 

Une existence humaine est extrêmement courte comparée aux existences célestes des devas et des Brahmas. Cent ans dans le plan humain équivaut à une heure et demie dans le plan céleste du Paranimmita Vasavatti. Bien que très courte, la vie humaine est celle qui offre les meilleures opportunités pour l’atteinte de Nibbana.

Lorsque l’on a obtenu une vie humaine – ce qui est difficile à obtenir – il est important de faire bon usage de cette précieuse opportunité. La meilleure façon de le faire, c’est de pratiquer la méditation Vipassana. Par le simple fait de pratiquer Vipassana, nous allons nous débarrasser des impuretés comme lobha – le désir – dosa – la colère – et moha – l’ignorance – qui nous ont entraînés dans les plans misérables où la souffrance domine. D’autre part, nous réaliserons la perfection de la concentration et de la sagesse, et pourrons alors expérimenter nibbana. Voilà pourquoi, lorsqu’on se trouve dans le plan humain et que l’on veut en tirer le meilleur profit, il faut pratiquer la méditation Vipassana.

Pratiquer la méditation Vipassana, c’est noter les rupa Dhammas : composés matériels, et les nama Dhammas : facteurs mentaux qui se manifestent dans les khandas : les agrégats, afin de réaliser leur véritable nature : le changement. Il y a quatre Dhammas :

  • Kayanupassana satipatthana : la contemplation des phénomènes physiques

  • Vedananupassana satipatthana : la contemplation des trois types de sensations : vedana

  • Cittanupassana satipatthana : la contemplation des processus mentaux

  • Dhammanupassana satipatthana : la contemplation des phénomènes qui n’appartiennent à aucune des trois catégories précédentes et regroupés sous l’appellation « objets mentaux ».

Noter kaya, c’est noter pour prendre conscience de tous les comportements du corps et d’en réaliser la véritable nature : la marche, la posture debout, la posture assise, le mouvement qui consiste à passer à la posture debout, le mouvement qui consiste à se pencher ou à étendre les bras ou les jambes.

Au début, il n’est pas possible de noter tous les comportements du corps car l’esprit est agité. Le méditant commence donc par pratiquer en posture assise pour calmer son esprit. Lorsqu’il aura réalisé la tranquillité mentale par la méditation en posture assise, il sera en mesure de noter tous les comportements du corps, à chaque instant.

méditation assise

Pour la méditation assise, il est conseillé de se trouver une posture confortable dans laquelle on puisse tenir longtemps : soit en tailleur, jambes croisées, soit sur les genoux, jambes repliées. La colonne vertébrale doit être maintenue bien droite de même que la tête ; on porte l’attention sur l’abdomen puis sur le gonflement progressif du ventre au moment où l’air est inspiré, l faut noter «lever ». Il faut abandonner dans la mesure du possible l’apparence extérieure de l’abdomen, et réaliser à l’intérieur de l’abdomen, la sensation croissante de rigidité. Lorsque l’air est expulsé, c’est l’abaissement progressif de l’abdomen il faut observer, en s’efforçant de réaliser la sensation de relâchement progressif et noter «baisser ».

méditation en marche

En ce qui concerne la marche, il y a trois façons de noter :

Faire une note à chaque pas

Faire deux notes à chaque pas

Faire trois notes à chaque pas

Une note à chaque pas

L’esprit se concentre sur le mouvement qu’effectue le pied gauche en notant « gauche » puis sur le mouvement qu’effectue le pied droit en notant « droit ». Il ne faut pas ralentir l’allure ; elle doit être naturelle, ni trop rapide, ni trop lente. L’esprit qui note doit essayer de ne pas s’attacher à la forme extérieure, à l’apparence physique de la jambe, c’est le mouvement, la sensation de progression vers l’avant qui doit être perçue en maintenant l’observation pendant toute la durée du processus.

Deux notes à chaque pas

L’esprit se concentre sur les mouvements d’élévation et d’abaissement du pied. Ces deux mouvements doivent être effectués de façon très lente. Lorsqu’il observe son pied qui s’élève, le méditant doit s’efforcer de se concentrer sur le mouvement d’élévation qu’il observe très attentivement et pendant toute la durée du processus. Il doit voir les étapes successives de ce mouvement et ressentir les sensations qui l’accompagnent.

Lorsque son pied s’abaisse, il doit observer le mouvement d’abaissement du pied, du début à la fin et doit ressentir les sensations associées à ce mouvement vers le bas.

Trois notes à chaque pas

L’esprit se focalise sur trois mouvements : l’élévation, l’avancement et l’abaissement du pied.

Lorsqu’il observe son pied qui s’élève, le méditant doit essayer de maintenir son attention de façon très précise pendant toute la durée du processus et voir le mouvement d’élévation se produire étape par étape.

Lorsque son pied s’avance, le méditant observe le début du mouvement d’avancement et maintient son attention jusqu’à la fin. Il observe le plus attentivement possible la succession des petits mouvements vers l’avant et les sensations.

Lorsque son pied s’abaisse et prend appui sur le sol, le méditant observe attentivement le processus d’abaissement, du début à la fin. Il observe avec un maximum de précision les étapes successives d’abaissement de son pied et les sensations.

Activités quotidiennes

Lorsqu’il désire s’asseoir, le méditant doit noter le désir de s’asseoir qui est présent dans son esprit et passe ensuite à la posture assise très lentement. Il essaye de ne pas se focaliser sur la forme extérieure de son corps mais de se concentrer le plus attentivement possible sur le mouvement graduel du corps qui s’abaisse. Il doit maintenir son attention du début à la fin du processus et essayer de ressentir la sensation de lourdeur qui s’intensifie au fur et à mesure que son corps descend.

Lorsqu’il désire se lever, le méditant doit d’abord noter le désir de se lever, et ensuite seulement, il passe à la station debout, très lentement. Il essaie de se focaliser sur le mouvement graduel de redressement, tel qu’il se produit étape par étape. Il doit maintenir son attention très vigilante pendant toute la durée du processus, du début à la fin et ressentir la sensation d’allègement qui accompagne ce mouvement vers le haut

Lorsqu’il mange, le méditant doit noter sans interruption de la façon suivante :

Lorsqu’il regarde la nourriture. Il note « voir»

Lorsque sa fourchette touche la nourriture, il note « toucher»

Lorsqu’il porte la nourriture à la bouche, il note « porter »

Lorsqu’il incline la tête pour prendre la nourriture, il note « incliner »

Lorsqu’il ouvre la bouche, il note « ouvrir »

Lorsqu’il dépose la nourriture dans la bouche, il note « déposer »

Lorsqu’il redresse la tête, il note « redresser »

Lorsqu’il mâche les aliments, il note « mâcher »

Lorsqu’il identifie le goût, il note « goûter »

Lorsqu’il avale, il note « avaler »

Il n’est pas aisé de noter tous ces détails au début, mais à force d’entraînement, le méditant sera en mesure de tout noter.

les processus mentaux

En ce qui concerne les processus mentaux, lorsqu’une pensée surgit, le méditant doit en prendre conscience et noter « penser, penser ». Lorsque sa concentration et sa sagesse seront devenues fortes, il lui suffira de noter une seule fois pour que la pensée disparaisse et cesse d’exister. Voyant ainsi la rapide disparition des pensées, le méditant réalise que ces processus mentaux ne sont pas permanents, : ils sont anicca. Ces disparitions se succèdent si rapidement qu’elles sont ressenties comme une grande souffrance : c’est dukkha, la souffrance. Il n’y a pas moyen d’y échapper : c’est anatta, la nature incontrôlable. Le méditant voit très clairement les trois caractéristiques de l’existence.

Le sotapanna

Le sotapanna qui a réalisé nibbana n’a aucune crainte au moment de la mort en ce qui concerne une renaissance éventuelle dans les enfers, dans le monde animal, dans le monde des petas ou celui des asuras. La ronde des existences ne sera plus une source d’inquiétude pour lui. Il ne reprendra naissance que dans des plans meilleurs que celui qu’il connaît actuellement. Il se peut même qu’il oublie la méditation Vipassana tant il est heureux. Il ne pourra cependant oublier que pendant sept vies au maximum, au cours de la septième et dernière existence, il sera plein de regrets, se remettra à pratiquer Vipassana, deviendra un arahant et entrera au nibbana.

Voilà pourquoi lorsque l’on a obtenu la chose la plus difficile à obtenir, une existence dans le plan humain, il faut faire le meilleur usage de son précieux temps et pratiquer la méditation Vipassana.

 

 

 

Laurent @ 10:04
Enregistré dans Vipassana
Une interview avec le Vénérable Hénépola Gunaratana

Posté le Vendredi 26 janvier 2007

BhanteG

 

 

La tradition Theravada a un long passé d’inégalité entre les sexes, même dans le domaine de la spiritualité. En fait, j’ai cru comprendre que les femmes ne pouvaient obtenir la pleine ordination dans votre tradition.
Vénérable Gunaratana : C’est un réajustement que j’aimerais proposer. Nous avons rencontré des difficultés pour introduire dans la communauté des moniales pleinement ordonnées. Cela a fait l’objet d’une vive polémique, car beaucoup de femmes aimeraient intégrer l’ordre Theravada des moniales, mais cela n’a pas été possible jusqu’à ce jour.

Si la pleine ordination des moniales était rétablie, seriez-vous également favorable à une totale égalité des hommes et des femmes ?
Vénérable Gunaratana : Absolument. Absolument. Les moniales pleinement ordonnées devraient être capables de faire la même chose que les moines pleinement ordonnés. C’est le genre d’égalité dont je suis partisan. Le Bouddha a introduit des règles supplémentaires pour les femmes parce que, s’il n’avait pas accordé quelques concessions, introduit quelques prescriptions, il y aurait eu une crise énorme – une opposition venant des autres moines aussi bien que des laïcs. C’est pour faire taire les critiques qu’il a introduit ces règlements. Mais, dans le monde moderne, ces choses peuvent être modifiées.

Pensez-vous que les changements que vous recommandez puissent être adaptés en Asie ?
Vénérable Gunaratana : Je crains fort que la pleine ordination ne se produise jamais en Asie, parce que la tradition, les coutumes, sont si fortes que l’on ne désire pas les modifier. Cela ne serait possible que dans des sociétés comme celle-ci, où le bouddhisme est nouveau. Une fois que cela sera établi ici, alors, peut-être, cela pourra-t-il être introduit progressivement dans les communautés bouddhistes asiatiques.

Qu’est-ce qui, selon vous, ne doit pas être modifié, ne doit pas changer ?
Vénérable Gunaratana : Le dharma peut être traduit dans un langage simple, moderne, ordinaire. Mais la signification ne devrait pas en être modifiée pour satisfaire aux exigences des gens. Quelques aspects des rituels pourraient changer, mais, par exemple, le fait de porter la robe ne devrait pas changer. Même du temps du Bouddha, les habits civils étaient très différents de ceux des moines. Et c’est la même chose aujourd’hui. La robe nous protège. En tant qu’être humains, nous ne sommes pas parfaits. Mais, quand nous portons la robe, cela nous rappelle notre situation et nous évite de nous mettre dans de fausses situations, d’agir de façon inappropriée.

En quoi la tradition Theravada se distingue-t-elle principalement des autres grands véhicules du bouddhisme ?
Vénérable Gunaratana : La tradition Theravada s’efforce de conserver le bouddhisme tel qu’il est présenté dans les textes palis. Elle insiste sur une éthique, une concentration, une pratique de la sagesse aussi proches que possible de l’enseignement du Bouddha lui-même, sans qu’on les interprète, sans qu’on les déforme ou qu’on les traduise dans des idées différentes. En tant que bouddhistes Theravada, nous essayons de préserver la langue palie et de l’utiliser dans nos enseignements du dharma, dans nos pratiques quotidiennes de dévotion.

Et l’intérêt est de préserver la langue du Bouddha ?
Vénérable Gunaratana : Oui. L’intérêt, lorsque vous avez le moindre doute à propos de l’enseignement, lorsque quelque chose vous semble flou, est que vous pouvez toujours vous reporter au pali. Et garder le pali comme langue de référence, afin de clarifier certains termes du dharma. Si vous n’avez pas cette sorte de culture ou de référence, vous devez vous en remettre aux traductions. Si le traducteur a fait une erreur, celle-ci se perpétue de génération en génération. C’est ce qui est arrivé à quelques autres branches du bouddhisme. Comme on n’y étudie pas le langage originel, force est de lire les 3ème, 4ème, 5ème, 6ème interprétations ou traductions, si bien qu’il arrive que l’on perde trace de l’enseignement originel. L’enseignement originel est préservé dans la tradition palie. Aucun doute à ce sujet.

Pensez-vous que certains Occidentaux méconnaissent le bouddhisme Theravada du fait de l’absence d’un véritable Vœu de Bodhisattva ?
Vénérable Gunaratana : Bien que les bouddhistes Theravada n’aient pas spécifiquement de Vœu de Bodhisattva, il est presque impossible d’ignorer la nécessité d’aider les autres. Et, vous savez, cette idée d’aider les autres n’est pas seulement bouddhique. Est-ce qu’il y a quelque chose de bouddhique dans la générosité ? Vous n’avez même pas besoin d’être un homme pour pratiquer la générosité. Peut-être avez-vous vu des animaux qui partageaient leur nourriture avec d’autres animaux. Faire ce genre de distinction entre Mahayana et Theravada n’est pas une façon très pratique ni très réaliste de voir les choses. La gageure est de faire comprendre aux gens des enseignements aussi fondamentaux que l’absence d’un soi séparé, l’absence d’âme, la non-croyance en un Dieu créateur . Le premier aspect, vous savez, l’impermanence, est réellement facile à comprendre. Si vous lisez n’importe quel livre de physique, de chimie, de science, vous saurez tout ce qui concerne l’impermanence. Mais l’absence d’un soi séparé, le fait de ne pas croire en un Dieu créateur sont tous deux extrêmement difficiles à enseigner.

Est-il possible à une société dans son ensemble de devenir un peu moins égotiste, ou est-ce seulement une question de pratique individuelle ?
Vénérable Gunaratana : En réalité, c’est une question de pratique individuelle. Même à l’époque où le Bouddha a atteint l’illumination, l’avidité, la haine, l’illusion n’étaient pas moindres qu’elles ne le sont aujourd’hui. Son seul but, en atteignant l’illumination, était d’être utile au monde. Mais, dès qu’il a atteint l’illumination, il est devenu si désappointé. Il s’est dit : « Comment enseigner le dharma à ces gens ? Ils sont si pleins d’ignorance, d’avidité, de haine, de jalousie, de peur, de tension, d’angoisse, d’appétit pour les désirs sexuels – comment pourraient-ils comprendre cela? » Mais il a commencé à enseigner. Et il n’a jamais été capable d’éliminer toute la souffrance du monde des humains. Jamais. Il a éliminé la souffrance de certaines personnes, mais, comparé au nombre d’êtres humains vivant sur cette terre, le nombre de ceux qu’il a aidés à atteindre l’illumination est insignifiant. A l’époque actuelle, où la population est plus nombreuse , où il y a davantage d’objets attrayants grâce aux progrès de la technologie, davantage d’objets suscitant le désir, l’avidité, l’égoïsme, la peur, l’angoisse, le souci, il est réellement plus difficile de pratiquer le dharma dans sa pureté. Et ce n’est pas uniquement le problème du dharma ou de l’enseignement du Bouddha. C’est le problème de toutes les religions. Les personnes religieuses font de leur mieux, avec les capacités qui sont les leurs. Mais, parallèlement, d’autres personnes essaient de promouvoir leurs productions dans le domaine matériel, d’attiser l’avidité des gens. Il y a plus de télévisions, d’ordinateurs, plus de ceci, plus de cela. Et c’est avec tout ça que vous devez rivaliser.

Avez-vous un but en ce qui vous concerne ?
Vénérable Gunaratana : Je dis que le bouddhisme est pareil à un arbre. Un arbre a un dôme de verdure, des feuilles, des fleurs, vous savez, de petites branches, ainsi qu’un tronc, une écorce, du bois, tendre ou dur, des racines, et ainsi de suite. Et nous devrions rechercher le bois dur, le cœur du dharma, de la même façon que l’on désire le cœur d’un arbre. Tout le reste peut cacher la vérité. Il y a tellement de choses autour du véritable dharma. Et les gens peuvent facilement être trompés, embrouillés, induits en erreur par cette très, très grande variété de choses. La Bouddha a dit très clairement : « Avant l’arrivée de du faux or sur le marché, l’or pur brillait de tout son éclat. Dès que l’or artificiel apparaît sur le marché, personne ne sait reconnaître l’or véritable du faux or.» Aussi, je désire montrer aux gens l’or véritable, afin qu’ils ne puissent plus se laisser tromper par tout ce qui brille. C’est cela mon objectif.

Laurent @ 19:57
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